L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

Compte-rendu d’un après-midi à
Vincennes. Moustapha avait pris
les contacts téléphoniques. Avec
Bahija et Mahjouba, ils ont
demandé à rencontrer trois retenus.

Quelques jours plus tard, les trois
étaient libérés. En attendant, ils ont
pu témoigner de l’extraordinaire
tension qui règne dans les camps.
Nous avons visité trois personnes
dont un gréviste de la faim et
quelqu’un qui avait refusé d’embarquer
le jour d’avant.

A.A., 56 ans, est en France depuis
plus de dix ans. Dans un premier
temps, il cogérait un café restaurant
avec un ami. Il a demandé un titre de
séjour sur cette base, demande qui a
été refusée pour le seul motif qu’il
devait retourner dans son pays pour
chercher un visa d’installation. Il a
travaillé dans le bâtiment et la restauration
pendant toutes ces années pour
soutenir sa famille restée au pays. Il a
été suivi médicalement depuis quelques
années. Aujourd’hui, il est en
grève de la faim depuis dix jours. Il a
été transporté à l’hôpital pour soins
médicaux, mais pas d’examen approfondi,
alors que son état de santé le
nécessitait. Juste des cachets lui ont
été administrés. Lors de la visite, nous
nous apercevons qu’il est très affaibli
et ne comprend pas cet acharnement
contre lui par sa détention et vu son
état de santé et son âge.

A.D., huit ans de présence en France,
a été amené de force à l’aéroport en
vue de son expulsion. Le
Commandant de bord est descendu de
l’avion et lui a demandé s’il acceptait
d’être expulsé. La réponse fût non,
dans ces conditions.

[Notons que le
Commandant de bord a fixé à cette occasion
ce qui devrait être le principe général
 : on ne peut embarquer des gens
contre leur volonté. Si l’ensemble de ses
collègues faisaient comme ce monsieur,
peut-on dire que le droit humain serait
rétabli ? QSP ]

Il a été amené au poste
de police, puis au camp de rétention.
La troisième personne est en France
depuis quinze ans. Il a fait plusieurs
demandes, mais en vain. Il est au
camp depuis dix jours.

Hier, les détenus ont tous déchirés
leurs cartes d’identification du camp.
C’est pourquoi, nous avons attendu si
longtemps à l’extérieur et une fois
dans la salle de visite, le temps qu’ils
en établissent d’autres.

En attendant les personnes à visiter,
nous avons entendu de l’agitation à
l’intérieur. On croyait que c’était un
match de foot. Non : il n’y a pas de
place pour un terrain. Seulement des
play stations… Et cette agitation était
en fait d’une autre nature. Au bout
d’un moment on entend des cris – des
hurlements, en fait – dans l’escalier.

Comme toutes les semaines depuis
mi-décembre, le camp de Vincennes
est en ébullition. Lorsque les retenus
déchirent leurs cartes, ils mettent le
camp en panne. Les cartes servent à
tout : manger, aller au Palais de
Justice, au Tribunal administratif ou
aux consulats, comme pour voir les
médecins ou quoi que ce soit. Pour
commencer, déchirer les cartes
revient à faire la grève de la faim.

Hier, un sans-papiers a fui du
Tribunal.

[Source : 9e Collectif]