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La campagne pour le premier tour des élections présidentielle se termine dans la plus grande confusion. La renaissance inattendue du stalinisme qui se profile au soir de ce premier tour est une nouvelle ambigüe dont il faudra prendre la mesure dans les années qui sont devant nous. Autoritaire, pro-nucléaire, il est parfaitement en phase avec les sources même de l’Etat.

Et il semble déjà acquis que le courant anti-autoritaire et antinucléaire ne sera quasiment pas représenté au soir de ce premier tour, et qu’en dépit de son réel héroïsme, la candidature d’Eva Joly se sera confronté à un resserrement de la conscience collective parvenu à un degré étonnant.

Cette catastrophe mentale est le reflet, le symétrique pourrait-on dire, des dix années de catastrophe dont on sort enfin. Le monstre sarkozyste aura produit une opposition monstrueuse à son tour… A force de ramener la politique en dessous de tout, on serait parvenu à lui fixer un nouvel alphabet – un alphabête.

Ne préjugeons de rien toutefois. Demain sera un autre jour, où tous les problèmes de la société seront toujours posés, et où les solutions seront toujours les mêmes. Les questions clefs n’auront malheureusement pas été évoquées : qu’en sera-t-il, demain, des budgets militaires ? et qu’en sera-t-il de la nécessaire légalisation des drogues ?

Ces deux questions sont taboues aujourd’hui. Le seront-elles toujours demain ? Va-t-on réellement poursuivre dans la voie du renoncement à toute chance de changer sérieusement la société là où elle bloque ?

L’élan de la gauche, qui s’exprime y compris dans le fulgurant succès de la mélenchonnerie, ouvre néanmoins une espérance. Peut-être même sera-t-il permis de réinterpréter ce vote, peut-être que sous cette réalité obscène d’un stalinisme revendiqué, il n’y a en fait que l’expression du désir du changement et de sa nécessité.

Ainsi la gauche se retrouve prise en otage entre ses deux courants traditionnels, stalinisme et social-démocratie, connus pour leur capacité à stériliser toute transformation, comme si on n’avait rien appris de l’expérience historique...

Espérons que, demain, forts de ce succès extraordinaire de la gauche, on sache donner un autre contenu que social-démocrate ou stalinien à la chance historique qui s’ouvre de transformer la société.

En attendant, à la dernière heure avant d’aller aux urnes, appelons toujours à ce que le vote Joly soit le plus fort possible... Pour sauver un minimum d’accord avec soi-même… Parce que, demain, ce seront ces enjeux là, écologiques, sociaux et libertaires qui seront à confronter pour voir la société s’ouvrir plutôt que de persister dans la nuit où l’on s’est bien trop enfoncé.

La semaine prochaine, nous appellerons à voter Hollande. En se pinçant le nez. Car le bonhomme se sera même prononcé contre la légalisation du cannabis… Mais ce dimanche, votons Joly sans hésiter, ne serait-ce que pour faire mentir, autant que possible, la campagne indécente que la presse de gauche aura mené contre elle – comme dans Le Monde d’hier, où c’était la seule candidature pour laquelle ce journal n’aura trouvé personne pour argumenter en sa faveur, ou son édition d’avant-hier où une photo d’une demi page représentait une plante verte renversée…

Paris s’éveille