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On lit enfin, aujourd’hui dans Métro [ voir sur ce blog ], un article sur la situation des roms à la rue depuis huit jours sur un trottoir de Montreuil. Le journaliste, faisant bien son métier, aura interrogé un représentant de la Mairie sur l’intervention policière, intervenue avec l’accord de la Mairie, empêchant l’occupation d’un bâtiment à l’abandon depuis plus de huit ans pour abriter ces roms à la rue :

« Une évacuation “par sécurité”, assure la Ville, car ce bâtiment était « insalubre ». Le conseiller municipal écologiste délégué aux populations migrantes, Claude Reznik, ne cache pas sa colère. “Ces militants instrumentalisent la situation et veulent nous faire passer pour les ennemis des Roms. Mais ces derniers se déplacent au rythme des expulsions par la préfecture. Nous en prenons déjà en charge 350 depuis 1 an et demi. Montreuil ne peut plus assumer seule cette situation”. »

Claude Reznik serait « en colère » ?

Mais peut-il expliquer pourquoi il a porté plainte, au nom de la Mairie, au commissariat de Montreuil, à une heure du matin, contre les personnes qui avaient tenté de démurer cet immeuble, provoquant leur maintien en garde à vue cette nuit-là et leur convocation le 15 novembre au Tribunal de Bobigny ?

Montreuil ne pourrait plus assumer les roms qui sont sur son territoire depuis quatre siècles ?
350 sont « pris en charge », nous dit-il. C’est bien – même s’il resterait à voir dans quelles conditions, et si le village d’insertion MOUS se distingue d’un camp de semi-d’internement, ainsi qu’il a été décrit.

Mais au-delà de ces bienheureux 350, que se passe-t-il ? Que se passe-t-il pour les 26 qui sont à la rue depuis une semaine, avec leurs bébés, leurs enfants et leurs vieux ? Et que se passe-t-il pour les 36 qui sont ballottés depuis un an comme eux, depuis l’expulsion de ces deux groupes du terrain qu’ils occupaient devant l’entrée du Palais des Congrès ?

Rappelons que cette soixantaine de roms ont alors été expulsés à la demande de la Mairie, pour « désinfecter » le terrain, lors du prestigieux salon du livre pour la jeunesse, en novembre dernier.
Pour les premiers 36, qui se sont trouvés à la rue lorsque Sarkozy est sorti du bois en juillet, la Mairie prétend rechercher depuis des solutions, sous la forme d’hébergements de quinze jours en quinze jours à la charge d’associations sollicitées par la Mairie.

Et les 26, qui sont sur le trottoir derrière le Palais des Congrès ?

La chasse aux roms est indigne, la politique des quotas aussi.

Le Collectif contre la xénophobie ne fait que chercher une solution, et n’instrumentalise rien ni personne. Si la Mairie pouvait entendre qu’il ne lui est demandé de « prendre en charge » personne, mais simplement de laisser vivre sur le territoire de la commune des roms qui l’habitent depuis des années maintenant. Les responsables de la majorité municipale, tel Reznik, y gagneraient certainement à ne pas se salir en s’associant quotidiennement aux interventions scandaleuses de la police nationale, sous les ordres du Préfet Lambert, lâché sur le 93 par Sarkozy.

Un mot sur la justification rétrospective de l’intervention contre l’occupation de cet immeuble : celui-ci serait « insalubre ». Il faudrait pouvoir le visiter pour en juger – et c’est précisément ce que la police a empêché avec la bénédiction de Claude Reznik. De l’extérieur, il était probable en tout cas qu’un tel bâtiment soit largement plus « salubre » pour la santé des bébés que d’être exposés à la pluie sur le seul trottoir de la ville où on a daigné les tolérer – drôle de crèche.

Même le grand square de la République, plus spacieux, avec le bénéfice de toilettes publiques, aurait été plus « salubre ». De ce jardin municipal aussi, Reznik et son collègue Saunier, représentants la mairie de Dominique Voynet, ont laissé faire l’expulsion, à une heure du matin, ordonnée par le Préfet Lambert avec interdiction d’occuper tout autre square ou trottoir de la ville.

Et s’ils sortaient de Montreuil, où iraient-ils ? Les fonctionnaires chargés de la « sécurité » nous ont expliqué eux-mêmes comment le Préfet Lambert rappelle tous les quarts d’heure sur les ondes des patrouilles policières son objectif de « ne plus voir un rom en Seine-Saint-Denis ».

Qu’est-ce qu’il veut, Lambert ? Ouvrir des chambres à gaz en Seine-et-Marne ?! Et qu’il nous poursuive en diffamation ! Peut-être aura-t-on l’honneur alors qu’il nous explique, pour sa défense, quel type de « solution » il préconise lorsqu’il ordonne l’expulsion de tous les roms du département où il y en a le plus, et depuis si longtemps que cela semble échapper à l’imaginaire de Lambert comme de Reznik, Saunier ou Voynet.

Dans une telle situation personne n’instrumentalise personne. Il faut d’urgence trouver des solutions pour s’opposer à la politique sans nom de l’État raciste. Et qu’une majorité élue à Montreuil pour son engagement anti-raciste cesse de rechigner à faire ce qu’on lui demande : une politique municipale anti-raciste conséquente.

pour le Collectif contre la xénophobie

Michel Sitbon