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Un lycée vide de ses lycéens depuis 4 ans déclare Annie qui y travaillait. Un campement expulsé à plusieurs reprises sous le pont du metré Stalingrad, des conditions indignes de vie, et des réfugiés toujours plus nombreux depuis l’anéantissement de la jungle de Calais. Il fallait faire quelque chose. Et les migrants et le collectif de soutiens de la chapelle debout ! s’y sont employés puisque les pouvoirs publics laissaient pourrir la situation.

Dans la nuit de jeudi 21 avril à vendredi 22 avril, le lycée Jean-Jaurès, 8 rue Clavel dans le 19e a été réquisitionné par le mouvement et désormais occupé.
Suivre les besoins de matériel et de soutiens sur le le facebook comité de soutiens aux migrants de La Chapelle.

Communiqué du collectif La Chapelle debout ! :


Facebook collectif de soutien des migrants de La Chapelle

Lettre à Madame Hidalgo, du collectif La chapelle :



Texte de soudanais et yéménites du Lycée Jean-Jaures


Article publié dans Libération

Devant les grilles du lycée désaffecté Jean-Jaurès, dans le XIXe arrondissement de Paris, un policier échange avec les militants et les migrants qui occupent le lieu. « Je veux connaître le maximum d’informations sur ce qui se passe à l’intérieur », répète l’homme d’un ton calme. Pour que chacun comprenne la situation, un jeune s’occupe de la traduction en arabe. Dans la matinée, ce vendredi, le collectif « la Chapelle debout ! » est entré dans cet ancien lycée avec un double objectif : éviter aux migrants de dormir à la rue tout en portant haut et fort leurs revendications.

Dans cet imposant édifice, les militants de « la Chapelle debout ! » refusent de dévoiler le nombre de migrants présents. « Le bâtiment est tellement grand… Je peux juste vous dire qu’ils sont nombreux », explique un homme. Selon une militante, beaucoup viennent du campement de Stalingrad, du nom de la station de métro parisienne, dans le même arrondissement, où vivent « des hommes, des femmes et des enfants dans des conditions particulièrement précaires ». Si plusieurs nationalités semblent présentes, elles ne sont pas dévoilées. « Nous sommes tous migrants, peu importe notre origine », résume un homme chargé de transmettre le message des personnes présentes.

Médias tenus à distance

Pour pénétrer à l’intérieur, il faut passer à l’horizontale à travers des barreaux étroits. Aussitôt entrés, les médias sont expulsés. « La décision a été prise en assemblée générale : pas de journalistes à l’intérieur pour le moment. » Un militant s’adresse à l’un des quelques migrants qui veulent s’exprimer : « Il faut lui expliquer qu’ils ne vont garder qu’un court extrait de son entretien. Soit il répète le même message, soit il fait des phrases courtes. » Quant aux journalistes qui souhaitent tout de même les interroger à l’intérieur, le message est ferme. « Respectez leur volonté, et restez à l’extérieur ! »

À lire aussi :Nuit debout et réfugiés, même combat ?

Entre les grilles du lycée Jean-Jaurès, on s’échange autant d’informations que de matériel. « J’ai un gars de la commission cuisine de Nuit debout au téléphone, il demande de quoi on a besoin ? » s’écrie un homme auprès de ses camarades. « Un réchaud et des casseroles ! Et si tu peux trouver des matelas et des fringues ça serait super », lui répond-on derrière les grilles. D’autres arrivent en voiture pour faire parvenir des outils de bricolage. Non loin de là, les forces de l’ordre scrutent la scène d’un regard suspicieux. « Fais gaffe, ils ont noté ta plaque », alerte un militant. Alors qu’on s’organise sur le plan logistique, personne ne semble prêt à quitter les lieux. Une jeune femme prévient : « On restera indéfiniment. »
« Racisme dans les foyers »

Réunis en assemblée générale, militants et migrants transmettent leurs demandes à travers les grilles du lycée. D’abord sur l’obtention des papiers. « Il est inacceptable de favoriser les démarches en fonction des nationalités », rapporte un homme. Tout le monde évoque les difficultés à régulariser sa situation administrative. L’Etat est aussi critiqué pour son incapacité à résoudre les problèmes de chacun : « Pourquoi, quand je demande de l’aide, on me renvoie vers des associations ? » s’insurge-t-on. Autre problème de taille, le logement : « On trouve des foyers pires que les mers que nous avons fuies. Il y a du racisme. On se retrouve dans l’incapacité d’aller et venir. Et quand il y a un problème, c’est à la rue qu’on [finit]. » Un migrant tient à conclure son discours par un message chaleureux : « Nous remercions les personnes solidaires ainsi que le peuple français. »

Cyril Castelliti

[Source : Libération]