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Une révolte a eu lieu vendredi dernier au CRA de Saint-Jacques : trois
retenus sont passés en comparution immédiate hier et ont écopés de 4
mois de prison ferme pour l’un, un mois ferme et un mois avec sursis
pour les deux autres.

Vendredi dernier, des « échauffourées » ont eu lieu au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande (la prison pour expulser, à
côté de Rennes). Suite à une altercation entre un retenu et un policier,
plusieurs sans-papiers se sont barricadés à l’intérieur du centre et
auraient jeté des pierres en direction des policiers.

Ce mercredi, trois retenus passaient en comparution immédiate pour
dégradations et violences légères (un policier a eu une interruption
temporaire de travail d’une journée). Ils sont tous les trois dans le box
avec une interprète.

Le juge commence par poser des questions au premier prévenu, celui qui a
eu l’altercation avec le policier. Le prévenu explique qu’il avait pris
des médicaments qui le rendaient très sensible. Il note d’ailleurs qu’il
s’est tailladé le bras pendant la révolte qui a suivi, preuve de son état
psychologiquement instable. Il indique néanmoins que le policier a eu un
comportement inapproprié, lui jetant un matelas à la figure, ce qui l’a
mis en colère. Le juge, de son côté, considère qu’il y a eu un simple
malentendu et aucune provocation à l’égard du retenu.

Les deux autres prévenus, 18 et 19 ans, sont accusés d’avoir brisé un banc
de pierre pour en faire des cailloux qu’ils ont ensuite jeté sur les
policiers. Le premier nie avoir jeté des pierres, mais reconnait avoir
fait des tas de cailloux, sans avoir aucune intention particulière, étant
occupé au téléphone et faisant machinalement comme les autres. Le second
explique qu’il a bien brisé un banc mais nie avoir jeté des cailloux sur
les policiers.

On note la difficulté qu’a le juge à caractériser cet évènement : il
parlera, après avoir hésité, « d’une espèce de révolte » ou d’un "petit
début d’émeute". Il pose ensuite des questions sur l’ambiance au CRA :
deux prévenus indiquent n’avoir pas de difficultés particulières avec les
policiers, le troisième fait état de paroles méprisantes de la part d’un
fonctionnaire.

Le procureur requiert 8 mois de prison ferme pour le premier prévenu,
expliquant qu’il a tout mis en œuvre pour mettre fin à sa rétention,
quitte à se retrouver en hôpital psychiatrique et estimant que
l’altercation avec le policier s’inscrit dans cette stratégie. Il indique
n’avoir aucune raison de douter des témoignages policiers présents dans le
dossier. Pour les deux autres prévenus, il réclame 6 mois de prison ferme.

L’avocat du premier prévenu souligne les problèmes psychologiques de son
client et invite le tribunal à prononcer une peine plus légère. L’avocate
du second prévenu s’étonne tout d’abord de n’avoir que 3 prévenus à
l’audience, alors que 4 autres noms sont mentionnés dans le procès-verbal
de l’intervention policière après la révolte, ainsi que de l’absence de
témoignages autres que policiers, alors qu’un journaliste était présent
aux grilles du CRA pendant cet épisode. Elle s’étonne aussi que les gardes
à vues aient été lancées le 9 octobre alors que les incidents ont eu lieu
le 7. Et surtout, elle remarque qu’il n’est facile pour personne d’être
enfermé, que même avec trois repas par jour et des policiers polis, être
retenu n’a rien de joyeux ou de reposant. Par ailleurs, elle remarque que
rien ne justifie de condamner les prévenus pour violences légères
puisqu’on ne sait pas qui a lancé le caillou qui a atteint le policier
touché (rappel : un jour d’ITT). Enfin, elle se demande si le procureur ne
fait pas preuve de discrimination en requérant de la prison ferme pour
dégradations et violences légères : de tels chefs d’inculpation, pour des
personnes ayant un casier vierge (ce qui est le cas des trois prévenus),
ça vaut au plus de la prison avec sursis pour des français en règle.
L’avocate du troisième prévenu reprend l’argumentaire de la seconde
avocate.

Les juges se retirent pour délibérer, puis reviennent dans la salle. 4
mois de prison ferme pour le premier prévenu. 1 mois ferme et un mois avec
sursis pour chacun des deux autres prévenus. Un mandat de dépôt est
décerné pour les trois : ils sont donc immédiatement placés en détention.

Liberté pour toutes et tous, avec ou sans papiers !

PS : C’est la première révolte du genre au CRA de Saint-Jacques. On ne
peut s’empêcher de penser à ceux qui passent en ce moment en appel à Paris
pour l’incendie de celui de Vincennes.

[Source : retention_l]