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Cette semaine a débuté le procès en appel de cinq personnes accusées d’avoir participé à la révolte qui a abouti à la destruction du centre de rétention de Vincennes en juin 2008. Tout petit résumé de ces deux premières journées…

Jeudi et vendredi des témoins se sont succédés, des témoins proches des accusés ou présents lors de l’incendie et aussi des personnalités dont le témoignage était plus général, par rapport aux centres de rétention et à la politique qui en France est menée contre les étrangers.

Les images vidéo présentées sont très claires sur le fait que cette révolte était collective, que ce soit dans le centre 1 ou le centre 2. Malheureusement, quand il s’agit de trouver des coupables pour dédouaner l’État et l’administration de ses responsabilités, « la justice » essaie souvent d’isoler, d’individualiser, de décontextualiser un évènement.

Ainsi, jeudi et vendredi prochain, chacune des cinq personnes passera à la barre pour être interrogée sur ses faits et gestes lors de cette journée du 22 juin 2008.

Soyons à leurs côtés.
Par solidarité.

Parce que cette histoire c’est aussi une histoire collective de luttes qui ont duré six mois avec des liens forts entre dedans et dehors, avec des manifestations qui ont rassemblé des centaines et même parfois des milliers d’entre nous.

Et aussi pour rappeler que ce n’est pas ces cinq hommes qu’il faut condamner mais l’existence même des centres de rétention et le système qui permet qu’ils perdurent.

Ci-dessous, deux articles relatant les journées d’hier et avant hier au TGI de Paris.

 Procès. « L’engrenage fatal » de l’incendie du CRA de Vincennes

Publié le 07-10-11 par Le Nouvel Observateur avec AFP

« Pour moi, c’est un peu la chronique d’un drame annoncé », a expliqué la Cimade sur ces violences survenues au lendemain de la mort d’un de ses occupants.

Les témoins de la défense ont décrit vendredi 7 octobre devant la cour d’appel de Paris « l’engrenage fatal » par lequel le Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes est parti en fumée en juin 2008, au lendemain de la mort d’un de ses occupants.

Six hommes, de 21 à 38 ans, maliens, marocains et palestiniens, sont rejugés depuis jeudi pour avoir mis le feu au bâtiment. En première instance, ils avaient été condamnés à des peines de prison allant de un à trois ans ferme. Poursuivis pour incendie volontaire ou violences sur agents de la force publique, ils étaient accusés d’avoir pris une part active dans les troubles qui avaient suivi la mort d’un ressortissant tunisien retenu dans le centre.

Pendant la manifestation, des occupants du centre avaient commencé à dégrader les locaux, cassant portes et fenêtres et rassemblant des matelas. Plusieurs départs d’incendie étaient constatés, se soldant par la destruction des deux bâtiments du centre. Il n’y avait pas eu de blessés graves.

Destinés à accueillir des étrangers en situation irrégulière, pour la plupart en voie d’être renvoyés vers leur pays, les CRA sont actuellement au nombre de 27, selon la Cimade, pour une capacité totale de 1.970 places.

« La situation était explosive »

« C’était prévisible... la situation était explosive », a déclaré Laurent Giovannoni, 51 ans, ancien secrétaire général de la Cimade, association présente auprès des étrangers migrants.

« Pour moi, c’est un peu la chronique d’un drame annoncé », a ensuite confirmé Sophie Fadiga, 29 ans, qui intervenait en 2008 au sein du CRA de Vincennes, pour le compte de la Cimade.

« Cimade », pour « Comité Inter-Mouvements Auprès Des Evacués », créé en 1939 et présent pendant la guerre dans les camps d’internement, a expliqué Laurent Giovannoni à la demande de la cour, qui lui demandait quelles étaient l’origine et l’action de l’association.

Pour lui, le fait de maintenir des centres de rétention aussi grands que celui de Vincennes (280 places à l’époque, 249 occupants le jour de l’incendie) ne peut être que source de tensions. « Cela pousse les gens à bout ».

« A chaque fois que je vais dans un centre de rétention, je sens des tensions », est également venue dire à la cour la sénatrice communiste Nicole Borvo.

Des associations de soutien aux sans-papiers, dont des militants sont présents au procès, demandent la fermeture pure et simple de centres de rétention, destinés à accueillir des étrangers en situation irrégulière, pour la plupart en voie d’être renvoyés vers leur pays.

« Victimes d’une gestion aberrante »

En 2007, le CRA de Vincennes avait déjà été endommagé par un incendie. Ensuite, selon l’ancien responsable de la Cimade, ce fut « l’engrenage fatal, une succession d’incidents, en permanence ».

Le 21 juin 2008, un Tunisien de 41 ans, retenu dans le centre et souffrant d’asthme, était décédé « dans des circonstances pas très claires », a-t-il rappelé.

Le lendemain, des émeutes éclataient, des « retenus » mettaient le feu à des matelas, des draps... entraînant l’embrasement des deux bâtiments du centre. Quelques policiers étaient légèrement blessés, des retenus intoxiqués par les fumées, mais il n’y avait pas eu de blessés graves. Pour Laurent Giovannoni, « les personnes poursuivies ne sont pas coupables », mais plutôt « victimes d’une gestion aberrante et irrégulière du CRA de Vincennes ».

Après les témoignages, le président de la chambre 2-9 de la cour d’appel qui réexamine l’affaire, Gérard Lorho, d’un calme à toute épreuve, a commencé à visionner et commenter des images, en couleur mais muettes, enregistrées le jour de l’incendie par le système de vidéosurveillance du centre.

Des retenus jettent des matelas dehors... Sur un autre plan, de la fumée commence à sortir d’un long bâtiment à la toiture d’ardoises, murs blancs et gris... A l’intérieur, vue sur un couloir, un hall... Ces enregistrements avaient permis d’identifier les prévenus, qui plaident de leur côté non coupable.

Le procès, prévu jusqu’au 4 novembre à raison de deux audiences par semaine, se poursuit jeudi prochain.

Le Nouvel Observateur – AFP

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/societe/20111007.OBS2021/proces-l-engrenage-fatal-de-l-incendie-du-cra-de-vincennes.html


 Procès de l’incendie du CRA de Vincennes : « Mon grand-père a fait la guerre ici ! »

Publié le 06/10/2011

« Je ne suis pas un étranger, mon grand-père a fait la guerre ici ! », a lancé un prévenu jeudi, à l’ouverture du procès en appel de l’incendie qui avait détruit en 2008 le Centre de rétention administrative (CRA) de Vincennnes.

Cet homme de 37 ans, Moïse Diakité, né à Bamako, est parmi six anciens occupants du CRA de Vincennes (trois Maliens, deux Marocains et un Palestinien) poursuivis pour avoir mis le feu à des matelas et divers autres équipements, provoquant un incendie qui avait dévasté les deux bâtiments du centre.

Quatre sont sur le banc des prévenus, deux ne se sont pas présentés à l’audience.

Les troubles avaient éclaté le 22 juin 2008, au lendemain de la mort dans des circonstances mystérieuses d’un « retenu » tunisien de 41 ans qui, asthmatique, souffrait d’insuffisance respiratoire.

Egalement poursuivis pour violences sur agents de la force publique, les prévenus, qui plaident non coupables, avaient été condamnés en première instance à des peines de prison de 1 à 3 ans ferme, à l’issue d’un procès émaillé d’incidents.

Les avocats de la défense avaient alors claqué la porte, en criant à l’iniquité de la procédure, menée entièrement à charge selon eux.

Cette fois, l’ambiance est plus sereine, et les avocats et militants pour la cause des sans-papiers comptent dénoncer lors de ce nouveau procès les conditions d’accueil et de sécurité dans les centres de rétention.

Destinés à accueillir des étrangers en situation irrégulière, pour la plupart en voie d’être renvoyés vers leur pays, les CRA sont actuellement au nombre de 27, selon la Cimade, pour une capacité totale de 1.970 places.

« Combustion extrêmement rapide »

En 2008, le CRA de Vincennes était le plus grand de France, avec 249 occupants, pour une capacité de 280.

« La concentration crée des explosions... », a constaté Jean-Pierre Dubois, à l’époque président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), cité comme témoin par la défense. La LDH demande la fermeture pure et simple des CRA.

« Enfermer des gens (...), c’est un facteur de tension, d’énervement », forcément, a ensuite appuyé Françoise Vuzelin, 71 ans, psychiatre retraitée et militante.

« Je pense qu’on doit pouvoir vivre là où on a envie (...), alors j’aide les gens à constituer un dossier et à faire valoir leurs droits », a-t-elle déclaré à la cour, pour expliquer son engagement auprès des sans-papiers.

Quant à l’incendie, un témoin, lui aussi militant, qui se trouvait à l’extérieur du centre, l’a décrit comme « un feu de foin ».

« J’ai eu l’impression d’une combustion extrêmement rapide », « un peu comme dans un film américain », a déclaré Jean Borovi, prof de maths de 71 ans, cheveux gris en bataille, qui a pris des photos de l’incendie et trouvé très tardive l’intervention des pompiers.

Le procès, prévu jusqu’au 4 novembre à raison de deux audiences par semaine, se poursuit vendredi, avec d’autres témoignages et le visionnage d’images de la vidéosurveillance du centre de rétention.

Ce sont ces enregistrements, muets, en noir et blanc et contestés par la défense, qui avaient permis d’identifier les présumés pyromanes. Leur visionnage au premier procès, pendant une quinzaine d’heures, avait été une véritable épreuve. Cette fois, seuls des extraits, choisis par les parties, devraient être diffusés.

http://www.lepoint.fr/societe/proces-de-l-incendie-du-cra-de-vincennes-mon-grand-pere-a-fait-la-guerre-ici-06-10-2011-1381544_23.php