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Le Préfet Lambert doit démissionner. Responsable direct du tir de flash-ball sur lycéen, il doit non seulement être mis hors d’état de nuire, mais répondre de ses actes. Rappelons ici le témoignage de l’écrivain Yves Pagès qui, quinze minutes avant le tir meurtrier interrogeait un policier : « Il m’a mis sous le nez son flashball et m’a dit : “ces morveux n’ont qu’à rester chez leurs parents, connard”... » C’est dans cet état d’esprit que Lambert a lancé ses hommes à l’assaut des squats et des lycées occupés – la politique de la force brute. Quant au flash-ball, on aura compris que son usage est extrêmement calculé : assez précis, ils permettent effectivement de viser, et dans le cas de Joaquim Gatti l’année dernière, comme dans celui du jeune Geoffrey aujourd’hui, les tireurs étaient en situation d’ajuster tranquillement leurs tirs. Des témoins rapportent avoir vu le policier viser soigneusement Joaquim, et une vidéo permet de constater comment le jeune Geofrey a été de même atteint à distance dans une situation relativement calme. Ainsi il est évident que, dans les deux cas, les tireurs agissaient en toute conscience, visant intentionnellement à la tête. Le témoignage d’Yves Pagès, par ailleurs, indique la préméditation. Or, particulièrement en Seine-saint-Denis, les Préfets dirigent les forces de l’ordre de façon très rapprochée. Rappelons que l’actuel Préfet Lambert était antérieurement directeur des CRS – poste où l’avait désigné le ministre de l’Intérieur Sarkozy.

« C’est sous tension, explique Cécile Jalat, secrétaire générale de la FCPE 93, dont la fille est élève au lycée Jean-Jaurès. Nous craignions que quelques jeunes aient envie d’en découdre. C’est pour ça que des adultes sont venus pour essayer de faire tampon, pour calmer tout le monde. Et ce matin, la police se tenait plutôt à l’écart. »

UN LYCÉEN TOUCHÉ À L’ŒIL

L’élève blessé, âgé de 16 ans, devrait être transféré vendredi à l’hôpital Lariboisière de Paris. Selon son père, cité par le journal Le Parisien, l’adolescent souffre de « multiples fractures – nez, sinus, pommette gauche –, d’un hématome derrière l’œil » et devrait rester un mois à l’hôpital. Il risque de perdre la vue en raison d’une pression sur le nerf optique.

Un lycéen témoin de l’incident jeudi matin a raconté le déroulé des événements à Rue89 : « Vers 8h20, il y a eu un blocus devant le lycée. Les CRS sont arrivés, on ne sait pas qui les a appelés. C’était calme mais eux, ils avaient des Flash-Ball. Au départ, ils nous observaient, puis quelqu’un a commencé à enlever les poubelles et un CRS lui a tiré dans la tête. Il est tombé par terre, des amis sont allés l’aider et un CRS leur a demandé de partir. Mais mes camarades ne voulaient pas partir, alors les CRS ont tiré partout. Moi, je me suis caché derrière une voiture. Il y avait des fumigènes, les gens couraient, ça partait vraiment dans tous les sens. »

Une vidéo, diffusée par Rue89, mais tournée par un jeune dont on entend les commentaires, montre les abords du lycée Jean-Jaurès jeudi matin. Après vérification, selon Rue89, elle montre bien le moment exact où le lycéen a été touché par le projectile : on le voit se tenir la joue et tituber, comme sonné par l’impact, ses amis s’affolant.

La version officielle des forces de l’ordre tarde à arriver. Le Monde.fr a contacté la préfecture de Seine-Saint-Denis pour savoir quel était le cadre de l’intervention des policiers et des CRS, si les jeunes étaient menaçants, quels étaient les effectifs sur place, et qui était muni de Flash-Ball. Jusqu’ici, il lui a seulement été répondu : « Le préfet [de Seine-Saint-Denis] Lambert a demandé la saisie de l’Inspection générale des services. »

« LE FLASH-BALL N’A PAS À ÊTRE UTILISÉ POUR LE MAINTIEN DE L’ORDRE »

À Montreuil, différentes sources indiquent que jeudi matin, des compagnies de CRS étaient sur place dans un objectif tout autre : encadrer l’évacuation de deux squats, dont un proche du lycée Jean-Jaurès. Ce sont ces CRS qui se seraient déplacés pour encadrer la manifestation. Leur intervention serait donc liée davantage à leur présence dans les parages qu’à des débordements dans la manifestation. Ils n’auraient pas été appelés.

Mais cela n’explique pas l’utilisation de Flash-Ball. « Normalement, les CRS n’ont pas de Flash-Ball, qui n’ont absolument pas pour vocation à être utilisés dans le cadre d’opérations de maintien de l’ordre », explique Georges Moréas, commissaire de police honoraire qui tient le blog Police et cetera sur Le Monde.fr. « C’est une arme destinée principalement aux policiers pour qu’ils puissent se sortir rapidement d’une situation dangereuse, en cas de légitime défense. Par exemple, s’ils sont pris à partie par un groupe alors qu’ils patrouillent dans une cité. Mais ce n’est par une arme à utiliser pour disperser une manifestation. C’est le rôle des grenades lacrymogènes. » Selon la législation, le Flash-Ball ne peut être utilisé qu’en cas de légitime défense et sans « disproportion entre les moyens de défense et la gravité de l’atteinte ».

Le syndicat Unité police a donné sa version dans Le Monde daté du samedi 16 octobre : huit policiers auraient été pris en tenaille par plusieurs dizaines de manifestants très agressifs, auxquels se seraient joints des militants autonomes. Les policiers auraient bien utilisé le Flash-Ball pour se dégager. Sur Le Post.fr, un autre policier, qui n’était pas non sur place jeudi, affirme que des collègues ont bien été appelés en renfort par trois policiers qui étaient sur place, et que les six policiers réunis ont été encerclés par les jeunes qui leur ont lancé des pierres et des bouteilles de verre, dont le lycéen blessé. Un policier aurait reconnu l’avoir visé au Flash-Ball, tout en maintenant qu’il ne visait pas la tête. Sur la vidéo de Rue89, les lycéens semblent pourtant très loin des policiers, qui apparaissent à peine dans un coin de l’écran, visiblement pas « pris en tenaille ». Cela n’empêche pas un tir, alors que l’adolescent touché déplace seulement une poubelle...

[Source Le Monde]