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Cela n’arrive pas qu’aux autres. Verteuil vient de plonger brutalement dans la
tragédie des sans-papiers. « William Opoku, citoyen verteuillais en prison jour 5. »
La banderole, accrochée devant la mairie, plante le décor. À l’entrée de la
petite commune ruffécoise, des barrières douanières fictives ont été dressées
samedi. Le rose fluo contraste avec l’ardoise du château. On lit. « Commune
libre de Verteuil avec/ou sans papier. Bienvenue ! »
Ou encore. « Vous entrez en
France, menace d’expulsion. »

William Opoku, 35 ans, ouvrier peintre ghanéen, purge une peine d’un mois de
prison pour avoir refusé d’embarquer mercredi, en direction du Ghana.
Interpellé la veille, alors qu’on lui avait demandé de se présenter « pour de simples
formalités à la gendarmerie »
, il a été pris de court. Comme Élise, la Française
qu’il a épousée en mars 2007, après un an de vie commune à Verteuil.

Pour la préfecture, il s’agit de « l’exécution d’une décision de refus de séjour, notifiée
le 4 décembre »
. Le recours devant le tribunal administratif a échoué. L’appel
devant la cour de Bordeaux n’est pas suspensif. Faute de visa long séjour,
William, entré en France en juin 2004, n’a pu être régularisé. Malgré son intégration,
malgré ses emplois successifs. À la fin du mois dernier, il travaillait
encore chez un artisan local.

« Tout le monde ici l’a croisé. Il fait partie de notre petit village gaulois avec ses histoires
de clocher. On l’a vu bosser sur les échafaudages. On a bu des coups avec lui.
ça nous touche tout d’un coup. Avant, les problèmes des sans-papiers, c’était des
trucs de grande ville »
, s’enflamme Christian Brosse, le ferronnier, qui a sonné la
révolte vendredi soir.
Ils sont quelque 70, massés dans la salle des fêtes, à crier leur
colère, à confesser leur crainte et à chercher comment soutenir
Élise, qui n’en finit plus de conter son drame. « À l’audience,
William me regardait d’un air désespéré. Il ne comprenait
pas le jugement. Juste avant lui, un homme qui avait agressé un gendarme s’en
était tiré avec le sursis. Mon mari a juste refusé de prendre l’avion. »
L’épouse crie
à l’injustice. Au piège. La salle fait écho. En français et en anglais.
« On revient soixante ans en arrière au temps de la Gestapo ! », s’exclame un septuagénaire.
« A-t-il été pris au hasard ou dénoncé ? », interroge un autre retraité,
inquiet.

Jean-Luc Giraud, l’un des responsables du comité de soutien aux sans-papiers
en Charente calme les esprits. « Le dossier a été déposé à la préfecture. Il y avait
son adresse. Quant aux techniques d’interpellation, ce sont toujours les mêmes, un
traquenard. »

La plupart des habitants découvrent que le mariage n’est pas une garantie de
régularisation. « Pendant les trois premières années, le marié est toujours expulsable
 »
, précise Jean-Luc Giraud.
Pas de quoi rassurer l’auditoire. La seule alternative, c’est le préfet. « Il faut
essayer de le convaincre que William présente toutes les garanties pour être régularisé.
Vous pouvez créer un comité de vigilance à Verteuil »
, suggère le représentant
du collectif départemental.

Rien n’est à négliger. Une pétition circule pour
réclamer la libération et la régularisation du
Ghanéen.
L’assemblée saisit l’opportunité du conseil municipal
pour s’inviter à sa réunion, à l’étage au-dessus.
Une incursion massive et bon enfant.
Les leaders veulent sensibiliser les élus, obtenir leur soutien. Ils expliquent. Ré-expliquent leur démarche. « Chacun est libre
individuellement de prendre position, mais moi, en tant que maire, je ne peux pas
aller à l’encontre d’une décision de justice »
, indique Clauddy Séguinar. Prudent.

Les habitants cherchent, avec la
maladresse des débutants, comment
garder William chez eux, dans leur
communauté. Ils veulent « un symbole
fort », qui aurait retentissement
national.

Les idées fusent. « On proclame
Verteuil commune libre et on porte
plainte devant la Cour européenne pour
enlèvement et séquestration »
, lance
Christian Brosse. Une manière aussi,
pour lui, de célébrer « les 60 ans de la
Déclaration des droits de l’homme ».
L’image fait tilt. Applaudissements.

« On peut filmer, mettre sur internet. ça
va faire le tour de la planète »
, renchérit
une jeune femme. « Faut que tout soit
dans la légalité »
, appuie un retraité.
On parle « d’acte de désobéissance
civile »
. On conseille de « rester groupés
et solidaires, de s’allonger si on veut
nous embarquer ».

Ce week-end, le tivoli de la rébellion
était planté devant la mairie.

[Source RESF]


Verteuil sur la RN 10 pour « son » sans-papiers

La RN10 bloquée pendant cinquante minutes hier soir à Villegats, des bouchons d’une dizaine de kilomètres dans les deux sens..., la mobilisation pour William Opoku, l’ouvrier ghanéen sans-papiers de Verteuil, est montée d’un cran. L’opération « surprise » menée par le comité de soutien de Verteuil a provoqué un coup de fièvre au sud de Ruffec. Le bouche à oreille a bien fonctionné. Ils sont près de deux cents manifestants débarqués de toute part, y compris d’Angoulême, à envahir la route nationale sur le coup de 18 heures.

Des voitures complices ralentissent la circulation. Les palettes, balancées sur le macadam, dressent un frêle rempart. Insuffisant pour dissuader les coups de sang. Un automobiliste d’une soixantaine d’années accompagné d’une passagère fonce sur une militante des droits de l’Homme. Blessée aux jambes, elle est évacuée par les pompiers. Un motocycliste en rage force le barrage sur une roue. Des routiers agacés crient à la prise d’otages.

Les premières et les dernières minutes sont les plus difficiles pour le cortège. Les banderoles brandies aux quatre vents sont de minces boucliers. Elles résument le combat de la bande à Christian Brosse, le ferronnier, celui qui le premier a réagi à l’arrestation de William Opoku. Il a réuni autour de lui tous ceux de Verteuil à Angoulême qui n’acceptent pas le sort qui est réservé aux sans-papiers en général et au « leur » en particulier.

Ils refusent que leur copain, l’ouvrier peintre qu’ils ont l’habitude de côtoyer ou de croiser au travail, soit obligé de quitter la France. Pour eux, comme ils l’ont écrit sur l’une de leurs innombrables pancartes, « William Opoku est citoyen verteuillais ». Il n’est pas étranger. Il appartient à leur communauté depuis qu’il a épousé Elise, la fille du pays, en mars 2007.

Dans l’attente d’une réponse du préfet

Qu’il n’ait pu être régularisé malgré son mariage, faute de visa long séjour, leur reste en travers de la gorge. Ils ne comprennent pas. Ils le disent. Ils le clament depuis une semaine. La peine d’un mois à laquelle il a été condamné pour avoir refusé sa reconduite au Ghana ajoute à leur colère. Ils font corps autour d’Elise et de sa famille, ses trois grands enfants, ses proches. Leur pétition a déjà recueilli un millier de signatures. Ils viennent d’écrire au préfet pour solliciter une rencontre « afin de trouver une solution permettant à William d’obtenir un titre de séjour longue durée ». Ils ont adressé une copie du courrier aux présidents de la Région et du Département, Ségolène Royal et Michel Boutant, à la conseillère générale Nicole Bonnefoy et au député Jérôme Lambert. Ils attendent une réponse. C’est aussi pour cela qu’ils ont décidé de frapper fort hier soir à l’heure des départs en congés.

Aux gendarmes de Ruffec venus s’enquérir de la situation, ils expliquent qu’ils ne partiront que s’ils ont le « préfet ou le cabinet du ministre au téléphone ». « On lui a demandé une audience. C’est la seule façon de se faire entendre », peste Didier Brousse, l’un des leaders du soutien verteuillais.

Pendant ce temps, la grogne enfle dans les files d’attente. Les tee-shirts « Tous solidaires avec William », les portraits du détenu paraissent pâlichons face aux bahuts rutilants. Le concert de klaxons des routiers s’atténue dans l’attente. Quelques automobilistes impatients prennent le relais. Frictions. Echanges de mots. Rien de très grave.

Les appels au calme se multiplient. Beaucoup sont rodés aux manifs. Comme Jean-Claude Caraire l’ancien élu Vert, José Dupuis le secrétaire du Snes, Michel Debœuf le leader de la LCR, André Puygrenier de la Confédération paysanne ou les élus communistes. Jérôme Lambert arrive de sa maison de Juillé à moto. Il s’arrête à son tour sur la route de Ruffec. « J’ai envoyé un fax à Brice Hortefeux pour qu’il réexamine la demande de régularisation de William », confie-t-il prêt à argumenter auprès du ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale.

Au bout de trois-quarts d’heure, Elise Opoku, toujours digne, invite ses soutiens à lever le barrage. La voie est libérée sous les applaudissements. Quelques noms d’oiseaux volent dans le ciel ruffécois. Beaucoup d’encouragements fusent aussi des véhicules.

Un semi-remorque émet un beuglement comparable à la sirène d’un bateau. « C’est le Titanic », ironise un militant. Une touche de fête dans un monde de révolte. « La semaine prochaine, ce sera la gare », prévient une voix mi-sérieuse, mi-sourire.

Le comité de soutien ne veut peut pas lâcher. « C’est la vie de William qui est en jeu ».

[Source : blog.charentelibre.com]