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Le jeune homme devait passer au tribunal. En état de manque, il posait problème semble-t-il aux gendarmes chargés de sa garde... Ceux-ci ne trouveront pas autre chose à faire que de le frapper et de le gazer… C’est la nouvelle mode : gazer à outrance. Les flics appuie sur le bouton de leur bombonne de gaz, king size, avec une facilité déconcertante. On les voit, en toutes situations, le doigt sur la « gâchette », et là, encore moins « léthale » qu’un taser, ils s’en donnent à cœur joie. C’est tellement amusant, de disperser les gens comme par magie d’un coup de pschitt…

Là, dans la cellule de la « souricière » du tribunal, ils ont tant et tant arrosé que le jeune homme, bien que torse nu, délesté de vêtements qui auraient pu en retenir plus, était si imprégné de gaz quand il est arrivé dans la salle d’audience que pour un peu il aurait fallu l’évacuer !

Paris s’éveille

Un prévenu en état de manque gazé dans sa cellule avant de comparaître devant tribunal

Un toxicomane de 18 ans, très agité parce qu’il était en état de manque, a subi en cellule des pulvérisations de gaz lacrymogènes à la demande du président du TGI de Bayonne, Alain Tessier-Flohic. Le jeune homme devait comparaître pour des vols à l’arraché, a-t-on appris vendredi 6 mai de sources judiciaires.

Selon le journal Sud-Ouest, qui a révélé l’affaire, le toxicomane, torse nu, hurlait dans la salle des comparutions immédiates et se tordait de douleur en s’épongeant les yeux lorsqu’il a pénétré dans la salle, contraignant la magistrate présidant l’audience, Marie-Hélène Ville, à la suspendre et à appeler le service d’aide médicale d’urgence.

Le prévenu « hurlait et se tapait la tête contre les murs », explique le président du TGI, Alain Tessier-Flohic, précisant que la scène durait depuis « deux ou trois heures » quand il a donné l’ordre de le gazer. On « ne pouvait pas imaginer qu’il était en état de manque », a-t-il ajouté.

Selon Alain Tessier-Flohic, on pouvait « soit le ramener à la raison », « soit lui faire administrer une piqûre » de tranquillisants « par un médecin, mais, en ce cas, il n’aurait plus été en mesure de se défendre. Nous avons choisi une autre solution pour qu’il puisse comparaître : le gaz pour le neutraliser », a indiqué le magistrat. « Il s’est débattu, a retiré ses vêtements (...). Lorsqu’il a été transféré en salle d’audience, il était dans un état de grande excitation », a-t-il expliqué.

UNE AFFAIRE « GRAVISSIME »

D’après la journaliste de Sud-Ouest présente sur place, « la dose de gaz lacrymogène administrée au détenu n’a manifestement pas été dosée. Ceux qui l’approchent sont pris de picotements des yeux, d’irritations de la gorge. La salle d’audience a des relents de manifestation qui aurait mal tourné. Le grand-père du prévenu a les yeux rougis ».

Dénonçant une affaire « gravissime », Marie-Hélène Ville, la juge présidant l’audience, a évoqué des « procédés inhumains et dégradants ». D’après la magistrate, « quand quelqu’un pose un problème médical, on demande l’assistance d’un médecin, on n’utilise pas une mesure de répression ».

« On n’a jamais vu cela : sur ordre du président, gazer un prévenu alors que deux escortes policières étaient là ! », s’est insurgée l’avocate du jeune homme, Me Myriam Unal. Selon elle, si des médecins peuvent intervenir lors des gardes à vue, « rien n’est prévu quand les personnes sont dans les geôles. Il s’agit d’un vide juridique ». L’avocate a assuré qu’« ils avaient les moyens d’agir autrement » pour calmer son client - en phase de sevrage depuis deux mois et qui n’avait « peut-être pas pris des doses suffisantes » -, estimant que la bombe lacrymogène avait été utilisée « sans retenue ».

[Source : Le Monde.fr]

Hier, un homme en état de manque a été « calmé » au gaz.

Il est des audiences comme des jours en geôle. Interminables. Ainsi, au tribunal de Bayonne, hier après-midi, avec cette affaire de petit trafic de stupéfiants. Mais derrière les débats, on entend très distinctement des coups sourds, et des vociférations. Ils proviennent de la « souricière », cette geôle au sous-sol pour les prévenus en détention provisoire.

Une bonne heure et demie plus tard, le vacarme n’a pas cessé. Il est même monté d’un étage et de quelques dizaines de décibels. Dans la salle des comparutions immédiates, un homme jeune, torse nu, se tord de douleur en même temps qu’il crache des insultes au visage des policiers qui l’entourent. « Je vais les crever. Ils m’ont gazé putain. Ils se sont mis à trois sur moi et il y a un c... qui m’a gazé. » Il s’éponge les yeux, et à la fois se débat comme un diable.

De la semi-nudité du prévenu, de son état de souffrance évident, de ses cris de bête que l’on égorge, on ne sait ce qui est le plus choquant dans une salle d’audience. Les policiers se tiennent à quelques mètres, les magistrats se sont retirés dans l’arrière-salle. Me Myriam Unal, l’avocate du prévenu ne le quitte pas. Avec Me Colette Capdevielle, elle maintient le contact avec l’homme en crise de nerf, qui vient de se frapper la tête contre les murs pendant trois heures. Elles le touchent pour le rassurer, et lui prodiguent des soins, de fortune.

« Inhumain et dégradant »

La dose de gaz lacrymogène administrée au détenu n’a manifestement pas été dosée. Ceux qui l’approchent sont pris de picotements des yeux, d’irritations de la gorge. La salle d’audience a des relents de manifestation qui aurait mal tourné. Le grand-père du prévenu a les yeux rougis. Son avocate, après être parvenue à le calmer, s’échappe quelques minutes pour se laver les yeux, bouffis par l’irritation.

« Traitement inhumain et dégradant », entend-on dans les rangs des avocats. « Ce n’est pas du gaz dont il a besoin mais d’un médecin », lance Marie-Hélène Ville, la présidente de l’audience de comparution immédiate. Quant au président du tribunal de grande instance, Alain Tessier-Flohic, il confirme que c’est lui qui a donné l’ordre de gazer le prévenu, tout en faisant visiter les geôles. « Quand vous avez un énervé de première, en train de casser la geôle en bas pendant deux heures, au bout d’un moment, on se sent obligé d’employer la force. C’était le gaz ou la piqûre, mais ce n’était pas possible car il allait comparaître. »

Nicolas, le prévenu a eu 18 ans en octobre dernier. Il habite le Pays basque intérieur, chez ses grands-parents, présents hier. En détention provisoire depuis lundi soir, il comparaissait pour six vols à l’arrachée, commis depuis le début de l’année, à Biarritz et à Bayonne. Nicolas connaît bien le juge des enfants, et que trop les stupéfiants - cocaïne, résine de cannabis, etc.

Encore gosse aux yeux bleus ébahis, déjà un peu boxé par la vie, Nicolas avait demandé hier à comparaître dès 14 heures. Phobie de l’enfermement, envies déclarées de suicide. En sevrage depuis deux mois. « Ils ne m’ont pas donné le bon dosage de cachets à la maison d’arrêt », a t-il dit lorsque l’audience a finalement repris, après intervention des pompiers, et du Samu. Nicolas comparaîtra mardi a t-il été décidé. Il a été maintenu en détention. Remenotté. « Je ne peux pas voir mes grands-parents ? Je ne peux rien faire alors ? » Et encore ce regard traqué, sans réponse.

[Source : Sud-Ouest]