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En plein mai 68, sur les juke-box de la révolution, sortait – très opportunément – Revolution, une chanson des Beatles, sur un texte de John Lennon :

“Tu dis que tu veux une révolution…

Eh bien, tu sais

On veut tous changer le monde (…)

Tu dis que tu as une vraie solution

Eh bien, tu sais

On aimerait tous voir le plan (…)

Tu dis que tu vas changer la constitution

Eh bien, tu sais…

Nous voulons tous changer ta tête

Tu me dis que c’est l’institution

Eh bien, tu sais

Tu ferais mieux de libérer ton esprit plutôt…”

Ainsi parlait le prophète assassiné à 40 ans, en 1980, dont il n’est pas sûr qu’il ait eut grand chose d’autre à dire.

Aujourd’hui, à Reykjavik, on se réveille avec cet air en tête, ce jour de Pâques où tout s’arrête, même les autobus.

Quoiqu’en disent les esprits chagrins et autres désinformateurs, oui, il y a bien une révolution ici depuis 2008. En plusieurs étapes, en 2009, en 2010 – et peut-être demain.

Appellera-t-on ça une « petite révolution » ? Gouvernements renversés à répétition ; deux référendums successifs gagnés par le peuple contre la partitocratie pour refuser de payer « la dette » ; et maintenant, un processus constitutionnel est en place, dans l’idée de refonder une démocratie.

En Islande, il est légitime de parler de refondation, si on se réfère à la démocratie originelle, de l’an 930, où les chefs vikings n’acceptaient de discuter que loyalement, dans une assemblé libre, l’Althing, qui donne son nom encore aujourd’hui au Parlement islandais.

Les islandais d’alors inventaient simultanément leur littérature – les Sagas – et résistaient au christianisme. Les évangélisateurs se faisaient renvoyer avec perte et fracas, les uns après les autres. Un roi de Norvège ayant, lui, accepté de se christianiser, trouvait que la farce avait assez duré : les islandais devaient se convertir ou mourir.

On reconnait là la délicate pensée génocidaire chrétienne, toujours si vivace. On dit que l’assemblée préféra se soumettre plutôt que d’engager une pénible guerre de religions. Le verdict admettait que les rites “païens” soient pratiqués dans l’intimité. Bientôt, un évêque parviendrait à imposer la dîme...

Mille ans plus tard, après que la christianisation progressive ait eu raison de leur liberté, les descendants des vikings semblent avoir une bouffée de nostalgie.

Ils travaillent ainsi à faire une constitution, libre et démocratique, et de préférence écologique.

Mais de quoi s’agit-il ici ? Comme partout, de résister au mortel ennui.

Une révolution, d’accord, mais pour quoi faire ?

Une nouvelle Constitution ? Chouette ! mais encore ? De quoi la vie sera-t-elle faîte dans cet ordre nouveau ?

Comment il disait, Lennon ? “Tu ferais mieux de libérer ton esprit plutôt…”

Ainsi, au terme d’un demi-siècle de parcours, on finira par découvrir que la seule révolution qui ait jamais compté était celle de… mai 68 – où était mise en cause la “société de consommation”, cet ogre qui n’a pas fini de nous dévorer – et qui aura non seulement exterminé jusqu’au plaisir de vivre, mais, comme on sait maintenant, aussi la simple possibilité d’une planète pour les humains comme pour tous les vivants.

On ne s’est pas avisés à quel point c’est la vie elle-même qui est en danger. La nucléarisation résignée du monde n’en est qu’une image. À la millième pâques, le sang du Christ n’en finit pas de retomber – et la terreur imposée universellement par ses apôtres aura dégoûté de vivre jusqu’aux derniers des humains qui n’ont d’autre remède que de se réfugier dans un monde d’objets et d’images.

Aujourd’hui, islandais ou tunisiens recherchent un alphabet avec lequel on pourrait vouloir écrire de nouvelles sagas, et aller vers un monde nouveau !

On n’est pas encore arrivé…

(Lettre d’Islande n°1)

Paris s’éveille

You say you want a revolution

Well, you know

We all want to change the world

(…)

You say you got a real solution

Well, you know

We’d all love to see the plan

(…)

You say you’ll change the constitution

Well, you know

We all want to change your head

You tell me it’s the institution

Well, you know

You better free you mind instead

(…)