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RESF a été officiellement constitué en Belgique ce
samedi 29/02/08 au cours d’une réunion particulièrement riche en
réflexions et en émotions au centre Garcia Lorca de Bruxelles.

Nathalie Fessol, Judith Vaes, Eveline Dal, Alain Lemaître et d’autres
ont réaffirmé le principe d’un Réseau au fonctionnement horizontal,
non hiérarchisé, assurant un maillage de solidarité pour la
protection, la défense des droits et la demande de régularisation des
familles de sans papiers.

Alain Lemaître, dans une intervention qui était le fruit d’une
réflexion collective, a soulevé trois questions majeures :

- la contradiction entre l’école (obligation scolaire qui amène les
enfants à se construire sur des valeurs de liberté, d’égalité et de
solidarité) et l’Etat qui décide du jour au lendemain d’en faire des
ombres.

- la démocratie : présente dans tous les discours mais absente des
pratiques : « Il est urgent de partager les expériences et les savoirs
pour affiner des pratiques positives de démocratie. »

- la question de la honte : nous n’acceptons pas de laisser faire en
notre nom ni d’être complices de cette barbarie. C’est pourquoi nous
défendons la construction d’espaces de résistance et de création pour
faire cesser les expulsions, fermer les centres et permettre à tous de
rester là où leur chemin les a conduits.

Six participants du RESF France étaient présents. Richard Moyon a
rappelé sa constitution par un tout petit groupe il y a trois ans et
demi, l’originalité et la diversité des mobilisations. Il a souligné
comment RESF a réussi à faire bouger les consciences sur le problème
des enfants sans papiers et de leurs familles.

Marie-Cécile Plà a insisté sur la nécessité de recomposer le tissu
social autour des sans papiers pour les faire sortir de leurs ghettos
et les faire participer à toutes les structures en relation avec la
vie scolaire (associations de quartiers, comités d’école...) Elle a
rappelé aussi que ce n’est pas à RESF de définir des critères de
régularisation mais qu’on peut s’en servir quand ils peuvent être
utiles. Elle a appelé à la vigilance sur la législation européenne à
venir avec le risque de la voir s’aligner sur le moins disant (par
exemple le droit pour tous les enfants d’être scolarisés, droit qui
n’est assuré ni en Italie ni en Allemagne).

Nina, du Kinderen Zonder Papieren flamand (né à Anvers en 2005 « de la
fureur et du désespoir d’enseignants qui ne supportaient pas de voir
disparaître des enfant de leurs classes ») est intervenue en
particulier sur les Centres fermés dans lesquels sont détenus des
milliers d’étrangers – enfants compris - dans des conditions
matérielles et psychologiques insoutenables. Elle a rappelé la
nécessité d’informer l’opinion publique, d’assurer un contact
systématique avec le mouvement francophone et d’exiger la fermeture de
ces centres. Elle a appelé à une manifestation le 27 Avril prochain à
15 h en face du centre fermé de Merksplaz. Des bus seront prévus dans
différentes villes.

Plusieurs films ont été projetés : « Laissez les grandir ici »,
quelques extraits de la conférence de presse du 15 décembre dernier à
l’EDMP à Paris et surtout une émission de la RTB sur les centres
fermés. On y voyait un tribunal d’opinion constitué d’un jury
d’adultes, d’avocats, de médecins citoyens, et de jeunes y juger des
conditions de détention des enfants et y condamner l’état Belge qui
avait d’ailleurs refusé d’y être représenté. (Pour plus d’informations
sur l’émission, consulter le site www.ladeux.be et sur le tribunal,
consulter www.dei.org)

Nous ne prétendons pas rendre la substantifique mœlle et le
foisonnement des débats. Des interventions très diversifiées l’ont
animé : celles des assemblées de voisins, des associations de jeunesse,
des enseignants, des syndicalistes, des sans papiers etc...
On a noté la participation particulièrement émouvante de Fourera,
jeune maman du Niger, en danger de mort dans son pays et menacée
d’expulsion avec son compagnon et ses deux enfants nés en Belgique : « 
avant je ne connaissais pas les associations, moi-même je fais mon
combat ».

Cette réunion a semblé à tous à la fois comme le début d’un long
combat, et celui de la reconquête de la citoyenneté. Laissons à Judith
le mot de la fin : « Ils ne se lassent pas d’enfermer les enfants,
nous ne nous lasserons pas de dire et de redire qu’on n’est pas
d’accord ».


Nathalie Fessol et Marie-Cécile Plà