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Le Tribunal d’Agrigente (Sicile, Italie) a prononcé le mercredi 18
novembre 2009 la relaxe des hommes d’équipage des navires tunisiens
Mortadha et Mohammed-el-Hedi de l’accusation d’"aide à l’immigration
clandestine". Les sept pêcheurs tunisiens étaient poursuivis pour
avoir secouru 44 migrants sur le point de chavirer en pleine mer dans
le canal de Sicile et de les avoir débarqué au port le plus proche,
sur l’île de Lampedusa.

Le Tribunal qui a reconnu que l’action des pêcheurs relevait de l’acte
humanitaire et du secours en mer d’une embarcation en détresse. Il
donc dû en reconnaître la légalité et a décidé de rendre les deux
navires à leurs propriétaires et de les indemniser ainsi que les
pêcheurs pour les dégâts causés par la saisie qui a duré deux ans.

En revanche, et en opérant un retournement très grave, le Tribunal a
prononcé une peine de deux ans et demi de prison à l’encontre de
Abdelkarim Bayoudh et Abdelbaset El Jenzri, capitaines des navires
Mortadha et Mohammed-el-Hedi pour des délits invoqués par l’accusation
en milieu de procédure, après que tous les témoignages et expertises
aient infirmé l’accusation initiale. Ces délits apparaissent par
ailleurs comme étant ridicules pour qui sait ce que sont les deux
embarcations de pêche concernées et qui sait que qu’aucun des marins
impliqués ne maîtrise la langue italienne : Non obtempération aux
ordres des gardes cotes italiens ; résistance à officiers de la
sécurité publique et menaces de violences à l’encontre d’un bâtiment
militaire.

La Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives (FTCR)
a dés le début de l’affaire alerté sur la situation de ces pêcheurs
et organisé [1]
avec ses partenaires (La Ligue Tunisienne des Droits
de l’Homme, Le Réseau Euro-Méditerranéen des Droits de l’Homme-REMDH,
le réseau Migreurop, l’ASGI et Rete antirazzista Siciliana entre
autres) une large mobilisation pour dénoncer l’injustice dont il font
l’objet, pour obtenir leur libération et leur indemnisation. Il
s’agissait alors et toujours de s’opposer à la véritable "guerre aux
migrants en Méditerranée" dont ce procès est une des manifestations [2].

Aujourd’hui la FTCR :

- Se félicite et félicite les pécheurs relaxés et leur familles pour
l’établissement de leur innocence des accusations infamantes dont ils
ont été l’objet en premier lieu et de la reconnaissance de l’acte
héroïque de sauvetage de vie humaines dont ils se sont acquitté.

- Est scandalisée par le caractère contradictoire du verdict
d’Agrigente qui reconnaît l’action des pécheurs comme acte humanitaire
d’une part, et condamne les deux capitaines d’autre part sur des bases
plus que douteuses. La FTCR demande leur relaxe et les assure de son
soutien jusqu’à ce qu’ils aient gain de cause.

- Elle s’inquiète des conséquences d’ores et déjà observées de ce type
de procès et de cette condamnation : La dissuasion des pêcheurs et
marins civils de secourir des personnes en détresse en mer qui a déjà
eu pour effets directs, qualifiables de criminels, la morts de
naufragés à plus d’une reprise, faute de secours qu’ils auraient pu
obtenir.

- Rappelle que les ressortissants des pays du sud ne sont pas exceptés
des lois et conventions garantissant les droits fondamentaux des
personnes, et que l’accès de toutes et tous à ces droits prime toute
doctrine et toute loi sécuritaires ou de « gestion des flux »,
qu’elles soient nationales ou communautaires.

La FTCR

http://www.ftcr.eu


[1Une délégation internationale composée d’élues et de représentants
d’associations et d’organisations du nord et du sud de la Méditerranée
s’est rendu en Sicile, à l’initiative de la FTCR, afin de participer
à la mobilisation sicilienne de soutien aux 7 pêcheurs (Vendredi 7
septembre 2007), afin de rencontrer des parlementaires et responsables
en Italie et afin d’interpeller les autorités italiennes et
européennes sur ce procès et sur la tragédie qui en constitue le contexte.