CAMPS DE RÉTENTION
Témoignages au camp de Vincennes
Publié le: 3 avril 2008
Depuis plusieurs semaines maintenant [voir QSP 20 et 21], le groupe “fermeture des centres de rétention” se consacre à recueuillir des informations sur ce qu’il se passe à l’intérieur du CRA de Vincennes. C’est ainsi qu’on a un “journal de bord” de la vie quotidienne des retenus – et de leurs combats. Ils se présentent : « Collectif autonome d’individus, nous avons décidé d’appeler quotidiennement les détenus de Vincennes pour rendre compte de la situation à l’intérieur afin que personne n’oublie l’horreur vécue au jour le jour, et ainsi continuer à mobiliser au delà des manifs sporadiques. »
MERCREDI 27 FÉVRIER, CRA 1
« Aujourd’hui, deux maliens se sont fait expulser au CRA 1. »
« Ils viennent d’afficher que demain, il y aura douze expulsions vers le Mali, l’Algérie et la Turquie. »
« Hier, nous avons été dix-huit personnes à être convoquées devant le consul. Ils nous ont emmenés jusqu’au centre de rétention du Mesnil-Amelot où se trouvait déjà le consul. Ils nous ont transféré en car, mais ils ne nous ont pas attaché pendant le transport. Nous ne sommes restés que deux à trois minutes chacun avec le consul. Pour l’instant ils ne nous ont rien dit. »
« J’attends de voir ce qu’il va se passer pour moi. J’en suis à mon 15e jour de rétention. Je passe vendredi ou samedi devant le juge car le précédent m’avait maintenu jusqu’à samedi. Le tribunal administratif a déjà refusé mon recours. »
Nous lisons l’article de Libération du 25 janvier 2008.
« C’est la deuxième fois que je passe par ce centre. La première fois j’y suis entré le 29 novembre et sorti le 31 décembre. Je confirme les violences qui ont été commises par les policiers. »
« Hier soir la plupart de ceux qui ont entamé une grève de la faim, ont mangé. Il reste une vingtaine de personnes en grève. »
« Des journalistes sont passés au centre suite aux manifestations que nous avons faites jusqu’au 25 février. »
« Je connais un monsieur ici qui est malade. Il a mal au ventre depuis qu’il est entré dans le centre. Il a des enfants nés en France. Il est passé devant le juge des libertés mais il ne l’a pas libéré. Il est passé devant le tribunal administratif mais il est toujours là. De toutes manières le juge n’écoute même pas les avocats. »
CRA 2
« Tout le monde ici est déprimé. Cela fait quatre jours que je suis en grève de la faim. »
« Hier, on a parlé avec le commandant. On veut soit être libéré, soit être expulsé, mais nous ne voulons plus être prisonniers dans le centre. Il a bien eu notre lettre de doléances et l’a envoyé au préfet, mais il nous a dit qu’il ne fallait pas attendre de réponse favorable. »
« Il y a beaucoup d’expulsion par jour. »
« “Nous n’avons peut être pas de papiers mais nous avons des droits.” »
« À l’infirmerie, quoi qu’on ait comme maladie, ils nous donnent toujours le même médicament : diantalvic. »
« Personne ne nous donne de renseignements. »
« La police est partout. »
« À minuit, ils nous comptent. Ils tapent dans les portes. Ils entrent. Ils fouillent les chambres. Ils se foutent de savoir si les gens dorment. »
« Certains ne savent même pas qu’ils vont être expulsés. En principe ils doivent prévenir les gens 72 heures avant. Mais nous ne sommes prévenus que la veille. Et il arrive que les policiers viennent chercher les gens à cinq heures du matin pour les emmener à l’aéroport et les expulser sans qu’ils le sachent. »
« 70 % des personnes du centre sont expulsées. Dans mon bâtiment, ils expulsent surtout des Magrébins ».
« Au sujet du texte que nous avons rédigé hier, le commandant nous a affirmé l’avoir envoyé au préfet. Il nous a dit qu’il n’y aura pas de réponses favorables. On a demandé à voir un responsable mais personne ne répond à notre demande. »
« On essaye avec des collègues de faire exister une mobilisation. »
« Une personne fait la grève de la faim depuis vingt-huit jours. Moi je suis en grève depuis quatre jours. »
« Certaines personnes sont en danger dans leur pays. Si elles rentrent, elles risquent d’aller en prison pour des années, d’autres peuvent se faire tuer… »
« Les gens ont peur. Ils ne veulent pas se battre. Ils sont trop déprimés. »
JEUDI 28 FÉVRIER, CRA 2
« Avant ils nous réveillaient à trois heures du matin pour le comptage ; maintenant c’est à dix-huit heures. Certains continuent la grève de la faim, ils sont très fatigués ; moi j’ai fait la grève lundi, mardi, mercredi et j’ai arrêté car il y a eu des pressions du commandant et ils nous disent que de toute façon cela ne sert à rien. »
« Ce matin deux maliens du foyer de terres au curé ont été expulsés d’Orly ; ils ont appelé du Sénégal pendant leur transit. Ceux d’hier sont revenus au centre. Demain il y aura deux autres expulsions. Il a été voir le consul mardi et pour l’instant il n’a pas la réponse ; il sera au TGI demain ».
CRA 1
Les détenus parlent d’un climat plutôt calme à l’intérieur du centre. Les fouilles ne se passent plus au milieu de la nuit, mais au guichet où ils donnent leur carte pour le dîner. Les fouilles se font donc tous les soirs, avant le dîner, vers dix-huit heures. Chaque jour il y a des expulsions, le nom des personnes ainsi que le numéro de vol et l’horaire de départ sont affichés dans un tableau entre vingt heures et vingtdeux heures. Aujourd’hui neuf marocains ont été expulsés, demain l’expulsion de deux maliens avec escale à Casablanca est prévue. Hier, un jeune Algérien de 27-28 ans a tenté, pour la seconde fois, de se suicider. Il s’est pendu avec les lacets de son blouson. Il l’a fait dans la nuit, vers deux heures mais il ne s’est pas rendu compte qu’il y avait une caméra devant lui et donc les policiers sont tout suite intervenus, l’ont gardé pendant la nuit et puis l’ont laissé retourner dans sa chambre.
« Il nous a dit qu’il en avait marre de rester enfermé ; soit ils le relâchent, soit ils le conduisent au bled, mais c’est ici, enfermé, qu’il ne veut pas rester. Il est dans le centre depuis douze jours. C’est le harcèlement quotidien dans le centre qui est dur : les personnes qui doivent aller au TGI à dix heures sont réveillées à six heures du matin. »
TEXTE ENVOYÉ PAR LES DÉTENUS DU CRA 2 DE VINCENNES
Objet : Appel d’urgence “Sauver les principes de la France”
Au secours, au secours, je suis le droit de l’homme ma vie est en danger. L’homme est devenu un chiffre. L’homme est chassé dans les gares, dans son lieu de travail et dans les lieux publics. Arrêtons ! Arrêtons la chasse à l’homme ! C’est urgent ! Attention ! J’entend un cri ! D’où vient-il ? Il approche, c’est un demandeur de secours. Est ce que j’ai entendu LIBERTÉ ? Je m’approche de lui, oui c’est la LIBERTÉ qui est en danger. Qu’est ce qu’elle dit ? Elle dit : « C’est fini ! c’est fini ! ma vie est partie. Je n’ai plus de vie ici avec un système Sarkozy ». J’ai pris ma soeur et je suis parti. Mais on entendait beaucoup de cris de demandeurs de secours. Tout le monde crie. Les oiseaux crient, la nature aussi. On dirait un nouveau Tsunami et tout ça dans un pays de fraternité, d’égalité et de liberté.
Tous les détenus du centre de rétention de Vincennes
LUNDI 3 MARS CRA 2
Il nous raconte qu’il y a déjà quatre personnes du Foyer Terre aux Curés qui ont été expulsées et que onze sont toujours à Vincennes.
« Je suis passé au TGI de Cité le matin. J’ai appelé mon avocat, mais il n’a pas voulu venir. Le juge m’a dit que sans avocat il ne pouvait pas me faire sortir. La plus part entre nous sommes passées par plusieurs tribunaux et nous avons aussi rencontré le Consul. L’atmosphère au centre est plus calme, même si la nuit continuent les bruits. Moi j’ai fait trois jours de grève de la faim, mais si on est que trois, c’est difficile. Les policiers disaient aux personnes que l’on mangeait alors que nous ne mangions pas. Il faut être beaucoup pour que les policiers se rendent compte que nous faisons la grève et qu’ils nous écoutent. Les vols pour demain n’ont pas encore été affichés. »
CRA 2 DE VINCENNES
Lettre des retenus au commandant du centre du 26 février
Monsieur le chef du centre, La France a toujours été un pays d’asile et il le restera pour toujours. Elle a payé trop cher pour défendre les droits de l’homme et la liberté. Voilà le sujet de notre demande Monsieur le chef de centre. Nous sommes tous des travailleurs et nous participons à l’enrichissement de notre deuxième pays qui est la France. Nous avons tous la volonté de s’intégrer dans son système économique et social car nos attaches à la France sont énormes donc nous demandons par le biais de cette lettre notre liberté pour que nous puissions régler nos problèmes extérieurs avec sérieux, pour demander notre régularisation et le traitement attentif et humanitaire de nos dossiers. En conclusion, nous vous informons que les conditions sont pénibles. La nourriture est immangeable et presque périmée. Il y a un seul traitement pour toutes les maladies qui est le diantalvic. On compte beaucoup, Monsieur le chef, sur votre côté humanitaire en attendant une réponse favorable, veuillez agréer Monsieur les salutations les plus distingués.
Merci, les détenus du centre
[Source : fermeturetention@yahoo.fr]



