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Marina Petrella, du fond de sa prison
de Fresnes, et Hamed son compagnon
ont entrepris depuis 15 jours une
grève de la faim. Par ce geste, ils ont
lancé un cri adressé aux autorités françaises
contre l’injustice qui leur est
faite par la brutale remise en cause de
l’asile dont Marina a bénéficié pendant
15 ans en France.

Ce cri n’a pas
été entendu par la Chambre d’instruction
de la Cour d’Appel de Versailles
qui, le 14 décembre dernier, a pris la
décision de valider cette extradition.
Un pourvoi en cassation a été introduit.

Les collectifs de solidarité avec
Marina Petrella ont décidé d’un jeûne
par roulement (une journée ou une
demi-journée). Cette initiative a
débuté le jeudi 20 décembre 2007 et se
poursuivra pendant les Fêtes dans les
locaux de la FASTI, 58 rue des
Amandiers 75020 Paris (métro Père-
Lachaise).

Les Collectifs de solidarité
avec Marina Petrella


UNE LETTRE DE MARINA

Chers amis et camarades,
Je vous transmets un grand merci pour
votre soutien et votre solidarité dans
cette épreuve bien plus pénible que
ne furent les huit ans d’incarcération
plus les cinq ans de contrôle judiciaire,
entre 1979 et 1993 en Italie.
Pourquoi mon incarcération est-elle
pénible, inéquitable et arbitraire ?

Elle est telle car ne répond pas à un
souci de justice.
La demande d’extradition a été transmise
à la France, une première fois en
1994… et une deuxième en 2002...

D’autres demandes ont été transmises
dans les mêmes années concernant quelques
dizaines d’autres réfugiés italiens.
Ces demandes n’ont pas été exécutées
car la France a accordé la protection
aux réfugiés italiens, depuis 1985.
Cette protection, au fil du temps, a
été consolidée juridiquement par l’octroi
de cartes de séjour et par le
retrait, en 1998, des réfugiés italiens
du fichier européen des personnes
recherchées (Schengen).

Ce processus s’appelle asile.
Mettre en exécution une extradition
après l’avoir bloquée consciemment
pendant environ quinze ans, retirer la
protection aux personnes, sans qu’aucun
élément nouveau ne soit intervenu,
constitue une violation des
garanties assurées par la convention
internationale des droits de l’homme.

Cette simple chronique révèle la
nature de cette opération : rien à
voir avec la justice. Mais tout à voir
avec une sournoise transformation de
la politique de l’État français en
matière de droits individuels et collectifs.
Cette transformation nous
concerne tous.

Une injustice commise envers
quelqu’un est une menace pour tous.

Ainsi prêchait Martin Luther King.

Aujourd’hui, sous vos yeux, dans la
France du XXIe siècle, nous sommes
tous concernés, car la menace
n’est pas seulement menace. Elle est
déjà une manière opérative de l’État
qui porte atteinte aux Droits de
l’Homme.

Les services publics sont sollicités à
franchir le secret professionnel et à
devenir délateurs ; les enquêtes de
police sollicitent la délation rémunérée
et « sous x » ; le droit de famille
des immigrés est traité à coup d’analyses
génétiques. La même nature de
limitation de liberté, des droits et de
laa dignité, nous la retrouvons dans
les politiques sociales, dans l’attaque
au droit de grève et d’assemblée, dans
la politique internationale avec bruit
de guerre en sous-fonds.

Leçon de morale et pratique de l’arbitraire
« Il vaut mieux un excès de liberté
qu’un manque de liberté »… Sarkozy
dixit le 10 octobre 2007 à l’université
de Baume à Moscou.

En France, c’est l’inverse. Des personnes,
des familles, enfants compris,
voient leurs vies familiales et sociales
suspendues aux aléas des orientations
politiques.

Quelques dizaines de réfugiés italiens,
tous à disposition des autorités, font
l’objet de demandes d’extradition.

En 2002, le premier, Paolo Persichetti
a été extradé. Deux ans après, en
2004, Cesare Battisti a été arrêté.

Trois ans plus tard, en 2007, ça été
mon tour.

Ce sera qui et quand le prochain ?
Pourquoi l’un plutôt que l’autre ?
Voilà que l’absence de quelconque
principes de justice et d’équité se
révèle et la logique arbitraire du
hasard s’affirme : quelqu’un est
arrêté et toutes les autres personnes,
familles et enfants sont torturés en
attente du prochain coup.

C’est encore l’arbitraire du hasard
qui décide, chez les immigrés, qui
passera chaque jour à travers le filet
des rafles et des contrôles au faciès ;
qui rentrera à la maison et continuera
sa vie… jusqu’à la prochaine
rafle et qui – manque de chance –
sera interné dans un centre de
rétention.

Oui, sous nos yeux, dans la France
du XXIe siècle, les centres de
rétention se transforment progressivement
en camps de triste
mémoire, comme la Cimade le
dénomme.

S’allongera-t-il le chapelet des
« catégories à risque d’internement » ?
Ce sera quand le tour des… objecteurs
de conscience ou des… syndicalistes,
ou des… populations de
banlieue… ou toute autre personne
qui désolidarisera de la politique de
l’État ?

Il était une fois la parole donnée...

Marina Petrella


Par coïncidence, on peut relever dans
l’actualité de ces derniers jours que le
gouvernement français s’est engagé,
par la voix du Premier ministre, à
accorder l’asile en France aux responsables
des FARC colombiennes qui le
souhaiteraient. Ceci en échange de
l’éventuelle libération d’Ingrid
Bétencourt ou d’autres personnes prises
en otages avec elle – et, bien sûr, à
condition qu’ils renoncent à la lutte
armée. Soit les conditions même de
l’asile que Mitterrand proposait aux
italiens il y a un quart de siècle...
François Fillon, à la tête d’un État
sans mémoire, pourra mesurer à l’occasion
ce que signifie donner sa
parole... Il n’est pas exclu d’ailleurs
que les laborieuses négociations en
cours en Colombie pâtissent du fait
que l’État qui prétend ainsi s’engager
n’a simplement aucune crédibilité à
l’heure où Marina Petrella est toujours
sous écrou extraditionnel.

QSP