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Occupant de la Bourse du travail, monsieur X. vient d’Algérie. Il vit en France depuis 1999.

Je suis arrivé en France le premier novembre 1999, à Roissy Charles de Gaulle.

Je connais la France depuis que je suis petit, je me souviens des années 79, les gens fumaient dans le métro.

En Algérie, il y avait la guerre, le problème social, politique, économique… et quand ça tombe sur la tête t’as envie de bouger, de voir un autre monde.

Nous les Algériens, on se mange entre nous, on n’est pas humains. Je voulais aller dans un pays où peut-être les gens seraient humains avec nous. Et du coup, c’était pire. Là-bas ils te prennent ta vie. Ici ils te prennent ta jeunesse. Ils te prennent ta jeunesse et après ils t’expulsent. Ils te disent « débrouille-toi ». Je savais qu’il y avait des sans-papiers, mais je ne pensais pas que ça me poserait problème.

Mon père est arrivé en France en 1947 et ma mère en 1985. J’ai pensé que l’attachement familial me donnerait des papiers. Mais pour moi ça ne marchait pas. J’ai deux frères et une sœur au pays. À la préfecture, ils m’ont dit que j’avais des attaches en Algérie. J’ai dit que l’attachement familial c’était pour les parents. Mais ils ne voient pas les choses comme ça. Ils m’ont envoyé un APRF. Ils ont défini à leur manière, comme ils ont défini tout.

J’ai un oncle aussi, qui est décédé ici, il a fait la guerre de 1939/45. J’ai des cousins qui ont la nationalité française, ça ne m’a pas aidé.

J’ai travaillé deux ans au marché au black, et j’ai été opéré d’une hernie à l’hôpital Tonon. Je suis resté 4 mois sans travailler et ‘ai repris le travail dans le bâtiment au noir aussi.

Tu gagnes en moyenne 50€ la journée. Jusqu’à 70 si tu es qualifié.

Je suis dans l’occupation depuis le 4 mai. Au début j’ai été voir la CGT, ils ont refusé mon dossier. Ils voulaient juste montrer aux médias qu’ils défendaient les sans-papiers. J’ai failli me battre avec un délégué de la CGT. Nous dans le bâtiment, on n’a pas un lieu fixe. Ils m’ont sorti un prétexte qu’il fallait un lieu pour occuper un endroit. Mais ils savent qu’on est des travailleurs comme ceux de Chez papa. La CGT préfère la bouffe que le chantier.

L’occupation, ça fait presqu’une année. Le problème est politique. Le problème c’est le problème de la société française, ce n’est pas le problème des sans-papiers. Est-ce que vous vous rendez compte qu’on est dans votre société, qu’on travaille, qu’on se nourrit ici, se loge ici, et que vos politiciens sont en train de se foutre de notre gueule pour un simple papier ? Les gens qui occupent portent à la lumière du jour une problématique sociale. Il faut une régularisation loyale pour tout le monde digne d’un État moderne.

En France, au début c’était l’immigration choisie, les Espagnols les Algériens avec une carte de résidence. Ils ont passé 25, 40 années ici. La France avait besoin de faire des autoroutes, des ponts, etc, pour rattraper son retard sur l’Amérique, la Canada. Puis ils ont fait des recherches et trouvé que ça coûtait cher en retraites. Du coup ils se sont dit : on va ramener des clandos sans droits sans rien, ils vont travailler chez nous et sacrifier leur printemps.

Du coup ils sont gagnants, les politiques, les caisses du ministère, ils profitent de cette arnaque moderne. Et nous on est tombés dans un pétrin créé par les politiciens eux-mêmes.

Nous on n’est pas des sans-papiers. On a un passeport, un acte de naissance, on ne vient pas de nulle part, on vient de quelque part quand même.
Les médias disent les sans-papiers, ils pensent qu’ils sont venus à pied. Je pense que la majorité ils sont venus avec un visa, une carte d’identité. Ils font croire qu’on n’a pas de papiers. Ils font croire qu’on est venus sans rien du tout. Qu’ils arrêtent de nous prendre pour des cons. Ils ne savent pas les conséquences de ce qu’ils ont fait. Ces gens-là vont se marier, avoir des cartes de séjour. Ils auront des enfants français. Ils vont expliquer à leurs enfants qu’ils étaient sans papiers, on avait pas le droit de ceci, de cela. Et il y aura une génération qui va essayer de se venger grave.

Ils prennent, ils ne savent pas les conséquences.

À long terme, ça va aller mal pour eux. Il y aura des jeunes qui vont devenir délinquants. Ces enfants vont se sentir coupables parce que leurs parents auront sacrifié pas mal de leurs années pour eux.

Je regrette pas mal de choses. Si ce gouvernement me rend ma jeunesse, je leur rends les sous que j’ai gagnés ici. En neuf ans, j’ai dû gagner 50 000€. Je leur rends même avec les intérêts, jusqu’à 60 000 euros. Et eux me rendent ma jeunesse. C’est équitable.

Ça n’existe pas la démocratie. T’as l’argent, t’as le pouvoir, t’as la démocratie. T’as pas l’argent, t’as rien. Crève.

Notre jeunesse vaut plus que leurs papiers.


Limeth nahnou nouheboukoum wa antoum la to hebounana ?
Pourquoi nous on vous aime, et vous, vous ne nous aimez pas ?


Propos recueillis par A.L.O.