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À Clermont-Ferrand, l’ANEF la structure qui s’occupe de l’accueil d’urgence à mis 360 personnes, dont 150 enfants, à la rue hier [mardi 03/09]. Une mobilisation s’est organisée très vite. Après une ou deux réunions avec la préfecture il ressort : rien. Les personnes rassemblées (les exilé expulsé plus des assocaition comme RESF ou les droit de l’homme) décident l’occupation de l’eglise des minimes place de Jaude (la place centrale). Durant la nuit, on évacue l’église suite à un incendie. Et ce matin, c’est la rentrée. Une des mamans qui ont donc dormi dans cette église et dehors, était ce matin dans l’école de mon fils amenant ses filles.

En discutant un peu, il s’avère que la municipalité (de gauche) ne voulait pas vraiment venir en aide à ces 350 expulsés de manière à mettre une pression maximale sur l’État. Il y a l’herbergement nécessaire pour les accueillir rien que dans les logements sociaux. Mais la préfecture ne souhaite pas leur permettre l’acces à un logement de longue durée. Il n’y a que des logement précaire qui doivent être envisagés. Bref le droit au logement, c’est pas pour les sans papiers. Eux c’est des sans droit...

C’est tellement sordide...

une petite vidéo où on voit quelque image de Clermont :

Clermont-Ferrand, exemple dramatique de la surchauffe du 115
En matière d’hébergement d’urgence, ce qui se passe à Clermont-Ferrand, où environ 300 personnes risquent de passer leur troisième nuit dehors, est le reflet d’une situation nationale dégradée. Le dispositif est au bord de l’implosion.
La grande place de Clermont-Ferrand est bondée. En l’espace de quelques heures, elle est devenue un refuge à ciel ouvert pour plusieurs dizaines de pesonnes chassées de leurs logements. Environ 300 demandeurs et déboutés du droit d’asile, principalement des Arméniens, des Kosovars et des ressortissants de pays d’Afrique sub-saharienne, mais aussi des SDF, risquent de passer leur troisième nuit consécutive dehors, sous d’immenses tentes de toile, en plein centre de la préfecture du Puy-de-Dôme.

La nouvelle est tombée pendant le week-end : ces personnes, parmi lesquelles beaucoup de familles, ont appris qu’elles devraient quitter lundi matin les hôtels dans lesquels elles vivaient. En cause : la quasi-faillite de l’Anef, l’association chargée de gérer le 115 dans le département, le numéro d’urgence à destination des personnes sans domicile. Depuis le début de la semaine, cette structure n’a plus de trésorerie pour payer les hôtels sociaux travaillant en relation avec elle. Son directeur général, Gilles Loubier indique qu’en 2012 l’État, en charge de la mise à l’abri des plus démunis en tant que garant de la solidarité nationale, n’a remboursé que « 5% environ » des 350.000 euros engagés chaque mois. Faute des financements prévus, ce responsable associatif craint de ne plus être en mesure de payer ses salariés en ce mois de rentrée.

L’occupation de l’église Saint-Pierre-des-Minimes par une centaine d’expulsés n’a pas duré longtemps. Dans la nuit de lundi à mardi, la crypte a pris feu, obligeant les pompiers à intervenir et les résidents de passage à quitter les lieux. Une enquête a été ouverte pour déterminer l’origine du sinistre, certains éléments laissant penser qu’il pourrait être de nature criminelle. « Une porte latérale de l’édifice a été fracturée, donnant accès au sous-sol où le feu est parti d’une pièce qui sert de débarras. On est sur l’hypothèse d’un acte volontaire, qui doit être confirmée par l’analyse de prélèvements effectués sur place », a déclaré le procureur de la République à Clermont-Ferrand, Pierre Sennès.

Face à la tournure prise par les événements, le ministère du logement a annoncé avoir « délégué 400.000 euros » de crédits à l’association concernée « afin d’apporter une solution de financement ». Mais, regrette l’Anef, cette somme ne couvre qu’une partie de la dette due aux hôteliers. Elle ne permettrait donc pas d’assurer les nuités à venir. Elle ne serait par ailleurs pas disponible avant « au moins un mois ». À l’issue d’une réunion avec les services de l’État, la ligne du 115 a été remise en service. Gilles Loubier prévient toutefois n’avoir aucune solution à proposer aux personnes qui appelleraient.
La préfecture se défend de ne rien faire et enchaîne les communiqués pour rappeler que 66 personnes ont pu être relogées, dont 30 par le 115 et 36 par le conseil général, au titre de la protection de l’enfance (principalement des mères avec des enfants en bas âge). Elle souligne aussi qu’un gymnase a été ouvert et reproche à divers « groupes » de faire obstacle au travail social engagé « en incitant les personnes sans abri à refuser ces propositions ».

« L’ensemble des structures du 115 sont en danger »

Cette situation éclaire sous un jour dramatique l’état périlleux dans lequel se trouvent les structures d’hébergement d’urgence partout en France. Entre les associations gestionnaires et l’État, la crise est latente depuis plusieurs années. C’est pour tenter de la déminer que Jean-Marc Ayrault était intervenu sur ce thème, lors de la conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale, organisée le 11 décembre 2012. Le premier ministre avait alors promis de mettre fin à la « politique du thermomètre », qui consiste à débloquer des moyens par à-coups, en fonction des intempéries. L’ex-patron de la CFDT, François Chérèque, avait été nommé pour s’assurer du suivi des mesures annoncées.

« On ne peut pas dire que rien n’a été fait, mais cela ne va pas assez vite », déplore Eric Pliez, directeur général de l’association Aurore et trésorier de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars), qui regroupe 2.400 établissements. Selon le baromètre mis à jour mensuellement par ce réseau national, l’accueil des sans-abri « continue de se dégrader ». Il a même atteint un « triste record » en juillet 2013 avec 76% des demandes au 115 restées sans réponse. « Les services de veille sociale ont épuisé leur budget annuel depuis cet été pour la plupart », indique la Fnars dans un communiqué, qui fustige la « gestion saisonnière de l’exclusion ».

« L’ensemble des structures du 115 sont en danger », renchérit Eric Pliez. « L’État a trop longtemps compté sur les fonds de roulement des grosses associations. Les retards de paiement ne sont pas gérables pour les plus petites structures, notamment celles qui font de l’urgence », indique-t-il. C’est donc moins un problème de budget, que de trésorerie : l’État ne versant pas ce qu’il doit en temps et en heure, les associations se retrouvent étranglées.

Sur l’ensemble du territoire, les moyens consacrés au logement des plus démunis sont en hausse en 2013 (1,2 milliard d’euros, soit +4% par rapport à 2012). Les crédits alloués à la création de places supplémentaires augmentent eux aussi (+13% sur la même période). Face à l’afflux constant de nouveaux pauvres venus de France et d’ailleurs, poussés par les guerres et la crise économique mondiale, ces moyens sont insuffisants. D’autant que durant l’été, les associations sont confrontées à la fermeture de places spécialement ouvertes pendant l’hiver.

« En juillet 2013, les demandes d’hébergement au 115 sont équivalentes à celles enregistrées sur la période hivernale, témoignant s’il en était encore besoin que l’urgence sociale ne se limite pas aux périodes de grand froid. Eté comme hiver, les personnes sollicitent un hébergement », insiste la Fnars, qui souligne qu’en raison de la pénurie de places, les associations prennent le risque de sélectionner les publics au détriment des principes d’inconditionnalité et de continuité de l’accueil.

Mais l’implosion du système ne se résume pas au montant des sommes allouées. Selon le directeur général d’Aurore, qui a par exemple hébergé des Tunisiens débarqués à Paris en 2011, l’horizon n’a aucune chance de se dégager « tant que l’État considère les hôtels sociaux comme la variable d’ajustement ». Cette solution revient très cher à la collectivité, alors que les chambres proposées sont souvent dans un état déplorable. Les mesures de long terme consistant à privilégier des dispositifs de logement transitoires ou de colocation sont trop rarement exploitées. « Il faut réfléchir à l’échelon territorial à des solutions alternatives de logement pérenne », insiste-t-il.

Reste que la décision de l’Anef d’interrompre la mise à l’abri n’est pas sans poser question, y compris du côté des adhérents de la Fnars soucieux d’éviter les coups de force pénalisant les personnes accueillies. Avec toujours la crainte de masquer les difficultés. À Clermont-Ferrand, celles-ci ont été étalées sur la place publique. De fait, les pouvoirs publics ont été contraints de réagir.
[Source : Mediapart]