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J’ai passé le pire voyage de ma vie...en enregistrant mon bagage, j’avais repéré des keufs et avec mon instinct de black panther, je m’etais dit merde, c’est louche tous ces keufs faites qu’il n’y ait pas d’expulsions, ça n’a pas raté !!! on est monté dans l’avion, ils etaient dejà là, au fond, 7 keufs pour 3 maliens expulsés, 4 blancs autour assis sur les accoudoirs et 3 noirs antillais (à leur accent, j’ai reconnu) au milieu qui leur tabassaient la gueule et s’asseyaient sur eux, je te jure !!!

j’ai refusé de m’asseoir, je suis restée debout à les regarder, j’essayai d’inciter les gens à se lever et à regarder aussi pour qu’ils arrêtent de les frapper, je disais « mais regardez, ils sont en train de les frapper, de les étrangler, ils s’assoient sur eux ! » les gens me regardaient mais ne bougeaient pas à part une vieille mamie malienne qui me demandait ce qu’on pouvait faire et un frère assis à côté de moi, un malien de bordeaux qui était avec sa fille d’un an et demi, il s’est levé aussi.

On a commencé à discuter avec les hôtesses de l’air qui nous demandaient de nous assoir, je leur ai dit que jamais j’allais m’assoir, que je demandais à voir le commandant.

Une hôtesse m’a dit que c’était trop dur qu’on leur impose ça, une autre d’hôtesse m’a dit que si je voulais je pouvais encore debarquer donc j’ai proposé aux gens qui ne voulaient même pas regarder de tous se lever et de demander à débarquer comme ça, ils feraient descendre les keufs et les maliens expulsés mais personne n’a bougé, alors j’ai craqué...

J’ai dit à l’hôtesse de l’air de me lâcher les basks avant que je m’énerve et que je la jette, que je ne m’assiérai même pas en rêve. J’ai dit aux antillais qu’ils n’avaient pas de conscience, que c’était le seul job que les blancs pouvaient leur donner, un taff où ils sont les patrons, celui de frapper et d’expulser leurs frères comme ça les blancs gardent les mains « propres » et ne peuvent pas être taxés de racisme.

On a pris mon numéro de siège, on a vérifié la liste des passagers...affaire à suivre. Le commandant est arrivé, il m’a dit qu’il ne pouvait rien faire, que c’était inhumain que tout ce qui pouvait marcher c’est qu’un max de passagers se lèvent mais que comme ce n’était pas le cas, il pouvait juste demander au responsable des keufs de ne pas être violent.

C’est ce qu’il a fait, je lui ai dit ce que j’avais vu et quand il a appelé le responsable, un antillais-caution, bien noir, le mec lui a dit que non, non, pas de problème, qu’il n’y avait pas eu et n’aurait pas de violence, un malien au fond avait les yeux révulsés, la lèvre ouverte et la bouche en sang...

J’ai insulté les gens de l’avion, une femme blanche qui rigolait avec sa copine en regardant la scène derrière elle et qui après ont bu du champagne en faisant chin-chin avec leurs verres, un vieux blanc avec sa chemise en tissu Bogolan genre « I love Africa » - « ils sont trop hospitaliers les Maliens » mais qui n’a pas bougé son cul.

Mon voisin malien de bordeaux m’a dit que l’avion avait avancé, qu’on allait décoller, que les expulsés du fond eux-mêmes avaient lâché l’affaire, épuisés et meurtris, je me suis assise et j’ai pleuré une bonne partie du voyage, j’ai maudit la France et les Français (ceux qui n’ont rien fait, rien dit, pas d’histoires, ...

Ceux de l’avion qui voulaient juste partir en vacances tranquille, les businessmen qui veulent juste continuer à sucer l’Afrique jusqu’au sang et tous les autres qui ne sont pas dans l’avion et qui laissent faire en leur nom genre « on peut pas accueillir toute la misère du monde » après l’avoir créée tout en continuant de l’entretenir à coups de dévaluation, politiques du FMI et de Françafric).

Après, je me suis endormie d’avoir trop pleuré, quand je me suis réveillée, un passager blanc marié à une sénégalaise mais qui voyageait seul à quelques rangs avant les flics et les maliens expulsés est venu me voir pour me dire toutes les saloperies que les flics leur disaient et leur faisaient, il m’a fait savoir qu’il travaillait pour une compagnie qui donne des points par vol et qu’il savait que les keufs qui font ce genre de boulot ont leur billet payé par l’état mais cumulent les points sur leur carte fidélité (« espéciale expulsion », ça doit cumuler grave !) Du coup, pour faire passer la pilule de leur sale boulot, ils ont des billets gratos et partent souvent en Thaïlande à l’oeil...


Diarapha