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Dans la journée du 14 juillet, Monsieur KENNOUDI, ressortissant marocain, retenu au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (77) depuis le 25 juin est emmené à Roissy. Il a protesté contre son troisième embarquement et a été plus que malmené par les policiers, au point que les gendarmes de l’escorte du centre de CRA, sont intervenus et ont témoigné en sa faveur, selon M. KENNOUDI.

Menotté dans le dos, scotché aux genoux et chevilles, il a été porté à l’horizontale par deux policiers et un gendarme jusque dans l’avion. M. KENNOUDI nous raconte qu’ils l’ont forcé à s’asseoir, qu’il a reçu des gifles et un coup de pied dans le ventre. Refusant catégoriquement de rentrer au Maroc, M. KENNOUDI est prêt à tout : il sort une lame de rasoir de sa poche et commence à se taillader le cou. Saignant abondamment, il est finalement débarqué de l’avion.

Les policiers le font remonter dans le fourgon d’escorte. Il y subira de nombreux coups et insultes racistes. Les violences ont cessé grâce à l’intervention d’un gendarme. Monsieur KENNOUDI a pu porter plainte au centre de rétention du Mesnil-Amelot.

A son retour au CRA, les autres retenus sont choqués. Ils se rassemblent et sortent tous les matelas, manifestent leur mécontentement et leur indignation du traitement infligé à M. KENNOUDI. Les retenus se retranchent dans des 2 des 6 bâtiments de la zone de rétention et entament une grève de la faim.

Le 15 juillet au matin, ils remettent aux gendarmes du centre une pétition, destinée au préfet de Seine-et-Marne et au juge des libertés et de la détention de Meaux, signée par 89 des 113 retenus présents dans le CRA. Ils protestent contre les violences policières et l’absence d’examen individuel des situations par le préfet. La politique du chiffre ne s’accommode guère de cet examen individuel.

Quelques heures plus tard, une faible alerte incendie se fait entendre dans le bâtiment 4, la salle de détente est en feu. Les retenus sont évacués du bâtiment. La télévision, le meuble partent en fumée.

La rétention de M. KENNOUDI devait se terminer le jeudi 16, à 15h. Ceci n’empêche pas l’Administration de lui programmer un nouveau vol, à 14h. A 10h, il est transféré à l’hôpital car il dit avoir avalé une lame. Il arrive à temps à Orly pour être expulsé. M. KENNOUDI a pour la quatrième fois été présenté à l’avion. Il a finalement été débarqué, probablement grâce à la mobilisation des passagers, présents à l’aéroport.
Mais l’Administration ne lâchera pas si facilement M. KENNOUDI. Il a déposé plainte pour violences policières, avec à l’appui des témoignages des gendarmes présents, Monsieur KENNOUDI est donc particulièrement gênant.

Il a donc été présenté une cinquième fois - deux heures plus tard – à l’embarquement. Ayant à nouveau refusé de monter dans l’avion, il est actuellement placé en garde à vue. Nous ne savons pas s’il sera à nouveau présenté à l’embarquement ou s’il sera présenté au tribunal correctionnel.

Pendant ce temps, mercredi 15, un vol communautaire affrété par les autorités françaises et hollandaises décolle à l’insu de tous, de l’aéroport du Bourget, pour Lagos (Nigéria). A son bord, Monsieur. O. : sa compagne est enceinte de 8 mois et présente une grossesse à risque. Cet enfant à naître viendra rejoindre la fratrie déjà constituée des deux enfants du couple et de la première fille, française, de Madame, dont M. O. est le tuteur légal. M. O. ne sera donc pas là pour la naissance, pour accompagner sa concubine et leurs enfants.

Jeudi 16, la grève de la faim s’est essoufflée mais le rythme des expulsions n’a pas baissé, les violences policières, l’acharnement administratif pour mettre en œuvre une politique chiffrée d’expulsions sont un engrenage où la défense des droits des retenus et l’humanité peinent à trouver une place.

Le CRA du Mesnil-Amelot peut accueillir 140 retenus. C’est le maximum autorisé par la loi. Pourtant, en septembre prochain, un nouveau centre, toujours au Mesnil-Amelot ouvrira ses portes : 240 places dont 40 places réservées pour les familles sont prévues. Un centre démesuré. Une industrialisation à peine cachée de cette politique d’expulsion de masse.

[Source : Cimade]