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Le temps passe : c’était il y a près d’un an, en juillet dernier, que François Hollande se rendait coupable d’un crime diplomatique majeur en refusant le survol du territoire français – et son approvisionnement en carburant – à l’avion présidentiel bolivien revenant d’une conférence à Moscou. On se souvient du scandale de cette violation brutale du droit international qu’on attribuait à la suspicion qu’Evo Morales aurait pu embarquer clandestinement dans son avion Edgar Snowden, au grand dam de Washington – manifestement une élucubration des services de renseignements.

Un an après, à l’occasion d’un voyage de Morales en Algérie, la presse algérienne et tunisienne rappelle l’incident et se demande s’il ne faudrait pas l’attribuer à une autre cause que ce fantastique roman policier cyber, en s’attardant sur le discours prononcé la veille par le président bolivien devant une centaine de chefs d’Etat, dans lequel celui-ci exposait la véritable question de la dette…

Paris s’éveille

Reçu d’un lecteur ce commentaire et utile correction :

Luis Britto García, écrivain et historien vénézuélien, a écrit ce discours fictif le 12 octobre 1990, à l’occasion du jour de la résistance indigène. Cet épître a été publié pour la première fois le 18 octobre 1990 dans un journal de Caracas, et est ainsi attribuée à un vieux chef indien mexicain du XVIe siècle, le Cacique Guaicaipuro Cuatemoc, qui se serait adressé aux « chefs de la communauté européenne » au cours d’une assemblée. Régulièrement, à l’occasion du jour de la résistance indigène, ce discours criant de vérité réapparait. Morales ne l’a pour autant jamais prononcé. Ainsi ce texte de 1990 aurait été réadapté pour l’attribuer à Morales ?

Autant pour nous d’avoir d’avoir gobé le hoax, une fois n’est pas coutume. Confessons que nous nous en sommes remis à l’apparence de sérieux de l’ITRI, dont l’intitulé, Institut tunisien des relations internationales, s’inspirant du réputé IFRI, témoigne d’une ambition louable et utile, affichant un parti pris anti-colonialiste salutaire

Explorant ce site après coup, on y trouve aussi une excellente synthèse d’informations critiques sur le néo-colonialisme français, une traduction d’un texte en anglais titré abusivement, ainsi que l’auteur le reconnait dans l’article « 14 pays africains payent la taxe coloniale pour les avantages de la colonisation et de l’esclavage »... d’un sensationnalisme inutile qui décrédibilise une somme d’informations par ailleurs exactes. Il est à craindre qu’on soit là l’objet de subtiles distorsion de l’information pas toujours innocentes.

Quant à ce pseudo-discours de Evo, considérons qu’on ne prête qu’aux riches, et que ceci lui aura été si facilement attribué parce qu’on le sait capable de dire des choses aussi géniales. Il n’en reste pas moins que s’il est vrai qu’il s’agirait là d’un simple exercice de style, le même raisonnement peut parfaitement s’appliquer, avec de véritables données, et ne pas moins se défendre comme l’ensemble de la question des réparations qu’il importe de mettre sur la table planétaire particulièrement à l’heure où les pays industrialisés aggravent leur ardoise avec les dérèglements climatiques qu’on sait qu’ils induisent.

Paris s’éveille

Morales réclame le remboursement de 185 mille kilos d’or et de 16 millions de kilos d’argent

Premier président bolivien à visiter notre pays, Evo Morales Ayma a affirmé hier [le 27 mai 2014] à Alger que son pays « souhaite approfondir » ses relations avec l’Algérie. Il a fait observer : « L’histoire nous impose de partager nos expériences car le temps de la colonisation est révolu. Nous sommes à l’époque de la libération des peuples et de la récupération des richesses naturelles de nos pays. »

Qui est Evo Morales ? On se rappelle qu’au début de juillet 2013, la France et le Portugal avait interdit à son avion présidentiel de survoler leur espace aérien, alors que le président bolivien rentrait dans son pays en provenance de Moscou. Les dirigeant européens auraient pris cette mesure sur pression des américains, qui soupçonnait la présence d’Edward Snowden dans l’avion, qui a dû finalement atterrir en urgence à Vienne.

Une autre interprétation est que cette action a « jeté un rideau de fumée » sur le discours que le président bolivien venait de prononcer devant une centaine de chefs d’États et dignitaires européens, où à la surprise de ses hôtes, il redéfinit dans un style jugé « inquiétant » les relations entre l’Europe et l’Amérique latine.

Discours d’Evo Morales le 30 juin 2013

Me voici, Evo Morales, venu rencontrer ceux qui célèbrent la rencontre.

Me voici, descendant de ceux qui ont peuplé l’Amérique il y a quarante mille ans, venu rencontrer ceux qui l’ont découverte il y a seulement cinq cents ans. Aussi, nous nous rencontrons tous. Nous savons ce que nous sommes, cela suffit. Nous n’aurons jamais rien d’autre.

Le frère douanier européen me demande un papier écrit et un visa pour pouvoir découvrir ceux qui m’ont découvert.

Le frère usurier européen me demande le paiement d’une dette contractée par des Judas, que je n’ai jamais autorisés à me vendre.

Le frère avocaillon européen m’explique que toute dette se paie avec des intérêts, même s’il s’agit de vendre des êtres humains et des pays entiers sans leur consentement.

Je les découvre peu à peu. Je peux également réclamer des paiements, avec intérêts. Il figure dans les Archives des Indes, papier sur papier, reçu sur reçu et signature sur signature, qu’entre 1503 et 1660, 185 mille kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent provenant d’Amérique sont arrivés à San Lucas de Barrameda.

Un pillage ? Je ne le crois pas ! Ce serait penser que les frères chrétiens ont manqué au Septième Commandement.

Une spoliation ? Que Tanatzin me garde d’imaginer que les européens, comme Caïn, tuent et renient le sang de leur frère !

Un génocide ? Ce serait donner du crédit aux calomniateurs, tel Bartolomé de las Casas, qui perçoivent la découverte comme la destruction des Indes, ou aux radicaux comme Arturo Uslar Pietri, qui affirme que le début du capitalisme et l’actuelle civilisation européenne sont dus à ce flot de métaux précieux.

Non ! Ces 185 mille kilos d’or et ces 16 millions de kilos d’argent doivent être considérés comme le premier de nombreux prêts amiables de l’Amérique, destinés à développer l’Europe. L’inverse supposerait l’existence de crimes de guerre, ce qui permettrait d’exiger non seulement le remboursement immédiat de ces fonds, mais également une indemnisation pour dommages et intérêts.

Moi, Evo Morales, je préfère envisager la moins offensive de ces hypothèses.

Cette exportation de capitaux si fabuleuse n’était autre que le début d’un plan Marshall Tesuma, pour garantir la reconstruction de l’Europe barbare, ruinée par ses déplorables guerres contre les musulmans, créateurs de l’algèbre, la polygamie, le bain quotidien et autres succès de la civilisation.

C’est pourquoi, en célébrant le cinquième Centenaire de l’Emprunt, nous pouvons nous demander : les européens ont-ils fait un usage rationnel, responsable ou au moins productif des fonds si généreusement avancés par le Fonds Amérindien International ?
Nous regrettons de dire que non.

En matière de stratégie, ils les ont dilapidé dans les batailles de Lépante, en Invincibles Armadas, en Troisièmes Reichs et autres formes d’extermination mutuelle, pour finir occupés par les troupes américaines de l’OTAN, comme au Panama, mais sans canal.
En matière de finances, ils se sont montré incapables, après un moratoire de 500 ans, tant de rembourser le capital et ses intérêts, que de s’émanciper des besoins financiers, des matières premières et de l’énergie à bas prix qu’exporte et fournit tout le Tiers-Monde.

Ce déplorable cadre corrobore l’affirmation de Milton Friedman, selon laquelle une économie subventionnée ne peut fonctionner, et nous oblige à vous réclamer, pour votre propre bien, le paiement du capital et les intérêts dont nous avons, si généreusement et durant tous ces siècles, retardé l’encaissement.

En disant cela, qu’il soit clair que nous ne nous abaisserons pas à réclamer à nos frères européens les vils et sanguinaires taux de 20 et jusqu’à 30 % d’intérêts, somme qu’ils arrachent aux peuples du Tiers Monde. Nous nous contenterons d’exiger le remboursement des métaux précieux avancés, plus le modique intérêt fixe de 10 %, accumulé uniquement sur les 300 dernières années, avec 200 ans d’exonération.

Sur cette base, et en appliquant la formule européenne de l’intérêt composé, nous informons nos débiteurs qu’ils nous doivent, en tant que premier paiement de leur dette, l’ensemble de 185 mille kilos d’or et 16 millions de kilos d’argent, élevés à la puissance 300. Autrement dit, un nombre qui, pour être exprimé entièrement, nécessite plus de 300 chiffres et qui dépasse largement le poids de la Terre. Ces masses d’or et d’argent sont bien lourdes. Combien pèseraient-elles, calculées en sang ?

Alléguer que l’Europe, en un demi-millénaire, n’a pu générer de richesses suffisantes pour rembourser ce modique prêt serait admettre son échec financier absolu et/ou la démentielle irrationalité des postulats du capitalisme.

De telles questions métaphysiques ne nous inquiètent évidemment pas, nous, les Amérindiens.

Nous exigeons cependant la signature d’une Lettre d’Intention qui discipline les peuples débiteurs du Vieux Continent et qui les oblige à tenir leur engagement par le biais d’une prompte privatisation ou reconversion de l’Europe, qui leur permettrait de nous la remettre toute entière, à titre de premier versement de la dette historique. »

[Source : Institut tunisien des relations internationales]