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Sous le titre « Occupation de la Bourse du travail de Paris par le CSP 75 », est apparu un communiqué du secrétaire général de la Commission administrative de la Bourse du travail « réunie en séance plénière le 5 février 2009 ». Commission « composée des organisations syndicales départementales CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, Solidaires », précise une note. Communiqué où de nombreux griefs, injustifiés pour la plupart, sont formulés contre l’occupation entrée dans son dixième mois.

Pour juger de leur bien-fondé, disons que l’occupation peut être vue comme une médaille. Et, comme toute médaille, elle se présente avec deux faces, recto et verso. Ce n’est que le verso que voit la Commission administrative, et même si le tableau noir qu’elle en fait était exact, encore faudrait-il qu’elle n’oublie pas de regarder aussi ce qui se trouve au recto.

Une occupation de locaux dans le contexte d’une lutte n’est jamais faite pour plaire. Quand des syndicats décident d’occuper une boîte (si nous mentionnons cet exemple, c’est que la CA rappelle les « actions pour la régularisation des salariés sans-papiers » menées par « les organisations syndicales »), ils le font pour, à bon escient, gêner le patron. Le fait que le patron se plaigne fait partie du jeu. Or, tout ce que la CA sait faire à son tour, en l’occurrence, c’est de se plaindre de la gêne causée par l’occupation.

Nous avons déjà répondu à maintes reprises et en détail, verbalement et par écrit, dans les mois passés, à ce genre de griefs. Il faudrait, pour être objective, que la CA se donne au moins la peine de lire et de tenir compte de nos documents. Qui sont publics, et publiés dans notre journal.
Brièvement. Il n’est pas vrai que l’occupation « paralyse l’activité des syndicats ». Il est faux qu’elle empêche les imprimeries de « fonctionner normalement ».

N’importe qui peut venir au 85 rue Charlot, et constater que l’activité syndicale de routine se déroule de façon tout à fait normale et tous les jours, et que les imprimeries ne sont ni occupées ni empêchées d’accès. La CA ne devrait pas passer sous silence que c’est justement pour permettre ce déroulement normal que nous avons, depuis le mois de juillet, abandonné l’occupation des escaliers et couloirs des quatrième et troisième étages de l’immeuble et rendu praticable l’accès aux imprimeries. Cela a été l’effet de décisions prises à la suite de discussions expresses avec l’intersyndicale d’abord, ensuite avec l’UD-CGT, le principal des syndicats représentés à la CA. Celle-ci ne peut donc l’ignorer.

Il est vrai, par contre, que l’occupation empêche l’utilisation des salles de réunion. Car c’est là le seul espace où nous pouvons poursuivre l’occupation. Sans cela, elle cesserait d’être telle, et nous aurions déjà quitté la Bourse. Ce point renvoie donc, en réalité, au recto de la médaille, à ce que la CA ne veut pas voir.
S’agissant de l’hygiène de l’immeuble, la CA devrait expliquer, par exemple, pourquoi les rats, si nombreux avant l’occupation, ont disparu depuis comme par enchantement. Est-ce que la CA pense que nous sommes des mangeurs de rats, ou est-ce que nous contribuons à la propreté effective des locaux occupés ? Quant à leur salubrité réelle, non de façade, n’est-ce pas aussi de la responsabilité de la CA le fait de nous avoir privés de chauffage pendant deux mois et demi ?

S’agissant de la sécurité (ce sur quoi la CA insiste « surtout »), elle devrait expliquer, par exemple, pourquoi M. Vincent, responsable de la sécurité pour la Ville de Paris, a reconnu à chacune de ses nombreuses visites que nous nous tenons strictement à ses instructions.
Enfin, pour le « câblage de l’immeuble », une note de la CA toujours affichée dans le hall donne ces dates pour celui de l’annexe Varlin (l’immeuble dont nous occupons une partie mais aucun des bureaux) : « 15 février - 15 avril 2008 ». L’occupation n’a débuté que le 2 mai. Quoi qu’il en soit, nous n’avons jamais empêché, tout au contraire, aucun genre de travaux dont nous avons été avertis.
Voilà pour le verso, venons au recto.

La CA juge l’occupation « incompréhensible », purement et simplement ; et elle nous accuse de nous « tromper de cible » et d’« empêcher les salariés de se défendre ».
Elle peut bien sûr ne pas partager notre forme de lutte, mais elle ne peut pas la dire incompréhensible. Sans compter les réunions avec l’intersyndicale et l’UD-CGT, nous avons fait un grand effort d’information, en produisant un nombre important de documents (tracts, communiqués, affiches, dix numéros d’un journal de huit pages) et en tenant d’importants événements de communication et de débats, dont une émission radio bimensuelle depuis le début de cette année, pour expliquer notre situation et les raisons de notre lutte. Si vraiment la CA ne nous comprend pas, c’est alors qu’elle ne s’est pas donné la peine de vouloir comprendre. La responsabilité ne saurait que lui en incomber.

Si nous avons décidé d’occuper la Bourse du travail, c’est que nous nous sommes sentis trahis par « les organisations syndicales », lesquelles, après s’être servies de nous dans leurs actions « pour la régularisation des salariés sans-papiers », ont refusé de prendre en compte aussi la situation de ceux qui, parmi ces salariés, sont isolés : tenus dans l’impossibilité de fournir des contrats de travail ou des promesses d’embauche en règle, à cause précisément des conditions illégales dans lesquelles leur travail est exploité.

Ces organisations ont en réalité fait le choix de privilégier un nombre réduit de travailleurs sans-papiers, ceux des entreprises d’une certaine taille ou à résonance médiatique, laissant pour compte la grande majorité des sans-papiers de France, les travailleurs sans-papiers isolés, dont nous sommes.

Par ce choix, elles ont contribué à créer, en droite ligne avec la politique d’immigration du gouvernement en place, la division parmi les sans-papiers, dont le mouvement avait besoin de tout sauf d’une telle division de fond.

Est-ce donc vraiment nous qui nous trompons « de cible » ? Toute l’histoire du mouvement des sans-papiers depuis treize ans, depuis l’occupation de l’église Saint-Bernard en 1996, est là pour montrer que ce sont aujourd’hui la CA et ses « organisations syndicales » qui, par leurs choix, se trompent de cible, si vraiment elles veulent opérer « pour la régularisation des salariés sans-papiers », et non pour leur division et l’anéantissement de leur mouvement.

Quelle est la situation actuelle générale de ce mouvement, déterminée par la politique ministérielle ? Que les collectifs de sans-papiers, en tant qu’interlocuteurs valables, sont évincés des discussions avec les préfectures. La défense des sans-papiers, dont la grande majorité sont des travailleurs, se trouve ainsi soustraite aux sans-papiers eux-mêmes. Leur propre auto-organisation, leur propre auto-défense, résultats le plus marquant du mouvement de Saint-Bernard, se trouvent ainsi mises à mal, sous les coups de la politique ministérielle masquée de « régularisation par le travail ».

Si « les organisations syndicales » avaient décidé de s’opposer efficacement à cette politique, d’œuvrer pour la régularisation de tous les salariés sans-papiers, isolés ou non, ainsi que nous le revendiquons depuis toujours (c’est cette revendication qui nous a amenés à occuper la Bourse du travail), la situation ne serait pas si grave. Mais elles ont fait le choix contraire, d’œuvrer pour une petite minorité de sans-papiers, et la situation générale est en train de se dégrader continuellement.

La CSP 75 est une des situations majeures d’organisation et de lutte de sans-papiers, et parmi les rarissimes qui, grâce à la mobilisation continue, ont su se préserver une marge de discussion en préfecture. Voilà ce qui s’oppose directement, et efficacement (le nombre de régularisations obtenues depuis le début de l’occupation est là pour le prouver), et stratégiquement, à la politique ministérielle. Voilà le recto de la médaille que la CA et ses « organisations syndicales » refusent obstinément de voir.

Est-ce donc les travailleurs sans-papiers isolés qui, par l’occupation de la Bourse du travail, empêchent « les salariés de se défendre » ? En réalité, dès avant cette occupation, ce sont « les organisations syndicales » qui, par leurs choix en droite ligne avec la politique gouvernementale, empêchent la grande majorité des salariés sans-papiers « de se défendre ».

Toutes nos tentatives de leur expliquer ont abouti au classique dialogue de sourds, et ce n’est jamais nous qui avons fermé la porte. Il est faux d’affirmer que nous n’avons « eu de cesse de refuser systématiquement toutes les propositions ». Ces propositions n’ont jamais été qu’une : quitter la Bourse du travail sans autre contre-partie que d’aller occuper ailleurs une autre « cible » jamais définie.

La CA accuse encore l’occupation d’avoir « entraîné le CSP 75 dans l’isolement ». Et elle mentionne à ce propos « les autres collectifs, les associations et les syndicats ». Ce paragraphe (ainsi que le titre du communiqué) est révélateur du style et du bien-fondé des propos de la CA. Celle-ci ne sait même pas de qui elle parle. Elle appelle la CSP 75 « le » CSP 75. Ce n’est pas une erreur matérielle. Dans ce même paragraphe, il est écrit expressément « ce collectif ». La CA ignore que « CSP 75 » veut dire « coordination des sans-papiers 75 », que celle-ci est formée de quatre importants collectifs parisiens. Elle ignore qu’elle se trouve en face de la plus importante expression parisienne concernant les sans-papiers. Ceci étant, comment peut-elle prétendre juger de son « isolement » ?

Ce prétendu « isolement », vrai pour la plupart des associations plus ou moins inféodées aux syndicats et à la CGT en particulier, est faux concernant « les collectifs ».

Quels collectifs ? Le neuvième ? Expulsé manu militari de la Bourse du travail, il y a trois ans, par cette même CA et ces mêmes « organisations syndicales » ? Droit devant ? (le collectif est à distinguer de l’association) qui a été souvent, depuis l’occupation, à nos côtés dans les manifestations et dans les réunions des sans-papiers ? Alif ? qui a été à nos côtés pendant toutes les réunions des collectifs de sans-papiers de l’été et de l’automne, qui a été, avec nous, l’organisatrice de la manifestation pour l’anniversaire de Saint-Bernard, et avec qui, s’il y a eu rupture au mois d’octobre, c’est à cause de son anti-syndicalisme viscéral ? Les sans-papiers grévistes ? La CA ignore-t-elle donc que, par exemple, encore tout récemment (pour la grande manifestation syndicale du 29 janvier) nous avons fait et distribué un tract commun avec les grévistes de « Perfect Intérim », grève lancée par la CGT ?

En parlant de notre « isolement », la CA ne parle en réalité que d’elle-même et des « organisations syndicales ». Voilà tout l’isolement dont nous souffrons : le choix que ces organisations ont fait face à la politique gouvernementale d’immigration. La situation dont la CA se plaint, cette gêne causée par une occupation qui dure depuis bientôt dix mois, ce sont les syndicats qui en portent la responsabilité première. Au lieu de s’ouvrir à nos doléances et à nos raisons, de chercher avec nous les moyens d’appuyer notre lutte, qui est la lutte de tous les sans-papiers, au lieu de chercher à comprendre pourquoi il fallait changer de cap face à la politique gouvernementale, ils se sont enfermés dans leurs positions préconçues et dans le mutisme, choisissant délibérément de laisser pourrir l’occupation, dans la conviction que la fatigue nous ferait enfin renoncer.

Le communiqué de la CA laisse présager (ce qui nous est confirmé par plusieurs bonnes sources) qu’ils vont procéder à l’expulsion, en l’habillant sans doute du manteau de la nécessité pour des raisons de « sécurité ». Si tel est le cas, les syndicats prendraient sur eux une lourde responsabilité historique. Quant à notre lutte particulière, elle en resterait comme un symbole, lourd de sens pour les luttes à venir. En accord avec l’orientation actuelle du capitalisme mondial, et, pour ce qui est de la France, avec la ligne du gouvernement en place, ils apporteraient leur contribution à la création de vastes bas-fonds du travail : composés de travailleurs salariés sans droits véritables et sans droit de cité même dans les syndicats. Ils les opposeraient fondamentalement, par là, au reste des travailleurs.

Paris, 18 février 2009

CSP 75

Occupation
de la Bourse du travail de Paris par le CSP75


COMMUNIQUE DE LA COMMISSION ADMINISTRATIVE DE LA BOURSE DU TRAVAIL DE PARIS

Réunie en séance plénière le 5 février 2009

Depuis plus d’un an, les organisations syndicales agissent pour la régularisation des salariés sans papiers. Ces actions conduisent à des succès et à de nombreuses régularisations.

Dans ce contexte, la décision du CSP 75 d’investir par la force et d’occuper la Bourse du Travail de Paris est incompréhensible. En effet, en choisissant, le 2 mai 2008, d’occuper l’annexe Varlin de la Bourse du Travail de Paris, ce collectif paralyse ce bâtiment qui est un outil indispensable à la défense des salariés et à l’activité des syndicats. Ce collectif se trompe de cible car paradoxalement, patronat et gouvernement sont totalement épargnés par cette action, alors que ces salariés précarisés sans papiers sont « utilisés » par les employeurs pour tirer tous les acquis sociaux vers le bas, casser le code du travail et les conventions collectives. Cette occupation de la Bourse du travail de Paris est désapprouvée par les autres collectifs, les associations et les syndicats. Cette forme d’action totalement inefficace et contre productive a entraîné le CSP 75 dans l’isolement.

Cette occupation, empêche le fonctionnement normal des syndicats parisiens : CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC, UNSA, Solidaires qui ne peuvent plus accéder aux salles de réunions et aux services de ce bâtiment.
De fait :

Depuis le 2 mai 2008, 7 salles de réunions sont neutralisées, plus de 1 800 réunions ont été annulées ; tous les jours, c’est l’équivalent de 300 salariés qui ne peuvent se réunir pour organiser leurs luttes ; de nombreux congrès ont été reportés du fait que la plus grande salle disponible à Paris pour les salariés (salle Eugène Hénaff), est inutilisable car occupée,
Ø Les formations syndicales ne peuvent plus se tenir,
Ø 2 imprimeries syndicales ne peuvent fonctionner normalement,
Ø Des permanences de défenses juridiques des salariés ne peuvent plus se tenir.

Empêcher les salariés de se défendre et neutraliser l’activité des syndicats, n’est pas acceptable.

De plus, cette occupation pose des problèmes d’hygiène et surtout de sécurité. En effet, les bâtiments sont constitués de salles de réunions et bureaux qui ne sont absolument pas prévus pour une occupation nuit et jour avec présence de matelas, de bouteilles de gaz et de plusieurs cuisines improvisées. Plus grave, les couloirs, escaliers et issues de secours sont condamnés et occupés faisant courir un risque catastrophique à tous en interdisant l’évacuation en cas de nécessité.

Enfin, cette occupation a aussi eu pour conséquence l’arrêt immédiat et total du gros chantier « câblage » de l’immeuble avec comme résultat, la fin de missions et la mise au chômage de salariés de l’entreprise intervenante.

Malgré ce contexte, les syndicats, avec de nombreux collectifs et associations, n’ont pas ménagé leurs efforts depuis un an pour proposer aux responsables du CSP 75 de travailler ensemble les dossiers de régularisation. Force est de constater que ceux-ci n’ont eu de cesse de refuser systématiquement toutes les propositions qui ont été faites, préférant s’enfermer dans une occupation sans issue qui pénalise les salariés et leurs syndicats.

Dans ce contexte, l’outil « Bourse du Travail » doit redevenir disponible pour les salariés afin qu’ils puissent se défendre, avec leurs syndicats, contre tous les mauvais coups.
Le secrétaire Général de la CA de la Bourse du Travail de Paris

PS : la Bourse du Travail de Paris est gérée par une commission administrative composée des organisations syndicales départementales CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, Solidaires
Contact : M. Edgard FISSON secrétaire Général de la CA de la Bourse du Travail de Paris TEL 01 44 84 50 21

COMMISSION ADMINISTRATIVE DE LA BOURSE DU TRAVAIL
3 RUE DU CHATEAU D’EAU – 75010 PARIS
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