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Cadeau de fin d’année : le Conseil d’État aura osé valider les décrets d’extraditions de Sonja Suder, 77 ans, et Christian Gauger, 69 ans. Faut-il en rire ou en pleurer ?

C’était il y a 35 ans... à l’origine du « terrorisme planétaire », des militants pro-palestiniens, dirigés par le fameux Carlos, prenaient en otage des ministres de l’OPEP, à Vienne. On lit dans l’article ci-dessous, qui rend compte des faits 35 ans plus tard, que Sonja aurait « recruté » les membres du commando ! Première nouvelle... On croyait savoir que ce groupe était piloté par le dénommé Carlos... Sonja aurait été son « assistante » ? Bigre... C’est malheureusement tout sauf crédible – et certainement impossible à établir si longtemps après. Ce qui est sûr, c’est qu’on ne lui reproche aucune participation directe aux faits.

En tout cas, voilà un tiers de siècle qu’elle est brocanteuse dans la banlieue de Lille, et certainement pas à la tête du terrorisme international, où officie un certain Ousama Ben Laden... Le niveau de diffamation dont elle est l’objet là, aussi ridicule soit-il, tend simplement à essayer de justifier de sa scandaleuse persécution en violation flagrante de l’idée même de prescription. Aurait-elle tué quelqu’un que, vingt ans après, dans tout État de droit, la prescription, c’est-à-dire l’oubli, lui serait acquis.

Mais non, ni Sonja, ni Christian ne sont accusés d’avoir tué personne. La seule chose qui soit sûre, c’est que les faits qui leurs sont reprochés, en plus d’être incroyablement anciens, sont relativement bénins – et loin d’être établis !

Alors quoi ? Il n’y aurait là qu’un jeu entre polices qui s’amusent à mettre en scène la persécution du terrorisme ? On peut légitimement s’interroger sur la signification d’une telle mise en scène, qui atteint le grotesque dans le cas de Sonja Suder et Christian Gauger. On a vu, et on voit encore, pour Cesare Battisti, comment on aura entretenu la passion autour de son affaire, parvenant même à la réveiller bien des années plus tard, alors que l’oubli, là aussi, devrait être acquis.

Mais pour Sonja et Christian, ce ressort « spectaculaire » qui passe par l’entretien de la haine dans l’opinion publique – un peu comme, mutatis mutandis, dans le cas de Bernard Rappaz en Suisse –, est absent. Il s’agit d’une pure mise en scène des États policiers qui serait là comme à usage interne.

Trente-cinq plus tard, la prise d’otages des ministres de l’OPEP est simplement une page d’histoire. Il serait plus que temps de la tourner plutôt que pratiquer la persécution de deux personnes âgées qui ont, elles, tourné la page depuis tout ce temps – et ne sont éventuellement « coupables » que d’un égarement fort ancien.

La base « juridique » d’une telle anomalie reposerait sur le fait que les crimes terroristes auraient été qualifiés d’« imprescriptibles » dans le droit allemand ! Il semble que la plume du journaliste de la Voix du Nord ait fourché, celle de Nord-éclair précisant que ce serait « jusqu’à 40 ans ». Mais le lapsus de la Voix du Nord n’en est pas moins signifiant : c’est bien là ce que cet allongement invraisemblable de la prescription laisse entendre – tendant à ce que la peine soit quasiment imprescriptible de fait.

Faut-il rappeler ici que la notion d’imprescriptibilité de crimes a été inventée pour les crimes contre l’humanité commis par… l’Allemagne nazie ? Et faut-il comprendre là que le législateur allemand aurait sauté sur l’occasion pour relativiser cette notion au point où elle puisse être invoquée aujourd’hui pour deux personnes coupables jadis de connivence avec une entreprise politique d’une toute autre nature ?

C’est en fait après un autre crime d’une certaine ampleur, l’attentat contre les tours jumelles de Manhattan en 2001, que le droit international a prétendu se refonder autour de la mystification absolue du terrorisme, et que les procédures contre Sonja et Christian – tout comme contre Cesare Batisti – ont été artificiellement ressuscitées, puisqu’ils leurs actes relevaient bien de la même appellation, n’est-ce-pas ?

On voudrait ainsi faire oublier ce que sont les crimes politiques les plus graves – comme ceux commis par le nazisme allemand jadis, ou ceux commis par l’Europe raciste aujourd’hui, par exemple lorsqu’elle organise la chasse aux roms –, en se déchaînant hystériquement y compris contre des figures aussi paisibles que Sonja et Christian.

À l’heure où l’on tente d’instaurer en France l’État policier total, avec la Loppsi, le sens de cette mystification apparait pleinement : ce sont les héritiers directs de la philosophie politique condamnée à Nuremberg, ceux-là même qui sont en train de réinstaurer toutes les catégories d’un État semblablement policier et raciste, qui aujourd’hui savourent leur basse vengeance contre des individus qui auront surtout eu le tort d’entrevoir, déjà il y a longtemps, les multiples survivances du nazisme...

Car, s’il fallait faire une critique du terrorisme allemand de l’époque – dont il semble bien que Sonja et Christian aient été proches –, c’est qu’il procédait d’une terrible hallucination : ces gens-là voyait le nazisme partout. Dans l’appareil industriel et étatique allemand, comme dans la politique américaine au Vietnam...

Ce qui pouvait sembler excessivement idéologique, il y a trente-cinq ans, s’est malheureusement dramatiquement vérifié entretemps. Les dictatures militaires d’Amérique latine – dont les plus grands crimes étaient alors à venir – étaient bien soutenues, non seulement par la CIA, mais y compris par l’armée française.

Sonja et Christian ne pouvaient pas savoir ce qu’on sait aujourd’hui, depuis l’enquête sur le génocide des Tutsi du Rwanda, que la pensée militaro-politique du nazisme avait mieux que survécu dans la doctrine de la guerre révolutionnaire confectionnée à travers les guerres d’Indochine et d’Algérie. (Peut-être se seraient-ils plus méfiés de l’égarement terroriste s’ils avaient su combien celui-ci est un élément essentiel de la reconstitution de l’État militaro-policier total théorisée alors.)

Le néo-fascisme caracolant en Europe aujourd’hui croit pouvoir se payer deux victimes de plus – et cette fois les plus innocentes possible – qu’il voudrait sacrifier sur l’autel de son triomphe. Il n’est même pas sûr qu’on se rende compte que l’on renoue ainsi symboliquement avec l’entente franco-allemande à la base de l’Europe brune d’antan…

LILLE
Leur passé de présumés terroristes les rattrape

Publié le mardi 28 décembre 2010 à 6h.

Trente ans après des faits toujours niés, Sonja Suder et Christian Gauger, ex-militants supposés des Cellules révolutionnaires, risquent l’extradition vers l’Allemagne. Installés près de Paris, ils ont longtemps vécu à Lille.

CHRISTELLE JEUDY > christelle.jeudy@nordeclair.fr

Qui se souvient de Sonja Suder et Christian Gauger à Lille ? Il faut dire que rue de l’Hôpital Saint-Roch, leur dernière adresse connue dans le quartier de Wazemmes, ces deux ex-militants présumés des Cellules révolutionnaires n’ont jamais fait parler d’eux. Et pour cause...

Ceux qui s’y faisaient appeler Werner Rappaport et Lina Lange y vivaient dans la plus grande discrétion après avoir quitté l’Allemagne il y a 32 ans. Leur passé les rattrape aujourd’hui : le 3 décembre dernier, le Conseil d’État a en effet validé le décret d’extradition vers l’Allemagne signé par le Premier ministre, François Fillon.

De quoi sont donc soupçonnés ces ressortissants allemands maintenant âgés de 69 et 77 ans ? D’avoir commis des attentats en 1977 et 1978 en Allemagne. La femme, Sonja Suder, est accusée d’avoir pris part à la prise d’otages sanglante de membres de l’OPEP en 1975 à Vienne. « Des faits qu’ils ont toujours contestés », note Me Irène Terrel, l’avocate qui les défend depuis le début et supporte mal qu’on parle de ses clients comme « d’ex-terroristes. D’ailleurs, il n’y a pas le moindre élément contre eux et ils n’ont même jamais eu de procès. »

Des gens « très paisibles »

Rue de l’Hôpital Saint-Roch, à deux pas de la maison du quartier de Wazemmes, la plus proche voisine d’un couple « très discret » se souvient. « Surtout de la dame, toute petite. Lui, on ne le voyait jamais beaucoup. C’était bonjour bonsoir. Ils étaient très sympas », assure Jeanine, 76 ans.

Gérard Buisine, le chanteur de « La Bande à Paulo », a longtemps vécu à Wazemmes. Et garde le souvenir de « gens très paisibles. Ils étaient clients du bar où on jouait. Ils ne se liaient pas trop mais j’ai une fois parlé musique avec eux. Jamais de politique. Ils ne s’attardaient pas, ne restaient souvent qu’une petite heure au concert. » Lui travaillait dans la brocante, elle fabriquait des bijoux. Forcément, quand le couple est arrêté en 2000 à Paris alors que Sonja Suder part y chercher sa soeur à la gare, et qu’on les présente comme d’ex-terroristes dont l’Allemagne réclame l’extradition, du côté de Wazemmes, on a du mal à y croire. « On a tous été très étonnés », assure une quadragénaire qui a toujours vécu dans le quartier.

Deux poids deux mesures ?

Une première fois, l’avocate de Sonja Suder et Christian Gauger parvient à faire annuler l’extradition, les faits reprochés à ses clients étant prescrits selon le droit français. Le couple s’installe alors en région parisienne, où il vit encore aujourd’hui, « au grand jour, pas du tout dans la clandestinité », témoigne leur avocate. Mais l’affaire rebondit en 2005, quand l’Allemagne se base sur une convention européenne stipulant qu’en cas d’extradition, le délai de prescription retenu soit celui du pays requérant. En l’occurrence ici celui de l’Allemagne, où il peut atteindre 40 ans.

C’est en vertu de cette convention que l’extradition des clients de Me Terrel, aujourd’hui âgés et, surtout, très malade pour Christian Gauger, a été validée début décembre. L’avocate a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme pour une « série » de violation des « règles minimales » dues à ses clients. « Un procès équitable ne peut plus se tenir en raison du délai irraisonnable qui s’est écoulé depuis les faits », argue Me Terrel en rappelant que la France a aussi ratifié une convention lui permettant de ne pas extrader « en raison de l’état de santé et/ou de l’âge » des personnes concernées.

L’avocate réclame aussi à Matignon, au ministère de la Justice et à l’Élysée de suspendre la mesure d’extradition le temps que la Cour européenne rende sa décision. « Au moment de l’affaire Polanski, le président Sarkozy avait dit que pourchasser quelqu’un 30 ans après les faits n’était pas une bonne administration de la justice. J’ose espérer que c’est une position de principe et qu’il n’y a pas deux poids deux mesures ».

[Source : Nord-Éclair]

La France valide l’extradition de Christian et Sonja, deux ex- des RZ

Menacés d’extradition, les deux ex-terroristes s’étaient fait oublier à Lille

Le décret signé par François Fillon vient d’être validé par le Conseil d’État. À 77 et 69 ans, Sonja Suder et Christian Gauger sont menacés d’être extradés vers l’Allemagne. Ils y sont suspectés d’actes terroristes commis il y a … trente-cinq ans avec les Cellules révolutionnaires et le célèbre Carlos. Commencée en 1978, la cavale du couple s’est arrêtée à Lille durant vingt-deux ans. À Wazemmes,à deux pas du marché, il était connu pour y faire des brocantes. Enquête.

C’est une petite rue du populaire quartier de Wazemmes. Rue de l’Hôpital-Saint-Roch. C’est ici que les deux anciens membres des RZ, les redoutables Cellules révolutionnaires, responsables de plusieurs attentats sanglants commis au milieu des années 70 dans l’ex-RFA, ont vécu paisiblement dans la clandestinité jusqu’en janvier 2000. « C’est là », montre Jeanine Tison, 76 ans, en désignant l’étroit immeuble de briques qui jouxte sa maison.

Discrète Lina

Dans le quartier, alors, on croise souvent la haute silhouette d’un certain Werner on ne manque pas de remarquer ses cheveux retenus par un catogan. Son épouse, Lina, est plus discrète, moins bavarde. Un couple sans histoires. Enfin presque.

Tout le monde tombe des nues quand la nouvelle tombe. La planète vient de basculer dans le IIIe millénaire quand Sonja Suder et Christian Gauger sont, en effet, arrêtés par les policiers de la direction centrale des renseignements généraux et leurs collègues du Bundes Kriminal Amt (BKA), le FBI allemand. Des terroristes allemands ! Impossible. À Lille, on les croit suisses. C’est du moins ce qu’ont toujours affirmé ceux qui disaient alors s’appeler Werner Rapaport et Lina Lange.

Le couple, qui disposait de faux passeports helvétiques, vivait modestement de petites brocantes et de la vente de bijoux artisanaux que fabriquait la discrète Lina. Sonja Suder, dans la réalité, est soupçonnée — ce qu’elle nie — d’avoir participé à la préparation de la sanglante prise d’otages des ministres de l’OPEP à Vienne, en décembre 1975 avec Carlos. Elle aurait recruté le commando qui fit quatre morts. Lors de leur arrestation, dans un hôtel du XIe arrondissement de Paris, Suder et Gauger sont trouvés en possession de 40 000 euros en liquide. Étrange. Très étrange… En Allemagne, le parquet de Francfort les accuse de trois attentats à l’explosif et incendies criminels, en 1977 et 1978. L’un d’eux a ravagé le château de Heildelberg, les deux autres des sièges d’entreprises. La justice allemande a déclaré ces crimes imprescriptibles. Voilà pourquoi Sonja Suder et Christian Gauger sont en passe d’être remis à tout moment aux autorités allemandes. La conclusion d’une procédure à rebondissements.

En mars 2001, la cour d’appel de Paris avait rejeté l’extradition, jugeant l’action publique prescrite en droit français. Saisie à nouveau en 2009, elle a cette fois donné un avis favorable. Selon le Conseil d’État, les règles allemandes s’appliquent. Pendant ce temps, la polémique enfle. Beaucoup dénoncent un acharnement contre des personnes âgées. Victime de séquelles provoquées par plusieurs accidents cérébraux, Christian Gauger est aujourd’hui sévèrement handicapé. « C’est une machine judiciaire qui n’arrive pas à s’arrêter, cet acharnement n’a ni queue ni tête », a ainsi dénoncé Daniel Cohn-Bendit en apprenant la validation des deux décrets d’extradition.

Me Irène Terrel, l’avocate des deux anciens militants des Cellules révolutionnaires, indignée par ces mesures « incompréhensibles », a demandé au Premier ministre la suspension de leur exécution. À Wazemmes, le souvenir de Werner et Lina a pris du plomb dans l’aile. Rue de l’Hôpital-Saint-Roch, la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.

[Source : La Voix du Nord]

Après trente-deux ans en France, ils risquent l’extradition

Jérôme Sage et Kael Serreri 29/12/10 à 07h20

Accusés d’actes de terrorisme dans l’Allemagne des années 1970, deux Allemands âgés et malades sont aujourd’hui menacés d’extradition. Une décision « inacceptable » pour leur avocate.

Entre 1978 et 2000, dans le quartier lillois de Wazemmes, ils s’appelaient Werner Rapaport et Lina Lange, se déclaraient citoyens suisses. Depuis 2000, ils ont repris leur véritable identité : lui s’appelle Christian Gauger, elle Sonja Suder. Agés respectivement de 69 et 77 ans, ils risquent aujourd’hui l’extradition, pour leur participation supposée à différentes actions terroristes, en Allemagne, entre 1975 et 1978.

Au vieil homme, frappé en 1997 par un accident vasculaire cérébral et aujourd’hui souffrant de troubles de la mémoire et de l’orientation, il est reproché d’avoir aidé à l’organisation d’attentats à l’explosif en août 1977, contre deux sites industriels. Dans une « planque » des Cellules révolutionnaires à la frontière entre l’Allemagne et l’Italie, les enquêteurs retrouvent ses empreintes digitales, ainsi que celles de sa compagne. Sonja, elle, a été accusée par un repenti – qui par la suite s’est rétracté – d’avoir pris part, en recrutant le commando et en fournissant les armes utilisées, à la célèbre prise d’otages de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) à Vienne (Autriche) le 21 décembre 1975. Trois personnes étaient mortes durant cette action. Au total, pour ces actes qu’ils nient, lui risque vingt à trente ans de prison, elle la perpétuité.

Une décision « dérisoire et malhonnête »

C’est en août 1978 que le couple, se sentant suivi sur un marché aux puces de Francfort où il tenait un stand, a décidé de prendre la fuite. Direction la France pour le psychologue et l’étudiante en médecine. À Lille, dans le quartier populaire de Wazemmes, ils passent inaperçus, vivent chichement de brocante et de vide-greniers… jusqu’à ce que, de séjour à Paris, ils soient interpellés par les policiers français, à la demande de la justice allemande, près d’un hôtel du XIe arrondissement. En mars 2001, la justice française rend un avis défavorable à leur extradition.

Libérés, ils s’installent en Seine-Saint-Denis, vivant d’une petite retraite et de l’aide d’amis et de proches, soutenus par la communauté des exilés italiens. En octobre 2007, nouvelle arrestation pour la même demande d’extradition. Trente-deux ans après son départ d’Allemagne, le couple a vu le 3 décembre dernier s’effondrer la dernière barrière avant son extradition.

Mais Me Irène Terrel, leur avocate, a saisi la Cour européenne des droits de l’homme, jugeant cette extradition contraire aux principes du droit et pouvant constituer « un traitement inhumain et dégradant », vu la santé déclinante de Christian, et sa dépendance de Sonja : « On prétend lutter contre le terrorisme en arrêtant des gens plus de trente ans après. C’est dérisoire et malhonnête. Les propos de Nicolas Sarkozy [jugeant que les poursuites contre Roman Polanski si longtemps après n’étaient « pas une bonne administration de la justice », NDLR] sont justes. S’adressent-ils aussi à mes clients, ou bien à la seule cour des rois ? »

[Source : France-Soir]

Deux retraités allemands menacés d’extradition pour des faits vieux de trente ans

22/12/2010 | 10H09

Le Conseil d’État vient de rendre extradables deux Allemands pour des faits de terrorisme remontant à plus de trente ans. Pourtant en 2001, la France avait refusé leur extradition.

Christian Gauger et Sonja Suder ont 69 et 78 ans, et vivent en France depuis trente-deux ans. Elle, plus âgée mais plus en forme, est devenue l’infirmière de son compagnon, terrassé en 1997 par un accident cardiaque aux lourdes séquelles neuropsychiatriques. En 1978, le couple avait fui Francfort en catastrophe pour entamer une vie clandestine à Lille. On était au beau milieu des années de plomb.

Ce qu’on leur reproche ? D’avoir été membres des Cellules révolutionnaires, organisation proche de la Bande à Baader. Et d’avoir, à ce titre, commis deux attentats en 1977 contre des firmes allemandes, ainsi qu’un incendie à Heidelberg en 1978. Les faits n’ont causé que des dégâts matériels.

Une accusation qui repose sur un unique témoignage

Mais, plus grave, Sonja Suder est aussi suspectée d’avoir pris part à l’organisation logistique de la prise d’otage des membres de l’Opep à Vienne, en 1975. Cette accusation repose sur le seul témoignage de Hans-Joachim Klein, tireur de ce même commando, gracié en 2003 après cinq ans derrière les barreaux. Au total, même s’ils nient les faits, Christian Gauger risque entre vingt et trente ans de prison et Sonja Suder, la perpétuité.

Plus de trente ans après les faits, comment est-ce possible ? Pour comprendre, il faut revenir dix ans en arrière. En 2000, à la suite du témoignage de Klein, l’Allemagne fait arrêter le couple Gauger-Suder, qui fait son premier séjour en prison. Mais selon le droit français, il y a prescription, et leur avocate Irène Terrel empêche leur extradition. À leur sortie, ils sont aidés par un réseau d’anciens activistes italiens. Ils emménagent dans un deux pièces à Saint-Denis.

En 2005, l’affaire connaît un rebondissement : ignorée depuis sa signature en 1996, une convention définissant les critères européens en matière d’asile est réactivée. Au sein de cette convention, un accord bilatéral entre la France et l’Allemagne stipule qu’en cas d’extradition, la prescription s’applique non pas dans l’État requis (ici, la France), mais dans l’État requérant (ici, l’Allemagne, où le délai de prescription peut atteindre quarante ans).

Un détail qui change tout, et une aubaine pour le parquet de Francfort, qui s’empresse de faire valoir cette nouveauté. En 2007, le couple est à nouveau arrêté à son domicile parisien.

Le couple est jugé extradable en dépit du danger de mort encouru par Christian Gauger

« J’étais tellement effarée que j’ai d’abord cru à une erreur », confie leur avocate Me Irène Terrel. Sonja et Christian retournent en prison quelques semaines. En vertu de l’accord bilatéral de 2005, l’Allemagne fait, en 2009, une nouvelle demande d’extradition. Et pour les mêmes faits, la cour d’appel juge cette fois-ci le couple extradable.

Suder et Gauger font alors une requête auprès du Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative française. Mais en dépit du danger de mort encouru par Christian Gauger dans le cas d’une séparation d’avec Sonja Suder, le Conseil d’État vient d’écarter la requête, avançant entre autres « l’intérêt de l’ordre public » !

« C’est se moquer du sens même des mots », lâche Me Irène Terrel, qui a déjà saisi la Cour européenne des droits de l’homme.

Car dans cette affaire, « de nombreux fondamentaux sont bafoués », poursuit l’avocate. D’abord, « on ne juge pas deux fois un même fait » ; deuxièmement, « on ne s’appuie sur la rétroactivité d’une loi que si elle est favorable à l’accusé, et c’est le contraire qui se passe » ; troisièmement, « c’est la France elle-même qui a émis comme première réserve dans les nouvelles procédures d’extradition celle de l’âge ou de l’état de santé ».

Enfin, Irène Terrel se souvient très bien des mots de Nicolas Sarkozy face à l’interminable traque de Roman Polanski : « Ce n’est pas une bonne administration de la justice que de se prononcer trente-deux ans après les faits, alors que l’intéressé est un homme de 76 ans. » Ah bon ?

Isabelle Foucrier

[Source : les inrocks]