Fermeture des centres de rétention

Témoignages de l’intérieur du camp de Vincennes, le mercredi 8 juillet 2009


Mis en ligne par: Frédéric L.I
Publié le: 9 juillet 2009

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Pour appeler au centre de rétention de Vincennes :
0145180250
0145185970
0145181240

« On a arrêté la grève de la faim hier. Je peux rien vous raconter en ce moment. Au niveau d’en bas, j’ai eu quelques petits problèmes à cause des communications. Ils nous ont vu beaucoup téléphoner, ils m’ont averti, je préfère arrêter les communications »

Nous appelons deux fois aux cabines, les retenus ne veulent pas parler de la fin du mouvement. Puis la troisième fois quelqu’un veut bien nous parler.

« On a arrêté, ça sert à rien. La Cimade depuis une semaine nous promet des choses, mais ils ne font rien. Pourtant c’était important, on aurait dû continuer mais personne ne prend ça en considération (...) Quand tu arrives ici, il faut trouver un moyen de sortir : faire des tentatives de suicide, avaler des lames de rasoirs ou autre chose... sinon c’est fini ; ça fait 15 jours que je suis ici, depuis, aucun algérien n’a été libéré, seulement 2 marocains et 2 tunisiens l’ont été, par contre ils ne libèrent que des chinois. On sait même pas comment ça marche : si c’est le consulat qui signe ou autre chose. »

Nous lui donnons des informations sur l’attitude de l’Etat algérien, le fait qu’il signe tous les accords anti-immigration avec la France, qu’il a même fait passer un texte de loi qui prévoit de punir de prison l’émigration clandestine.

« Pourquoi personne n’affiche tout ça ? Je comprends pas car si c’était connu, les gens se révolteraient. Je connais une association, Droits Devant, qui s’occupe bien des sans papiers algériens, est-ce que c’est une association payée par l’Etat algérien ? (...) On est au centre , on est enfermés. Je sais pas ce qu’on va faire. Je vais essayer de vous passer quelqu’un qui vous raconte la fin de la grève de la faim. »

La personne refuse de venir nous parler, nous demandons alors à notre interlocuteur revenu au bout du fil si c’est à cause de la pression de la police que personne ne veut nous parler.

« Non on a pas de pression, on n’a pas peur de la police, on s’en fout d’eux ».

Nous demandons des nouvelles des deux retenus algériens qui ont été expulsés hier et nous racontons ce qu’ils nous ont dit sur leur expulsion.

« Moi je sais que c’est quand on arrive dans l’avion qu’il faut les emmerder comme ça ils ont peur de perdre des clients et ils te font descendre. »

Notre interlocuteur va chercher un retenu qui pourrait nous raconter la fin de la grève de la faim.

« Hier ils ont été expulsés, ça été fait. Dommage. Ils nous ont appelé de l’avion vers 16h, on a su qu’ils ont été expulsés. Alors, hier au centre ils ont pas voulu continuer. Tout le monde a peur vis à vis de ce qu’ils ont fait aux autres. Tout le monde a peur. Ce sont des pauvres gens. Tout le monde a mangé. Personne ne dévoile ce qu’il ressent. Les gens ne se font pas confiance entre eux. Je ne peux pas deviner leurs pensées. Moi j’étais bloqué, ils ont changé d’avis d’un moment à l’autre. J’étais bloqué, j’ai pas pu réagir. On n’a pas de possibilités, c’est très délicat. »

Ce 8 juillet l’ambiance est lourde, tous semblent profondément tristes. Mais il y a semaine, le 1er juillet, les retenus nous disaient :

« En 25 jours, il y a eu 5 tentatives de suicide. L’ambiance était horrible au centre. Ca devenait fou, on regardait ça tous les jours et on s’habituait, c’est fou on ne doit pas s’habituer à des gens qui s’automutilent et se suicident tous les jours. Il fallait réagir à ça. On était en train de devenir des monstres, on réagissait plus. On s’est dit il faut réagir autrement, ne pas s’habituer. »

Les retenus ont réagi, leur grève de la faim a rendu visible leur révolte, leur colère et le fait qu’il y a des gens qui ne s’habituent pas et ne s’habitueront jamais à ça. Ils ont trouvé un moyen d’enrayer la machine à expulser, que tout ne se passe pas normalement, c’est aussi pour contribuer de l’extérieur à cet enrayement que nous publions et continuerons à publier l’histoire de leurs luttes à l’intérieur. C’est ce que nous leur avons dit avant de les saluer.


Fermeture des centres de rétention

Mercredi 8 juillet

Un retenu de Vincennes témoigne, ci-dessous la retranscription de son récit :

« Il y a une personne qui est sorti de l’hôpital. Il avait mangé une lame de rasoir. Les médecins lui ont fait une piqure, l’ont gardé lundi et mardi. Il pense qu’il a toujours la lame dans le ventre. Il attend la Cimade qui est partie manger. Il continue de refuser la nourriture, comme deux autres retenus qui sont restés à l’hôpital. Ils avaient également avalés une lame. Il n’y a pas de nouvelles d’eux. Cela fait maintenant 10 jours qu’ils font la grève de la faim. Ils continuent. Hier, 12 nouveaux retenus sont arrivés.

Pour appeler au centre de rétention de Vincennes :
0145180250
0145185970
0145181240

fermeturetention@yahoo.fr