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Après notre surprise devant la décision inhumaine prise par le président de la ville de Paris de nous expulser avec une grande violence par la police, la situation s’est aggravée et nous avons ressenti du mépris et de l’humiliation après sa déclaration selon laquelle nous sommes des enfants sans conscience qu’il serait facile de manipuler ou d’assujettir ; la domination ou la charité, l’expulsion et la répression, le maire de la ville rajoute l’insulte et l’humiliation.

Et pour que les choses soient claires, il est important pour nous de rappeler que :

1/ Nous sommes les fils de la révolution du 14 janvier de Tunisie dont vous avez chanté les louanges de liberté et de démocratie ; la répression qui persiste dans notre pays nous a fait arriver en France (patrie des droits de l’homme) et vous êtes un des premiers à nous réprimer !!?

2/ Dans votre déclaration, vous dites que le bâtiment dont vous nous avez expulsé n’était pas salubre à l’habitation, bien sûr que nous sommes dans l’attente de lieux pour s’organiser en liberté – (et Paris ne manque pas de lieux appartenant à l’ancien régime payé avec l’argent du peuple tunisien) ; mais au vu des circonstances actuelles, ce bâtiment était bien mieux qu’être à la rue sous la menace permanente de la police, du froid et de la faim, et malgré tout cela, pour une fois nous nous sommes sentis libres dans cet immeuble du 51 avenue Bolivar.

3/ Que nous avons été en permanence au courant des propositions que vous avez dirigé vers nous :

Au début, on nous a proposé 150 places (100 dans un immeuble et 50 dans des chambres d’hôtels pour un seul mois, éventuellement renouvelable), il nous a même été dit que nous serions libres de nous réunir et de nous consulter dans cet immeuble, et bien que cette proposition allait nous diviser et nous désolidariser, des centaines de nos camarades tunisiens étant à ce jour à la rue, dans un esprit d’ouverture et afin de montrer notre bonne volonté aux autorités, nous avons accepté la proposition. Mais quelle a été notre surprise quand quelque temps avant de se diriger vers l’hébergement que vous nous aviez proposé, une délégation que nous avons envoyé afin de vérifier le lieu ; cette délégation nous a informé après avoir discuté avec des membres de l’association Aurore qui gère l’édifice, nous avons été surpris d’apprendre que l’on pouvait rester dans l’immeuble de 18h à 9h du matin, avec un couvre-feu à 23h, qu’il était impossible de recevoir familles ou amis et qu’il serait impossible de se réunir pour discuter et de pratiquer notre liberté. Cette proposition revenait à vous commercer notre liberté, notre solidarité et notre dignité en échange d’un peu de confort très relatif pour un petit groupe favorisé d’entre nous. Cela nous a renvoyé aux pires heures du benalisme où l’on tentait d’acheter notre dignité et notre liberté contre un peu de confort et en corrompant une minorité d’entre nous, ce régime qui nous a tellement oppressé et dont certains ont vanté les mérites ici.

4/ Enfin, deux jours avant, des tunisiens qui avaient accepté le même type de proposition à Nice sont tombés dans un véritable piège où la police les a raflés en bas de l’immeuble.

Voilà, Monsieur le Maire, pourquoi comme des adultes matures et conscients, après discussion et analyse entre nous, nous avons refusé cette proposition humiliante. À l’heure où la répression continue en Tunisie, à l’heure où la Tunisie accueille 40 000 réfugiés Libyens, à l’heure où tout le monde chante les mérites des révolutions arabes dans les divans, vous qui vous êtes toujours présenté comme un ami du peuple tunisien, vous qui êtes reçu depuis des décennies dans un esprit de fraternité, sans même avoir à présenter un visa, vous avez choisi d’exercer votre droit souverain de nous expulser, nous réprimer, nous livrer à l’arbitraire et à l’humiliation, c’est une chose. Mais en plus, vous nous avez humilié, calomnié en nous traitant comme des enfants immatures par voie de presse !!!

Ce temps est révolu, vive la liberté dans la dignité !

Merci, Monsieur le Maire, pour cette opération de répression, d’humiliation et d’insulte.

[Source : CIP-IDF]