L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

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Depuis plusieurs semaines maintenant [voir QSP 20 et 21], le groupe
“fermeture des centres de rétention” se consacre à recueuillir des informations sur ce qu’il se passe à l’intérieur du CRA de Vincennes. C’est ainsi qu’on a un “journal de bord” de la vie quotidienne des retenus – et de leurs combats. Ils se présentent :
« Collectif autonome d’individus, nous avons décidé d’appeler quotidiennement les détenus de Vincennes pour rendre compte de la situation à l’intérieur afin que personne n’oublie l’horreur vécue au jour le jour, et ainsi continuer à mobiliser au delà des manifs sporadiques. »

  MERCREDI 27 FÉVRIER, CRA 1

« Aujourd’hui, deux maliens se sont fait
expulser au CRA 1. »

« Ils viennent d’afficher que demain, il y
aura douze expulsions vers le Mali,
l’Algérie et la Turquie. »

« Hier, nous avons été dix-huit personnes
à être convoquées devant le consul.
Ils nous ont emmenés jusqu’au centre de
rétention du Mesnil-Amelot où se trouvait
déjà le consul. Ils nous ont transféré
en car, mais ils ne nous ont pas attaché
pendant le transport. Nous ne sommes
restés que deux à trois minutes chacun
avec le consul. Pour l’instant ils ne nous
ont rien dit. »

« J’attends de voir ce qu’il va se passer
pour moi. J’en suis à mon 15e jour de
rétention. Je passe vendredi ou samedi
devant le juge car le précédent m’avait
maintenu jusqu’à samedi. Le tribunal
administratif a déjà refusé mon
recours. »

Nous lisons l’article de Libération du
25 janvier 2008.

« C’est la deuxième fois que je passe par
ce centre. La première fois j’y suis entré
le 29 novembre et sorti le 31 décembre.
Je confirme les violences qui ont été commises
par les policiers. »

« Hier soir la plupart de ceux qui ont
entamé une grève de la faim, ont mangé.
Il reste une vingtaine de personnes en
grève. »

« Des journalistes sont passés au centre
suite aux manifestations que nous avons
faites jusqu’au 25 février. »

« Je connais un monsieur ici qui est
malade. Il a mal au ventre depuis qu’il
est entré dans le centre. Il a des enfants
nés en France. Il est passé devant le juge
des libertés mais il ne l’a pas libéré. Il est
passé devant le tribunal administratif
mais il est toujours là. De toutes manières
le juge n’écoute même pas les avocats. »

  CRA 2

« Tout le monde ici est déprimé. Cela fait
quatre jours que je suis en grève de la
faim. »

« Hier, on a parlé avec le commandant.
On veut soit être libéré, soit être expulsé,
mais nous ne voulons plus être prisonniers
dans le centre. Il a bien eu notre lettre
de doléances et l’a envoyé au préfet,
mais il nous a dit qu’il ne fallait pas
attendre de réponse favorable. »

« Il y a beaucoup d’expulsion par jour. »

« “Nous n’avons peut être pas de papiers
mais nous avons des droits.” »

« À l’infirmerie, quoi qu’on ait comme
maladie, ils nous donnent toujours le
même médicament : diantalvic. »

« Personne ne nous donne de renseignements. »

« La police est partout. »

« À minuit, ils nous comptent. Ils tapent
dans les portes. Ils entrent. Ils fouillent
les chambres. Ils se foutent de savoir si
les gens dorment. »

« Certains ne savent même pas qu’ils
vont être expulsés. En principe ils doivent
prévenir les gens 72 heures avant.
Mais nous ne sommes prévenus que la
veille. Et il arrive que les policiers viennent
chercher les gens à cinq heures du
matin pour les emmener à l’aéroport et
les expulser sans qu’ils le sachent. »

« 70 % des personnes du centre sont
expulsées. Dans mon bâtiment, ils expulsent
surtout des Magrébins ».

« Au sujet du texte que nous avons
rédigé hier, le commandant nous a
affirmé l’avoir envoyé au préfet. Il nous
a dit qu’il n’y aura pas de réponses favorables.
On a demandé à voir un responsable
mais personne ne répond à notre
demande. »

« On essaye avec des collègues de faire
exister une mobilisation. »

« Une personne fait la grève de la faim
depuis vingt-huit jours. Moi je suis en
grève depuis quatre jours. »

« Certaines personnes sont en danger
dans leur pays. Si elles rentrent, elles risquent
d’aller en prison pour des années,
d’autres peuvent se faire tuer… »

« Les gens ont peur. Ils ne veulent pas se
battre. Ils sont trop déprimés. »

  JEUDI 28 FÉVRIER, CRA 2

« Avant ils nous réveillaient à trois heures
du matin pour le comptage ; maintenant
c’est à dix-huit heures. Certains
continuent la grève de la faim, ils sont
très fatigués ; moi j’ai fait la grève lundi,
mardi, mercredi et j’ai arrêté car il y a eu
des pressions du commandant et ils nous
disent que de toute façon cela ne sert à
rien. »

« Ce matin deux maliens du foyer de terres
au curé ont été expulsés d’Orly ; ils
ont appelé du Sénégal pendant leur transit.
Ceux d’hier sont revenus au centre.
Demain il y aura deux autres expulsions.
Il a été voir le consul mardi et pour l’instant
il n’a pas la réponse ; il sera au TGI
demain ».

  CRA 1

Les détenus parlent d’un climat plutôt
calme à l’intérieur du centre. Les
fouilles ne se passent plus au milieu de
la nuit, mais au guichet où ils donnent
leur carte pour le dîner. Les fouilles se
font donc tous les soirs, avant le dîner,
vers dix-huit heures. Chaque jour il y
a des expulsions, le nom des personnes
ainsi que le numéro de vol et l’horaire
de départ sont affichés dans un
tableau entre vingt heures et vingtdeux
heures. Aujourd’hui neuf marocains
ont été expulsés, demain l’expulsion
de deux maliens avec escale à
Casablanca est prévue. Hier, un jeune
Algérien de 27-28 ans a tenté, pour la
seconde fois, de se suicider. Il s’est
pendu avec les lacets de son blouson.
Il l’a fait dans la nuit, vers deux heures
mais il ne s’est pas rendu compte
qu’il y avait une caméra devant lui et
donc les policiers sont tout suite
intervenus, l’ont gardé pendant la
nuit et puis l’ont laissé retourner dans
sa chambre.

« Il nous a dit qu’il en avait marre de rester
enfermé ; soit ils le relâchent, soit ils
le conduisent au bled, mais c’est ici,
enfermé, qu’il ne veut pas rester. Il est
dans le centre depuis douze jours. C’est
le harcèlement quotidien dans le centre
qui est dur : les personnes qui doivent
aller au TGI à dix heures sont réveillées
à six heures du matin. »

  TEXTE ENVOYÉ PAR LES DÉTENUS DU CRA 2 DE VINCENNES

Objet : Appel d’urgence
“Sauver les principes de la France”

Au secours, au secours, je suis le
droit de l’homme ma vie est en
danger. L’homme est devenu un
chiffre. L’homme est chassé dans
les gares, dans son lieu de travail
et dans les lieux publics.
Arrêtons ! Arrêtons la chasse à
l’homme ! C’est urgent !
Attention ! J’entend un cri ! D’où
vient-il ? Il approche, c’est un
demandeur de secours. Est ce
que j’ai entendu LIBERTÉ ? Je
m’approche de lui, oui c’est la
LIBERTÉ qui est en danger.
Qu’est ce qu’elle dit ? Elle dit :
« C’est fini ! c’est fini ! ma vie est
partie. Je n’ai plus de vie ici avec
un système Sarkozy ». J’ai pris
ma soeur et je suis parti. Mais on
entendait beaucoup de cris de
demandeurs de secours. Tout le
monde crie. Les oiseaux crient, la
nature aussi. On dirait un nouveau
Tsunami et tout ça dans un
pays de fraternité, d’égalité et de
liberté.

Tous les détenus du centre de rétention de Vincennes

  LUNDI 3 MARS CRA 2

Il nous raconte qu’il y a déjà quatre
personnes du Foyer Terre aux Curés
qui ont été expulsées et que onze sont
toujours à Vincennes.

« Je suis passé au TGI de Cité le matin.
J’ai appelé mon avocat, mais il n’a pas
voulu venir. Le juge m’a dit que sans
avocat il ne pouvait pas me faire sortir.
La plus part entre nous sommes passées
par plusieurs tribunaux et nous avons
aussi rencontré le Consul. L’atmosphère
au centre est plus calme, même si la nuit
continuent les bruits. Moi j’ai fait trois
jours de grève de la faim, mais si on est
que trois, c’est difficile. Les policiers
disaient aux personnes que l’on mangeait
alors que nous ne mangions pas. Il faut
être beaucoup pour que les policiers se
rendent compte que nous faisons la grève
et qu’ils nous écoutent. Les vols pour
demain n’ont pas encore été affichés. »

  CRA 2 DE VINCENNES

Lettre des retenus au commandant du centre du 26 février

Monsieur le chef du centre,
La France a toujours été un pays
d’asile et il le restera pour toujours.
Elle a payé trop cher pour défendre
les droits de l’homme et la liberté.
Voilà le sujet de notre demande
Monsieur le chef de centre. Nous
sommes tous des travailleurs et nous
participons à l’enrichissement de
notre deuxième pays qui est la
France. Nous avons tous la volonté
de s’intégrer dans son système économique
et social car nos attaches à
la France sont énormes donc nous
demandons par le biais de cette lettre
notre liberté pour que nous puissions
régler nos problèmes extérieurs
avec sérieux, pour demander notre
régularisation et le traitement attentif
et humanitaire de nos dossiers.
En conclusion, nous vous informons
que les conditions sont pénibles. La
nourriture est immangeable et presque
périmée. Il y a un seul traitement
pour toutes les maladies qui est
le diantalvic.
On compte beaucoup, Monsieur le
chef, sur votre côté humanitaire en
attendant une réponse favorable,
veuillez agréer Monsieur les salutations
les plus distingués.

Merci, les détenus du centre

[Source : fermeturetention@yahoo.fr]