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À l’heure où le roi est nu, tous ses subterfuges s’évaporent. Le secret de polichinelle de la vie politique algérienne, les pleins pouvoirs de la police secrète, est ici dénoncé dans une clarté totale. L’existence même d’une police politique comme la DRS est anticonstitutionnelle, démontre notre auteur. Est-il besoin d’ajouter : en Algérie comme en Tunisie ou en Egypte – et comme en France, où la DCRI, définie également comme une véritable police politique, a été instituée, parmi les premières réformes du régime antidémocratique sarkozyste.

Ne nous cachons pas néanmoins qu’au-delà, c’est l’existence de services politiques secrets, quels qu’ils soient, qui pose fondamentalement problème pour la vie démocratique. Et on se souvient d’un temps, pas si lointain, où on pouvait légitimement de se scandaliser du rôle de la sécurité militaire algérienne dans la drôle de guerre contre la baudruche islamiste qu’on voit se dégonfler avec plaisir ces jours-ci.

Plus largement, il est à craindre qu’en Algérie comme ailleurs ce soit l’armée dans son ensemble qui incarne le « système » qu’il est urgent de dégager. Si, dans leur parcours révolutionnaire, les peuples voulaient changer d’un seul coup quelque chose d’essentiel au pouvoir qui les opprime et les ruine, il leur suffit de supprimer les armées. On économise ainsi à la fois la plus belle part du budget de l’État, et le plus gros danger pour une vie politique libre. La leçon vaut pour la France autant que pour la Grèce ou les États-Unis. Et s’il faut commencer par la police politique, commençons par la police politique. L’Afrique du Nord montre la voie.

Samedi 29 janvier 2011

Alors qu’une coordination nationale s’est mise en place, pour appeler à une marche nationale le 12 février avec comme principale revendication la levée de l’état d’urgence, de légitimes interrogations sur l’efficacité d’une telle démarche se font jour. Non pas qu’il faille s’en désolidariser mais ils estiment que la seule levée de l’état d’urgence ne règlera pas grand chose tant que le système n’est pas changé en profondeur. S’il faut soutenir cette initiative, même limitée, (obtenir la levée de l’état d’urgence pourrait, peut-être, servir à redynamiser la vie politique), il faudrait cependant rester lucide. Cette mesure, illégale et inconstitutionnelle, ne remet pas en cause le système, ni la mainmise tout aussi inconstitutionnelle, de la police politique (DRS) sur la vie publique.

Contrairement à la Tunisie ou le Pouvoir était détenu en totalité par Ben Ali, en Algérie, le Pouvoir est partagé (cogéré) par la vitrine politique civile, le chef de l’État et son clan, et par l’armée représentée par le DRS.

Le DRS est chargé de quadriller et de museler la société, afin d’assurer la stabilité et la tranquillité du régime. Pour mener à bien cette « mission » de surveillance de la société, « mission » par définition anticonstitutionnelle, puisqu’elle viole les droits des citoyens en les empêchant d’exercer leurs droit constitutionnel de participer à la vie politique, médiatique et associative de leur pays. Le DRS est au dessus des lois.

Il faut le dire clairement : Chaque nation, chaque État se doit d’avoir des services de renseignements en charge de missions précises (espionnage, contre -espionnage, sécurité militaire, etc..), là n’est pas la question, mais ces institutions n’ont aucun droit de regard sur la vie politique du pays. De quel droit, un agent ou un officier de cette police politique déciderait de la participation ou de l’exclusion de tel ou tel autre individu ? Cette institution, militaire et non civile de surcroît, n’a été élue par personne et ne rend de comptes à personne ni aucune entité. Elle se comporte comme si le pays lui appartenait et qu’elle seule détenait la vérité ! Comme si le patriotisme pour ce pays lui revenait en exclusivité et qu’il devait en déterminer les intérêts. Avec le temps et l’impunité, cette institution tentaculaire, infiltrée dans tous les rouages de la vie politique, médiatique, syndicale et même associative a exproprié le peuple de son pouvoir souverain, à savoir le choix de ses dirigeants. Il n’est un secret pour personne, que l’actuel chef de l’État, a été choisi et imposé par l’armée et son bras politique le DRS, tout comme ses prédécesseurs, du reste.

Certains « observateurs et propagandistes », qui veulent vendre l’image d’un DRS propre, nous serinent les oreilles à intervalle régulier, sur la « guerre des clans » entre Bouteflika et le DRS. Dans ce cas, pourquoi donc le DRS, continue t-il à intervenir dans la vie politique, pour empêcher la société de se structurer et de s’opposer à Bouteflika ? Les récentes pressions exercées par la police politique sur le SNAPAP, mais pas seulement – elle exerce un contrôle quasi-total sur la majorité des médias et des organisations satellites du pouvoir et de l’opposition légale – en sont un récent exemple.

le parfum du jasmin tunisien revivifie l’espoir

Dans cette Algérie de 2011, écrasée par un président “à vie” et étouffée par la police politique, il est encore possible de se réapproprier sa citoyenneté et le parfum du jasmin tunisien revivifie l’espoir.

Pour que le changement de régime soit réel et efficace, sans possibilité de déviation ou de retour en arrière, nous ne devrons pas nous suffire à changer la façade politique civile, nous devrons surtout changer de système. Il nous faudra déraciner la police politique de manière à ce qu’elle ne s’ingère plus jamais dans la vie politique du pays. La dissolution du DRS, en tant que police politique, doit faire impérativement partie du changement qui se pointe à l’horizon et sa transformation en services de renseignements “classique” placée sous le contrôle direct de l’exécutif et le contrôle à posteriori du parlement, issu du suffrages universel.

C’est à ce prix, que les citoyens recouvreront l’intégralité des pouvoirs que leur confère la constitution et c’est à ce prix qu’une démocratisation réelle des institutions et surtout de la société prendra corps.

Yahia Bounouar

[Source : Radio Kalima]