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C’est sous le soleil de ce 1er février, que la manifestation de soutiens aux espagnol-es pour le droit à l’avortement, c’est déroulée. A Paris, le défilé partait à 14 heures de la place Joffre dans le 7e arrondissement jusqu’à l’ambassade d’Espagne.

contexte espagnol :

Le gouvernement de Mariano Rajoy - parti populaire - élu en décembre 2011 revient sur le droit à l’avortement, alors que le socialiste Zapatero, avait en 2010 au contraire élargi ce droit. Effectivement, la législation espagnole était alors devenue l’une des moins contraignantes : le délai d’interruption de grossesse était de 14 semaines pour toutes les femmes ( majeures et mineures) sans justification et de 22 semaines en cas de malformation du foetus, ou de grave danger physique ou psychique pour la mère. Plus qu’en France, où L’IVG doit être pratiquée avant la fin de la 12e semaine de grossesse, soit avant la fin de la 14e semaine d’aménorrhée (absence de règles).
Rappellons que le mariage pour tous a été également voté par le gouvernement Zapatero avant la France et sans chichi...

Mais voilà, les gouvernements changent et les libertés fondamentales peuvent être balayées, comme celle du droit à disposer de son corps.

En Espagne, le droit à l’avortement est ainsi remis en cause. Ce qui contraindrait de nombreuses femmes à se « débrouiller » seule : soit en partant dans d’autres pays pour avorter, comme dans les années sombre de la dictature de Franco ( les plus aisées partaient en Angleterre) ; soit de recourir à des avortements clandestins cause d’une grande mortalité féminine dans le monde - une femme meurt dans le monde toutes les 8 mn d’un avortement clandestin.
Le texte ne prévoit une autorisation d’avortement que dans deux cas très précis : que l’interruption de grossesse soit nécessaire en raison d’un grave danger pour la vie ou la santé physique ou psychologique de la femme, une décision prise par le corps médicale et non les femmes concernées et la deuxième, que la grossesse soit une conséquence d’un viol déclaré préalablement. Cette législation en ferait l’une des plus restrictive en Europe, comme l’Irlande et la Pologne. ( interdiction totale à Malte)

En France :

Les centres d’ivg français s’inquiètent, du côté régressif de la loi qui montre encore que les droits ne sont jamais des acquis et du danger que cela entraîne pour les femmes. D’autre part, ces centres craignent un afflux d’Espagnoles qui n’ayant plus le choix viendront avorter en France, alors que déjà en France, son application est de plus en plus difficile. Les professionnelles des centre ivg de la manifestation dénoncent la diminution des crédits alloués aux centres et aux maternités. Car, si en France l’avortement est légal, il est de plus en plus difficile d’accès, des médecins peuvent refuser cette pratique et envoyer leurs patientes ailleurs, ce qui allonge le temps de prise en charge, et met en péril l’intervention volontaire de grossesse, sans parler de l’accueil, bien souvent inhumain qui ne fait qu’accroître les difficultées rencontrées par les femmes.

Il peut-être surprenant que de tels choix soit tout simplement soumis à une loi, quand ils ne concernent que l’individu. L’interruption de grossesse a toujours été pratiquée, mais, son interdiction fait prendre de grands risques aux femmes qui tentent par elles-même ou avec l’aide d’autrui à y parvenir. Légiférer c’était d’abord dépénaliser l’acte et ensuite le médicaliser, afin de protéger les femmes et leur intégrité physique.

Le rapport Estrela :

Au niveau européen, en décembre 2013, dans son rapport, (rapport sur la santé et les droits génésiques- l’eurodéputé Edith Estrela, demandait à ce que le droit à l’avortement soit un droit européen et ne dépende plus des états ni de leur gouvernements. Il a été rejeté à 7 voix près, une autre résolution, dite « alternative » et contraire à ce rapport a été votée. Pour la petite histoire : un problème de traduction a été soulevé, car le discours d’Estrela avant ce dernier vote a été traduit avec un contresens : « rejetez cette solution alternative » disait l’eurodéputé, quand les traducteurs français et allemand ont dit « approuver »...

Un cortège parisien très mixte

Organisé à l’appel du planning familial, de l’association nationale des centres d’interruption de grossesse et de contraception (ANCIC) et de la coordination des associations pour le droit à l’avortement et la contraception (Cadac), on pouvait voire les banderoles des syndicats, et des partis de gauche, mais aussi de Médecin du monde, la Ligue des droits de l’homme, de nombreux groupes féministes bien sur, mais également le cortège de loge franc massonique..

Chemin faisant le cortège a croisé quelques balcons ornés pour l’occasion du drapeau de la « manife pour tous », des militants contre le mariage homosexuel qui ont défilé en masse le lendemain.
Des jeunes femmes munies de ceintres ou d’aiguilles a tricoté rappelant les manières artisanales et dangereuses que leur mères ont connues, criaient à ces femmes à leur balcon « faut sauter, faut sauter,faut sauter » rappelant là aussi une autre façon très ancienne d’avorter …

De vieilles espagnoles défilaient également et l’on pouvait voir aussi les drapeaux de la république espagnole ( jaune rouge violet) rappelant que la monarchie espagnole actuelle a été adoubé par Franco.

Catherine Deudon, une ancienne du MLF ( Mouvement de libération des femmes) regrettait qu’il n’y ait pas un rappel plus formel au manifeste des 343 salopes qu’elles avaient lancé en avril 1971, sur une idée de la journaliste Nicole Muchnick, faisant signer des personnalités qui déclarent : « je me suis fait avorter ». Les signataires s’exposaient alors à des poursuites pénales, pouvant aller jusqu’à des peines de prison : un exemple de désobéissance civile qui fut un des éléments déclencheur de la loi Veil qui dépénalisa l’avortement en France, votée en 1975.

On pouvait tout de même entendre ces jeunes femmes criant « A la première, à la deuxième, à la troisième inspiration, nous sommes toutes des salopes avortées », un clin d’oeil aux 343 salopes et aux luttes contre le racisme.
La maison des femmes de Montreuil portait en banderoles « faudra t-il ressortir nos aiguilles a tricoter pour défendre nos centres ivg » lisait un homme de 70 ans récemment convaincu du fait qu’il fallait se mobiliser pour protéger se droit en France.

Un droit qui on l’oubli bien souvent ne concerne pas uniquement les femmes mais bien sur les hommes qui ne veulent pas être père ou père a nouveau .

Quelques chiffres sur l’ivg :

En France on considère que 40 % des femmes y auront recours dans leur vie.
Chaque année 200 000 interruptions volontaires de grossesses sont effectués.

Paris s’éveille.
texte : May
photo : Barbara

texte d’appel du planning familial :

Manifestation nationale IVG en soutien aux espagnoles du 1er février 2014 - Intervention du Planning Familial

L’avortement est un droit fondamental qui conditionne tous les autres droits et l’accès des femmes à leur autonomie, à leur choix de vie, à leur liberté.
La loi prévue aujourd’hui par le gouvernement espagnol remet en cause ce droit fondamental des femmes à disposer de leur corps et à décider pour elles mêmes d’interrompre une grossesse non voulue en limitant fortement l’accès à ce droit.
Il s’agit d’une position morale et idéologique que rien ne justifie, et qui va à l’encontre de ce que pensent ou veulent la majorité des Espagnoles, femmes et hommes.
C’est une régression pour les femmes, au nom d’une vision étroite et restrictive de la famille, de la place et du rôle des femmes, mais aussi des hommes ! , et une réassignation des femmes à la maternité,
Cette loi aurait de très graves conséquences pour les femmes.
Elle les obligerait à avorter à l’étranger, si elles en ont les moyens, ou de façon clandestine, au risque de leur santé, pour celles qui ne le pourront pas
N’oublions pas qu’une femme meurt dans le monde toutes les 8 mn d’un avortement clandestin
Cette décision du gouvernement espagnol va à l’encontre de deux résolutions votées par le parlement européen en 2011, dont l’une qui affirmait « l’union européenne et les états membres doivent garantir aux femmes un accès aisé aux moyens de contraception ainsi que le droit à un avortement sûr »
Une autre résolution votée le 11 décembre 2013 affirmait la nécessité d’’inscrire comme prioritaires les droits sexuels et reproductifs pour atteindre les objectifs du millénaire pour le développement.
Ce projet de loi espagnol s’inscrit dans un contexte de forte mobilisation des forces conservatrices de droite et d’extrême droite : elle a conduit le parlement européen à rejeter en décembre dernier le rapport Estrela, qui proposait à l’Union Européenne d’affirmer l’égalité des droits entre les citoyens et citoyennes d’Europe en matière d’avortement, de contraception, et d’éducation sexuelle.
Ces lobbys conservateurs qui s’opposaient hier au mariage pour tous, qui aujourd’hui luttent contre l’éducation à l’égalité à l’école, veulent aussi imposer la restriction des cadres légaux de l’avortement en Europe : clause de conscience, interdiction de la pratique, entraves à l’IVG.
Certes, en France la loi progresse, avec la suppression de la notion de « détresse » qui inscrit clairement le fait que c’est à la femme de décider, et à elle seule, mais nous savons que pour garantir l’accès à l’avortement, il faut agir à 3 niveaux :
Il faut des lois, Il faut que ces lois soient appliquées, Il faut aussi garantir un accès à des structures de qualité sur tous les territoires, ce qui veut dire qualité d’accueil, personne formé et volontaire, structures en nombre suffisant, choix de la méthode
Pour cela, nous devons constituer un grand mouvement européen des forces progressistes et citoyennes en solidarité avec les femmes d’Espagne, mais aussi de Pologne, d’Italie, de Malte, de Chypre, d’Irlande, et d’ailleurs...
Nous appelons à lutter pour une Europe ou toutes les femmes et tous les hommes pourraient disposer librement de leur corps, sans contrainte imposée par l’état ou la religion,
Ces droits fondamentaux doivent s’inscrire dans la charte européenne des droits fondamentaux, et nous demandons au gouvernement français de porter cette revendication.
 C’est un enjeu démocratique : l’universalité des droits et l’égalité entre les citoyens et citoyennes, femmes ou hommes, quelque soit leur sexe, leur genre, leur orientation sexuelle est un pilier de la démocratie
 C’est un enjeu d’égalité : égalité entre les femmes et les hommes, mais aussi égalité entre les femmes d’Europe, égalité entre les femmes du monde
 C’est aussi un enjeu de santé publique : les femmes qui veulent avorter avorteront, de toutes façons mais en payant le prix fort, et souvent au prix de leur santé, ou en mettant leur vie en danger
Nous serons au côté des femmes d’Espagne tant qu’il le faudra pour combattre cette loi inique Non à l’ordre moral qui veut gérer nos vies, Oui à nos droits, tous nos droits, et à la liberté de choix d’avoir un enfant, ou non