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L’annonce triomphante des premiers résultats 2008 des expulsions
par le Ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale
témoigne d’un affichage politique dont la réalité est très
discutable, particulièrement sur les retours dits « volontaires »
dont la part aurait quadruplé en un an.

On peut s’étonner du silence sur la répartition par nationalité
des reconduits… C’est à l’ANAEM que l’on apprendra que sur
les cinq premiers mois de 2008 plus de 6000 d’entre eux (soit
40% des 14 660 reconduites) sont partis dans le cadre de l’aide
au retour humanitaire, dispositif qui concernerait une partie
importante de citoyens européens. Parmi eux, une forte représentation
de roumains et bulgares, deux nationalités qui
constituaient déjà une bonne part des éloignements en 2006,
avant leur entrée dans l’Union européenne. Or on sait qu’il
s’agit essentiellement de Roms dont le dénuement auquel ils
se trouvent acculés sert de prétexte pour évacuer les lieux de
vie, dans le cadre d’opérations de retour organisées de façon
conjointe par la police et l’ANAEM (Agence nationale de
l’accueil des étrangers et des migrations). Dans la plupart des
cas, les demandes d’aide au retour humanitaire sont obtenues
sous la contrainte et ne résultent pas d’un réel projet de retour
étant :

• signées le plus souvent dans un contexte de panique, délibérément
occasionné, très souvent dans l’urgence quelques heures
avant le départ… voire après ;

• signées comme un « moindre mal » quand les services de
l’État agitent la menace du commissariat et de la prison ;

• signées fréquemment en l’absence d’interprète ;

• signées sans rétractation possible parce que les papiers
d’identité sont généralement confisqués et que l’encadrement
du départ et du trajet s’apparente souvent à de la coercition ;

• signées dans la plus grande opacité car les observateurs extérieurs
sont tenus à distance.

Ces opérations de retour contredisent ce que laisse entendre
l’appellation d’« humanitaire », d’une part parce qu’elle car
elles visent de façon évidente l’évacuation d’un site sans se
préoccuper de la situation des individus qui l’occupent ; d’autre
part car ce traitement de masse a des retombées dramatiques
pour les personnes : Où est l’« humanitaire » lorsque des
enfants sont oubliés sur les terrains ou à la sortie de l’école,
lorsque des personnes gravement malades, parfois contagieuses,
sont reconduites en Roumanie, lorsque tous les biens des
personnes sont détruits, lorsque le parcours d’intégration des
familles (la scolarité des enfants, les démarches d’insertion
professionnelle, le suivi médical, les liens de voisinage) est
brutalement interrompu ? Enfin, les sommes distribuées en
l’absence d’accompagnement effectif dans le pays d’origine
n’ont d’autre effet que de susciter de rapides allers-retours (au
départ de la France ou de la Roumanie) parfois dans le seul but
de bénéficier de ces aides (300 euros par adulte et 100 par
enfant alors que le salaire moyen en Roumanie était en mars
2008 de 194 euros par mois). Un phénomène qui précarise des
populations déjà fragiles par la rupture des liens établis ici et
là-bas et qui les expose à diverses formes de racket… Mais
qu’importe puisque même si le nombre des Rroms migrants en
France est globalement constant, ces reconduites et retours
volontaires font s’envoler les statistiques.

[Source : Romeurope]