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Benoît, l’homme au mégaphone, passe en procès ce vendredi 19 à la cour d’appel de Paris.

C’était il y a trois ans, après l’occupation de la Préfecture de Bobigny pour exiger la libération d’un camarade sans-papiers.

Relaxé en première instance en avril 2008, le commissaire et le parquet ont fait appel du jugement.

Si vous avez du temps vendredi 19 novembre, c’est Métro cité, Chambre 2 pôle 7 à partir de 13h30 à la cour d’appel de Paris.

Soyons nombreux à le soutenir. Nos solidarités seront indéfectibles.

Voici ce qui était dit alors au mégaphone, il y a trois ans en novembre 2007, sur le parvis de la préfecture de Bobigny :

« Libérez-le !

Il va à la préfecture de Bobigny déposer son dossier. Ce matin, comme des centaines d’autres, il attend depuis des heures l’ouverture du service des étrangers. Carte de séjour ou pas, tous doivent passer par là, subir le même rite d’humiliation, la même violence, le même rappel à sa condition d’étranger. Ensuite, il y a les guichets ou plutôt les guichetiers qui trouvent toujours un prétexte pour faire revenir le lendemain, faire attendre des mois, des années, maintenir dans l’illégalité…

Il est arrêté à la gare de Bordeaux. Contrôle d’identité. Tous les jours, ces contrôles se répètent dans la rue, dans les gares, dans les foyers. Souvent discrets, deux trois policiers postés ici ou là. Un harcèlement qui ne veut pas dire son nom, qui cherche à paraître autre que ce qu’il est vraiment. Personne n’est dupe. Une opération organisée à grande échelle par l’État contre une certaine catégorie de la population, cela s’appelle une rafle : ici permanente et diffuse.

Il passe devant le JLD (Juge des libertés et de la détention). Cette impression si banale que le juge n’est là que pour valider une décision de police. La loi, disent-ils. Ces lois réécrites tous les deux ans qui fragilisent toujours plus les populations étrangères, fabriquent des sans-papiers, précarisent le statut des étrangers en France (remise en cause de la carte de dix ans, du regroupement familial, du droit d’asile) – un apartheid inscrit dans la loi. La loi, disent-ils.

Il est mis en rétention. Des milliers de personnes sont enfermées dans les centres de rétention. Ces lieux qui là encore ne veulent pas dire leur nom, qui se cachent dans les sous-sols des commissariats, dans les zones industrielles, aux abords des aéroports, au milieu des bois… On nous parle de l’amélioration des conditions de détention, d’espace pour enfants… Mais il s’agit bien de camps dans lesquels on est enfermé et aucun aménagement d’aucun type n’enlèvera à ces lieux leur violence. Violence de lieux que les pays européens n’ont jamais cessé de construire pour gérer les populations étrangères.

25 000 expulsions cette année – on le répète tous les jours à la télé, il faut remplir le quota. Les préfets doivent exécuter leur basse besogne sans mot dire, comme ils l’ont toujours fait. On ne compte plus les rendez-vous pièges à la préfecture, les flics qui se font passer pour le conseiller d’orientation pour donner un faux RDV aux parents, les ANPE à qui on demande de fournir les cartes de résidence aux préfectures, les banques et les postes qui balancent. La traque aux sans-papiers est permanente, la peur aussi… La peur c’est un mode de gouvernement par lequel on oblige des milliers de gens à bosser, à accepter n’importe quel travail, pour n’importe quel salaire, dans n’importe quelle condition.

N’oublions pas que la fragilisation de nos existences, la justice et la police qui se resserrent chaque jour un peu plus autour de nos vies est notre lot à tous. Résistons, donnons corps et consistance au mouvement qui se profile… Occupons bloquons tout ce que nous pouvons.

Kébé, c’est un ami, un camarade, un voisin. Nous vivons, nous luttons ensemble. Nous serons partout où nous pourrons arracher sa libération. »


[Source : lieucommun]