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On n’osait y croire, mais ça y est, c’est une évidence : en Israël comme en Syrie, le peuple est soulevé contre l’État. Révolution mondiale ? Oui, et surtout méditerranéenne aujourd’hui. Révolution israélienne. Qui l’eût cru ?

Une caractéristique distingue ce soulèvement de tous les autres : les flics ne font pas chier. À Madrid, la Puerta del Sol est en état de siège policier – après un long temps où le pacifisme s’était pourtant imposé. En Syrie… En Libye… À Paris, s’il n’y a pas beaucoup de manifestants, ce qui est sûr c’est qu’il y a beaucoup de police. À Tel-Aviv, ce soir, on compte près de 300 000 personnes – mais pas de police.

On imagine mal le pouvoir israélien ouvrir un deuxième front militaire contre sa population – ce que n’hésitent pas à faire tous les autres gouvernement du monde semble moins facile dans un pays en guerre.

« Les manifestants à s’interroger sur [les] investissements » en faveur des colonies dans les territoires occupés, rapporte l’Obs. Ils questionnent de même « le budget considérable consacré à la défense, “que les mobilisés voudraient voir consacré au logement” », expliquait il y a quelques jours son envoyé spécial, René Backman.

En voilà une bonne idée !

Lors d’une précédente manifestation des indignés de Paris, naissait le mot d’ordre “grève des loyers”. La question du budget militaire est non moins urgente. Si la Grèce atteint le plus haut niveau de dépenses par habitant, la Syrie consacre une part record de la richesse collective à l’armée : jusqu’à plus de 40%, en 1992. Et si la France dispute à la Chine la deuxième place, derrière les États-Unis, au palmarès mondial des dépenses criminelles, Israël figure certes parmi les pays qui dépensent le plus par habitant.

Questionner les dépenses militaires, ça n’est pas seulement se diriger vers la paix, mais c’est aussi commencer sérieusement à résoudre le problème social.

Des centaines de milliers de personnes… 250 000 à 22h, mais la foule grossissait encore, des appels étant lancés à la radio et à la télé pour dissuader les gens d’assaillir les trains vers Tel Aviv...

Soir historique indubitablement. Le message auquel Assad oppose la mitraille, qu’islamistes ou apparatchiks d’ancien régime résistent en Tunisie ou en Egypte, et que les États policiers européen, en Grèce, en Espagne ou en France, tentent de juguler, aura submergé Tel-Aviv, véritable raz-de-marée pour la justice sociale.

« Le peuple exige la justice sociale », dit-on en Israël.

Une démocratie réelle, maintenant.

L’anniversaire d’Hiroshima aurait ainsi vu l’explosion de la démocratie mondiale…

la manifestation en direct

Les organisateurs de la contestation en Israël espèrent rassembler une « masse critique » de manifestants aujourd’hui, pour forcer le gouvernement de droite à céder sur ses revendications de « justice sociale ».

« Nous espérons atteindre une masse critique de plus de 200.000 manifestants pour obliger le gouvernement à changer radicalement de politique sociale », a déclaré à l’AFP, une représentante du mouvement, Hadas Kushlevitch. Cette étudiante a accusé le Premier ministre, Benjamin Netanyahu « à chercher à noyer le poisson par sa proposition d’examiner durant de long mois le bien-fondé des revendications ». Un autre représentant du mouvement, Uri Metuki, ne cache pas que « la lutte sera longue, vu qu’il s’agit de changer ni plus ni moins tout un système qui privilégie les intérêts individuels au détriment de l’intérêt collectif ».

Mais il n’envisage pas un essoufflement, vu le « soutien au mouvement d’une très large partie de la population qui n’est pas prête à renoncer à ses revendications ». Il considère que « Netanyahu est cynique quand il affirme soutenir certaines demandes, alors qu’il veut les étouffer ».

Déclenché à la mi-juillet contre la hausse effrénée du prix des logements, le mouvement s’en prend à présent à la politique de privatisations à outrance des différents gouvernements qui se sont succédé en Israël depuis plusieurs décennies et dénonce la dégradation du service public.

Le mouvement n’a pas pris officiellement position sur la poursuite de la colonisation, de crainte notamment de se couper de la majorité de la population juive qui vote à droite et lui est favorable. Mais à titre individuel, des manifestants ne se font pas défaut de critiquer la construction des implantations en Cisjordanie occupée, ne serait ce que son impact financier, alors que ces sommes pourraient être allouées à la construction de logements bon marché en Israël.

Par ailleurs, ce mouvement-citoyen, auquel participe des Arabes israéliens, qui se plaignent de discriminations, réclame la justice sociale pour tous et ne présente aucune revendication à caractère ethnique ou religieux.

Samedi dernier, plus de 100.000 manifestants avaient défilé aux cris de « le peuple exige la justice sociale » à Tel-Aviv et dans plusieurs autres villes israéliennes. Le mouvement a reçu jeudi le soutien de plusieurs milliers de travailleurs qui se sont rassemblés devant les locaux de la centrale syndicale Histadrout à Tel-Aviv. Les manifestants ont brandi des pancartes avec l’inscription : « les travailleurs avec la contestation » et ont entendu le secrétaire général de la centrale, Ofer Eini, promettre son soutien au mouvement.

Selon Mme Stav Shafir, une autre représentante des protestataires, l’adoption mercredi par le Parlement « n’a fait qu’aggraver les choses et ne peut que motiver les gens » à venir protester. Ce texte vise à mettre à la disposition de particuliers des terres domaniales, ce qui devrait, selon le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, augmenter l’offre et faire ainsi baisser les prix. Les dirigeants du mouvement de contestation estiment en revanche que cette loi ne permettra pas de proposer des logements à des prix abordables et profitera surtout aux entrepreneurs tout en portant atteinte à l’environnement.

M.Netanyahu a nommé une commission censée ouvrir des négociations avec les dirigeants du mouvement de contestation, justifiant certaines de leurs demandes tout en les accusant de « verser dans le populisme ». Pour le quotidien gratuit Israël Hayom, proche du Premier ministre, « la protestation est à la croisée des chemins » et les manifestions prévues aujourd’hui à Tel-Aviv et Jérusalem-Ouest vont constituer un test décisif pour son avenir.

[Source : l’expression]

« La plus grande manifestation depuis des dizaines d’années »

Publié le 31-07-11 à 18:00

En Israël, les manifestations qui se déroulent depuis 15 jours contre la cherté de la vie, et la politique du gouvernement de Benjamin Netanyahou, ont pris un nouveau tournant dans la soirée du samedi 30 juillet. Un appel a été lancé par les manifestants pour étendre le mouvement aux douze plus grandes villes du pays.

Selon l’envoyé spécial sur place du « Nouvel Observateur », René Backmann, la manifestation qui rassemble désormais « entre 100.000 et 150.000 personnes dans tout le pays » est « la plus grande manifestation à teneur sociale organisée depuis des dizaines d’années ». « Israël n’a pas connu de manifestations semblables depuis les protestations contre le massacre de Sabra et Chatila, en 1982 » ajoute-t-il.

Les racines de la crise

Si les revendications sont vives, René Backmann fait état d’une « véritable volonté pacifiste » de la part des manifestants. Il en est de même pour la police qui encadre les marches, et qui se montre « très tolérante » voire compréhensive envers les protestataires.

La mobilisation a débuté le 14 juillet dernier, quand une étudiante a installé une tente sur l’avenue Rothschild, la plus huppée de Tel Aviv, pour protester contre le prix extrêmement prohibitif des loyers de la ville. Son initiative a été immédiatement suivie par des milliers de personnes concernées, qui sont venues, elles aussi, planter leurs tentes à ses côtés. Aujourd’hui, les abris de fortune s’étalent « sur près d’un kilomètre et demi », témoigne René Backmann.

Israël est devenu un endroit rentable à l’investissement immobilier, et les investisseurs refusent de mettre ces biens en location. Quand bien même ils accepteraient, « les prix seraient beaucoup trop élevés » explique René Backmann, qui rapporte que les manifestants « chiffrent le nombre de logements vacants dans le pays à 100.000 ».

La classe moyenne frappée de plein fouet

A la manière des « Indignés », les manifestants ont mis en place de multiples assemblées de discussion ouvertes à tous, pendant lesquelles ils débattent des principaux sujets qui secouent aujourd’hui la société israélienne : le coût exorbitant de la vie, la gestion oligarchique de l’économie israélienne, et les mesures ultralibérales de la politique de Benjamin Netanyahou.

Ce mouvement est inédit par les gens qui le composent. Selon René Backmann, « il transcende complètement les divisions traditionnelles israéliennes ». « Que ce soit les sépharades et les ashkénazes, les juifs et les musulmans, la jeunesse et les plus vieux », les manifestants tous issus de la classe moyenne forment un bloc revendicatif uni contre les mesures prises par le gouvernement depuis 2009.

Ils réclament purement et simplement le retrait de ces mesures prises et une meilleure répartition des fruits de la croissance du pays, qui se chiffre à 5%.

Les manifestants incriminent la gestion du budget

Depuis 2009, date à laquelle Netanyahou a été nommé par le président Shimon Peres, les privatisations se multiplient et rongent toutes les instances de l’économie du pays. « Il est aujourd’hui impossible de trouver en Israël un crèche publique » rapporte René Backmann. Le gouvernement a supprimé des pans entiers des budgets de l’éducation, de la santé et des transports.

Par ailleurs, il y a aujourd’hui 6 millions de personnes qui vivent en Israël et près de 550.000 colons. Ces derniers bénéficient à eux-seuls « de 50% du budget d’Israël » d’après René Brackmann, ce qui pousse les manifestants à s’interroger sur ces investissements. Même constat pour le budget considérable consacré à la défense, « que les mobilisés voudraient voir consacré au logement » ajoute-t-il.

L’opposition politique coincée

Au niveau politique, le gouvernement de Netanyahou ne peut pas, comme à son habitude, tenter de récupérer le mouvement en expliquant qu’il comprend les revendications « parce qu’il en est lui-même à l’origine » justifie René Backmann.

Le seul salut de Netanyahou réside pour le moment dans le fait que l’opposition politique « est piégée parce que le Parti travailliste est très faible, et parce qu’elle a approuvé les mesures » de Netanyahou. « Tout le monde est mouillé dans l’affaire » précise-t-il.

Mêmes si les sondages à l’encontre de Netanyahou sont actuellement catastrophiques, les prochaines élections n’auront lieu qu’en 2013. « Le gouvernement semble compter sur l’essoufflement des manifestants » estime notre envoyé spécial.

[Source : nouvelobs]