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Les images, datant de 2007, montrent un hélicoptère américain tirant sur un groupe d’hommes au sol. Parmi les tués figurent deux employés de l’agence Reuters.

Le site Wikileaks.org a diffusé lundi 5 avril la vidéo du raid d’un hélicoptère américain en Irak, qui a provoqué la mort de deux employés de l’agence Reuters et de plusieurs autres personnes. Ces images ont été enregistrées à Bagdad, en juillet 2007, depuis l’hélicoptère. Elles sont accompagnées de l’enregistrement des discussions entre les soldats américains. (Cliquer ici pour regarder l’intégralité de la vidéo. Attention, images choquantes)

Wikileaks.org, site spécialisé dans la diffusion d’informations sensibles, a donné une conférence de presse à Washington en expliquant avoir obtenu la vidéo grâce à des fuites au sein de l’armée. Les images étaient protégées par le secret-défense. Mais le site a pu vérifier les images après avoir déverrouillé le code de cryptage.
Un responsable du Pentagone, s’exprimant sous le sceau de l’anonymat, a confirmé l’authenticité des images et de la bande-son qui l’accompagne.

Un photographe de Reuters et son assistant

Reuters avait réclamé à l’armée américaine une enquête exhaustive et objective sur la mort de ses deux employés. Le Pentagone a conclu que les militaires avaient agi conformément à leurs règles d’engagement. Le commandant Shawn Turner, porte-parole du Commandement central américain, a rappelé qu’une enquête menée peu après l’incident avait conclu que les militaires américains ignoraient la présence d’employés de presse sur les lieux et qu’ils les avaient pris à tort pour des insurgés armés. « Nous regrettons la perte de vies innocentes, mais cet incident avait fait rapidement l’objet d’une enquête et il n’y a eu aucune tentative de dissimuler un quelconque aspect de cet engagement », a déclaré l’officier.

Les images, filmées d’un hélicoptère Apache survolant un quartier de la capitale irakienne, jettent une lumière crue sur cet épisode sanglant de la guerre en Irak. Elles montrent un groupe d’hommes arpentant une vaste rue de Bagdad avant de se rassembler à un coin de rue. Les pilotes, dont la conversation est enregistrée, estiment que plusieurs d’entre eux sont armés, munis de fusils d’assaut AK-47.

Wikileaks identifie deux d’entre eux comme le photographe de Reuters Namir Noor-Eldeen, 22 ans, et son assistant et chauffeur Saïd Chmagh, 40 ans, qui seront tués quelques minutes plus tard. Les deux hommes portent des appareils photo à l’épaule, que les militaires prennent pour des armes. Shawn Turner expliquera qu’un appareil photo a été confondu avec un lance-roquettes RPG.

« Regarde moi ces pourritures crevées »

L’hélicoptère obtient presque immédiatement l’autorisation d’ouvrir le feu sur le petit groupe d’une dizaine de personnes, tuant plusieurs d’entre elles et en blessant d’autres.
Après la fusillade, l’un des pilotes relève qu’il y a désormais « un tas de cadavres » sur place. « Regarde moi ces pourritures crevées », dit l’un. Un autre réplique : « chouette ».

Quelques minutes plus tard, quand une camionnette s’approche et tente de porter assistance aux blessés, les pilotes imaginent qu’il s’agit de combattants cherchant à récupérer des armes et à aider leurs camarades blessés à s’échapper. Ils demandent à nouveau l’autorisation d’attaquer le véhicule, qu’ils attendent avec impatience. Le feu vert accordé, l’hélicoptère mitraille la camionnette.

Deux enfants sont blessés

Deux enfants blessés seront évacués par les soldats américains arrivés ensuite sur les lieux, toujours survolés par l’appareil. « C’est de leur faute s’ils amènent des enfants dans la bataille », commente un des pilotes.

David Schlesinger, rédacteur en chef de Reuters, a jugé que la vidéo était « tragique et emblématique des dangers extrêmes qui existent dans la couverture des zones de guerre ». « La vidéo diffusée aujourd’hui par Wikileaks est la preuve des dangers liés au journalisme de guerre et des tragédies qui peuvent en résulter », a-t-il ajouté.

Les images filmées par deux hélicoptères Apache et des photographies prises sur les lieux ont été montrées aux rédacteurs en chef de Reuters lors d’une réunion confidentielle à Bagdad le 25 juillet 2007, 13 jours après l’incident.

Julian Assange, un porte-parole de Wikileaks, a contesté l’affirmation de l’armée selon laquelle l’attaque était justifiée. « Si ces meurtres sont conformes aux règles d’engagement, alors les règles d’engagement sont mauvaises, très mauvaises », a-t-il dit. Les pilotes « agissent comme s’ils jouaient à un jeu vidéo avec l’envie d’obtenir les plus hauts scores » en tuant des opposants, a-t-il déclaré.

(Nouvelobs.com avec Reuters)