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Donc, l’enquête islandaise se poursuit. Bertrand Téchené, le toulousain, et Germàn Alonso, son ami espagnol, rencontré à Saragosse, se sont lancés à l’assaut du mystère islandais. S’est-il oui ou non produit une révolution en Islande, depuis la crise de 2008 ?

Les premiers résultats, déjà mis en ligne sur leur page facebook, le Icelandic revolution project, comme sur Paris s’éveille, depuis plusieurs jours, sont plutôt prometteurs. Où qu’ils posent micros et caméras, il recueillent des messages d’une sonorité très différente de l’image retransmise généralement (quand le sujet est abordé), et très conforme, par contre, à l’hypothèse de départ suggérée ici depuis qu’on a appris, en décembre, l’élection de l’assemblée constituante qui avait eu lieu dans ce sympathique pays nordique, un mois plus tôt, en novembre.

On a tenté ci-dessous de reconstituer ce qu’on sait de cette enquête à ce jour, avec des extraits de nos conversations sur skype, et un texte de Bertrand, écrit récemment où il raconte la génèse de sa démarche, et une déclaration d’intention commune de Germàn et de Bertrand, en ouverture de leur blog.

Suivent l’ensemble de leurs films diffusés jusqu’à présent, dont les deux premiers ont été sous-titrés en français par Guillaume, qui s’est porté volontaire aussitôt – et a exécuté le boulot parfaitement, en deux coups de cuiller à pot.

Il n’est pas impossible que dans les prochains jours, aussitôt que possible, le rédacteur de Paris s’éveille se précipite en Islande à son tour…

Paris s’éveille


Voir en ligne : Dossier : La révolution en Islande

On a établi le contact par skype le 11 avril.

D’entrée,Bertrand dit : “L’Islande ? Que du bonheur finalement. À part le froid. Pour des Indiana Jones de la démocratie, c’est un eldorado !”

“L’impression d’ensemble sur cette « révolution » ?”, lui ai-je demandé de résumer.

“À l’image des islandais et de l’Islande : un volcan sous un glacier…”, répond-il.

Il m’indique comment aller voir le film de leur interview de la présidente du comité constitutionnel – comité dont on ignorait jusque-là l’existence, et commente :

“C’est énorme ce qu’elle dit… Imaginez : c’est la chairman du comité constitutionnel… Ce qu’elle dit est nouveau... parce qu’elle est elle-même dans un processus nouveau…”

Il l’avait interviewée le 8 avril, au lendemain de la remise de son travail, résultat de neuf mois de réflexion collective, sous forme d’un rapport de 700 pages, dont l’objet était de défricher la question constitutionnelle pour les constituants. Suite à la remise de ce rapport ceux-ci ouvraient donc leurs travaux, le jour même, avec mandat de remettre un projet avant juillet, au plus tard.

Le lendemain, Bertrand me prévient : “On est sur le point d’interviewer Brigitta Jonsdottir”, et m’envoie aussitôt le lien sur la fiche wikipedia de la dame.

http://en.wikipedia.org/wiki/Birgitta_Jónsdóttir

Quelques minutes plus tard, il interrompt le dialogue : “Elle est la je vous laisse !”

Puis revient, sous le choc :

“On a une heure de pure intelligence…”

“Ce que vous faîtes”, lui dis-je, “c’est aider les autres à voir.”

Et Bertrand de répondre, du tac au tac : “Voila c’est mon but.“

“Je n’en reviens pas de voir autant de gens si intéressants.”

Qui ont-ils interviewés encore ?

“Une prof de droit européen assez connue ici, espagnole naturalisée islandaise, très sympa, une « révolutionnaire »… On a beaucoup discuté hier. Et aujourd’hui on a fait une super interview.”

Et encore ?

“Un activiste... Ce mec est connu ici. Et tout à l’heure on a va à leur réunion. Ensuite ils vont manifester devant la maison de la première ministre.”

“J’adore l’Islande. Hahaha, je ne pouvais pas m’y attendre !”

“Nous autres français nous sommes perclus par toutes sortes de lenteurs. Ici tout va très vite.”

Au hasard de nos conversations, étalées sur plusieurs jours maintenant, on peut lire :

“On a parlé révolution avec mes nouveaux potes…”

Ou encore :

“Les islandais ne sont pas convaincus par cette histoire de Constituante.”

“Ce qui s’est passé, c’est que les médias ont tout fait pour affaiblir les élections des constituants.”

Germàn parti, Bertrand a levé le pied, et s’est même inscrit à un stage photo, tous frais payés.

Mais les interviews ?

“J’en ai une demain, avec une personne qui monte une banque verte.
Trop bien, j’adore l’islande !”
répète-t-il à quelques jours d’écart... “Je vais assister à la réunion.” “J’ai l’autorisation de filmer.” “Une réunion de l’association qui va gérer cette banque.”

Plus tard :

“J’ai revu l’activiste internet au fait… Je l’ai croisé dans la rue par hasard, et on est allé dans une manif contre la guerre en Libye.”

“Punaise, on a parlé de faire un festival !” “C’est même moi qui ait lancé l’idée”, raconte-t-il. “Et il avait l’air d’accord…”

Un festival de quoi ?

“De la révolution globale, ;). Ou du moins dans un premier temps de l’information alternative. L’idée première est d’unifier la résistance. Un peu à la Jean Moulin...”

La résistance islandaise ?

“La résistance au système.”

Partout ? Tunisie, etc ?

“Unifier l’élan qui semble clair.. Il faut encore y réfléchir, mais il me semble qu’il y a un point commun entre toute ces révolutions.”

Je lui fais part à mon tour de ce que je perçois de mon côté :

“Figures-toi que pendant ce temps, ici, la campagne de débinage de l’Islande continue... À une radio genre France inter. Ils ont expliqué savamment que ceux qui voulait une constituante étaient des sociaux démocrates pro-européens. Qu’en plus ils étaient élus avec tellement peu de voix que ça représentait personne, etc…“

“Disons que c’est en partie vrai”, reconnait Bertrand. “Mais en fait ici c’est plus compliqué.”

“Oui mais je ne te dis pas l’effet que ça avait comme c’était présenté“, ai-je ajouté pour compléter le tableau. “J’ai reçu l’info par un copain qui m’a laissé un message sur répondeur, avec une voix blanche. Genre la mauvaise nouvelle. On sentait que pour un peu il en aurait pleuré, mais plus encore qu’il était gêné pour moi…”

“Je l’avais un peu prédit qu’ils allaient essayer de l’affaiblir…” se souvient Bertrand.

“Comme rue 89” dis-je. “C’était du grand art.” [Voir article précédent dans le dossier « révolution en Islande” de Paris s’éveille, l’article intitulé »Que vive la révolution islandaise !"] “Et là encore.”

“Tant que les gens écouterons la propagande ils auront peur”, commente Bertrand.

“Eh oui… On ne se méfie pas d’un gentil rue89 ou d’une gentille France inter... Même les gens les plus « prévenus » ne peuvent s’empêcher d’écouter France inter avec intérêt.”

”Tout ce qui est info est assujetti au système”, affirme Bertrand.

“Eh oui, mais quand les gens ont l’air raisonnables, on les écoute. C’est naturel”, dis-je.

“Tu sais”, me dit Bertrand pour conclure, “un jour, je me suis assis tellement je cogitais sur les mensonges du système.. Un peu comme un réveil…”

histoire d’un projet

Je m’appelle Bertrand, j’ai 33 ans et je viens de Toulouse. Depuis 2007 j’occupais un poste de technicien dans un des plus grand helpdesk de France. Puis début 2011 un plan social a eu raison de mon CDD et donc retour case départ, je devais retrouver rapidement un job car c’est ainsi, la société l’exige. Mais cette fois-ci était un peu différente car je pensais que je pouvais utiliser ma nouvelle liberté pour faire autre chose.

Je m’explique : Cela fait deux ans que je n’écoute plus ou très peu les médias traditionnels car j’ai découvert qu’il existait sur internet une information non assujettie à la propagande du système. Parmi eux, il y a Médiapart dont je prends l’abonnement vers le fin de l’année 2010.

Dans la routine interminable de ma vie de helpdeskeur, j’allume comme tout les jours mon ordinateur et je fais une brève revue de presse… Ce jour là un article de Michel Sitbon retient tout particulièrement mon attention. Il parle d’une révolution en Islande.

Je me souvenais que ce petit pays avait été très durement touché par la crise en 2008 avec l’effondrement pur et simple de son système bancaire et de facto de son économie. Mais cet article était différent, car il parlait des décisions politiques qui avaient été prises pour y faire face.

L’une d’entre elle était très étonnante et j’ai dû la relire plusieurs fois pour réaliser son importance : le gouvernement a décidé de réviser le vieille constitution et cette fois-ci la parole a été donnée au peuple. Une assemblée constituante du peuple ? Serait-ce possible ?

J’ai alors commencé à en parler autour de moi, espérant peut-être obtenir un peu plus de certitude sur ma soudaine passion islandaise. Mais ce fut le calme plat… Pas une âme à l’horizon pour partager mes sensations… Assemblée Constituante, mais qu’est-ce donc que cela me disaient-ils ?

À force de palabres à ce sujet, j’ai finalement trouvé quelqu’un qui voulait bien s’y intéresser. Il s’agit d’un ami ex-caméraman pour la télévision, aujourd’hui à la retraite, et qui avait conservé un article paru dans le journal Zélium. Lui aussi se demandait s’il rêvait, et lorsque nos doutes se sont rencontrés ils se sont aussitôt dissipés. C’est à peu près à ce moment là que m’es venue l’envie d’aller en Islande pour me rendre compte par moi-même.

Au début je pensais simplement ouvrir une page Facebook pour y laisser mes impressions et commentaires, mais ma petite sœur qui connait mon goût pour la vidéo que je partage avec mon frère, a lancé l’idée qu’il fallait que j’aille plus loin en faisant un documentaire. L’idée s’est alors imposée à moi très clairement. J’ai rapidement complété mon matériel audiovisuel et j’ai commencé à élaboré un plan de reportage.

Entre temps je suis allé passer un week-end en Espagne chez des amis de Saragosse. J’ai bien entendu eu l’occasion de parler de mon projet islandais. Il n’en fallait pas plus à Germán, mon ami espagnol, pour se décider à me rejoindre et partager cette aventure avec moi. Il m’a alors dit quelque chose de très intéressant pour justifier son engouement : « Je suis comme toi et comme beaucoup d’autres, j’ai envie de faire bouger les choses, moi aussi, mais je ne sais pas comment et ce projet est une vraie opportunité de passer à l’action. »

La philosophie du documentaire rejoint en tout point celle du site parisseveille.info, l’idée qu’il faut en finir avec la politique de le peur car des solutions concrètes et constructives existent.

Mon intention était de rencontrer des islandais de tous horizons afin de recueillir leurs témoignages.

Il s’avère que l’Islande est un petit pays et que la grande particularité de la culture islandaise est sa force d’adaptation, le sentiment que chaque obstacle peut être surmonté, que rien n’est impossible. Par exemple, le numéro de téléphone personnel ainsi que l’e-mail du président de la république et de la première ministre apparaissent dans l’annuaire. Les gens sont d’une incroyable accessibilité sous réserve toutefois de prévoir l’entretien un peu à l’avance. Bien sûr il est assez compliqué d’avoir un rendez-vous avec la première ministre sans carte de presse...

Mais même si nous n’avons pas pu avoir le témoignage de la première ministre, nous avons pu rencontrer tout les gens que nous souhaitions et même ceux auxquels nous n’avions pas pensé mais qui jouent un grand rôle dans cette révolution islandaise.

C’est à la demande de Paris s’éveille que Bertrand a rédigé ce début de témoignage pour présenter son enquête. On attend la suite. Ce que Bertrand oublie de mentionner ici, c’est qu’aussitôt qu’ils ont pris la décision de cette expédition, Germàn et lui ont ouvert un compte facebook, le Iceland Revolution Project, carnet de route de leur investigation. Sur lequel, dès le premier jour, ils co-signait un texte en espagnol, la présentation ci-après, dont on donne une traduction rapide ci-dessous, :

Peut-être que tu te demandes “qu’est-ce qui se passe en Islande ?” Tu auras entendu quelque chose, qu’il y a une crise, une dette de la banque privée Icesave au sujet de laquelle les citoyens doivent se prononcer par référendum, mais tu ne sais pas très bien. Aux informations télévisées comme dans la grande presse, c’est considéré sans intérêt.

Nous pensons que SI, c’est une information intéressante et… significative, que les citoyens aient pu collectivement se prononcer sur une question qui les concerne directement comme toi.

Ils ont été appelés aux urnes deux fois, et ils ont dit NON.

Face à la rareté des informations qui parviennent, nous allons tenter d’apporter notre grain de sable, avec du matériel de première main : des interviews, des reportages et des articles, avec les protagonistes.

Notre intention est de donner une vision de comment il se confrontent à leur problème local dans le contexte de la “crise mondiale”. Et comment la faillite d’une banque privée à provoqué jusqu’à la révision de la constitution, et l’exigence face au gouvernement de transparence de l’information, un acte d’intelligence citoyenne.

On t’invites à aller chercher sur le net des informations à ce sujet, et à les partager avec nous sur cette page Facebook. (On te laisse quelques liens qui nous semblent intéressants.) Proposes aussi des questions que tu aimerais qu’on pose.

Dans cette première phase, pendant 7 jours, jusqu’au 10 avril, nous espérons que tu participes autant que tu le voudras, et nous posons des questions comme : est-ce-qu’une chose pareille pourrait se produire dans mon pays ?

Bon, plus demain…

Bertrand et Germán

Et, en VO :

Quizás te estés preguntando ¿qué está sucediendo en Islandia ? Has oido algo, que hay crisis, una deuda de la banca privada Icesave sobre la que los ciudadanos van a decidir vía referendum, pero no sabes muy bien. En las noticias en la televisión, y prensa masivos tampoco lo consideran relevante.

Pensamos que SI es un hecho relevante y... de interés que los ciudadanos como colectivo hayan podido decidir sobre un hecho que les afecta directamente como a ti. Han sido llamados a urnas 2 veces, y han dicho NO. Ante la escasez de información,vamos a tratar de aportar nuestro grano de arena con material de primera mano : Entrevistas, reportajes y artículos con los protagonistas.

Nuestro propósito es dar una visión de como están afrontando este suceso local de forma particular, dentro de un contexto de « crisis global ». Y como esta bancarrota de banca privada, ha desencadenado una revisión de la contistución, y una exigencia ante el gobierno de velar por la veracidad y transparencia de la información, un acto de inteligencia ciudadana.

Te invitamos a que navegues en la red buscando información al respecto, y la compartas en este espacio. (Te dejamos unos links que creemos son interesantes)
También que nos propongas preguntas que quieras plantear.

En esta primera fase, durante 7 días, y hasta el 10 de Abril, esperamos participéis cuanto queráis, y nos planteemos preguntas como ¿Podría suceder esto en mi pais ?

Bueno, mañana más !

Bertrand y Germán

Peu après, Bertrand prenait contact avec Paris s’éveille, et nous informait de cette expédition. Il envoyait aussitôt les premiers films qu’ils étaient en train de mettre en ligne sur facebook.

Aussitôt on mettait ça en ligne en appelant au sous-titrage, et rapide comme la foudre, Guillaume (que je ne suis pas sûr de connaître) a fait ça aussi sec, et sans bavures.

Si c’est pas du beau travail participatif ça ?

Le premier de ces films est l’interview sérieuse d’un professeur d’histoire, de l’université de Reykkavik, qui explique posément qu’il s’agit bien de ce qu’on appelle une révolution, si on compare à la révolution française ou à la révolution russe, qui intervient lorsque les pouvoirs sont affaiblis :

Iceland Revolution Project Interview with Pr. Guðmundur Há - VOSTFR

Le deuxième de ces films, beaucoup plus fort encore, est l’interview – exclusive, s’il vous plait – de la présidente du comité préparatoire des travaux de l’assemblée constituante élue en novembre, comité qui, lui, travaille depuis juillet, et venait de rendre un rapport de 700 pages pour l’ouverture des travaux de la constituante.

Iceland Revolution Project Interview with Dr Guðrún Pétur - VOSTFR

Le troisième de ces films, arrivé plus récemment, est une interview d’un agent de voyage, les pieds dans l’eau (chaude), qui explique à Germàn pourquoi les islandais ne sont pas très chauds pour rembourser la dette que le Danemark et l’Angleterre réclament avec insistance. On les menace de ne plus leur prêter d’argent ? “Emprunter quand on n’a pas d’argent, c’est s’engraisser comme un cochon qui finira rôti à la braise”, dit-il. “Socio politique les pieds dans l’eau, on est des pionniers je pense !”, commente Bertrand.

Iceland Revolution Project - Interview with Ýmir Björgvin Arthúrsson

Entretemps nos “envoyés spéciaux” avaient eu la chance de filmer en direct le résultat du vote du deuxième référendum sur la dette, il y a quelques jours, où l’on voit la joie du public à l’annonce de la deuxième victoire du NON _ et ce en dépit d’un sévère barrage médiatique qui, en bloc appuyait le OUI, comme l’essentiel des partis :

Maintenant, Germàn a dû repartir en Espagne, et Bertrand poursuit l’enquête vaillamment. Il a promis de mettre en ligne le reste des 8 films-interviews qu’ils ont réalisé. Parmi lesquels, entre autres, une heure avec Birgitta Jonsdottir, élue en 2009 au Parlement, au nom d’un Mouvement citoyen, devenu le Mouvement – une des principales figures de la révolution démocratique et écologique qui est tentée dans ce tout petit pays d’à peine plus de 300 000 habitants.

Plus d’infos à venir dans les prochains jours.

Stay tuned, comme on dit sur la page de Icelandic revolution project...