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Quelques nouvelles des luttes initiées il y a quelques jours dans les centres de rétention italiens (appelés là-bas, CIE = centres d’identification et d’expulsion) et puis des témoignages des grévistes de la faim du centre de rétention de la via Corelli à Milan.

Lien en italien : http://lombardia.indymedia.org/node/26936

À Corelli, après plusieurs jours de grève de la faim les détenu/es ont commencé à être affaiblis et fragilisés. Certaines filles du secteur des transsexuelles ont été mises sous perfusion et une a été transportée à l’hôpital. Les détenus ont demandé à être pesés et suivis en permanence par du personnel médical, comme c’est la pratique en cas de grève de la faim, mais, dans le centre de la via Corelli, ça ne se fait pas. Toutefois, malgré les difficultés, les détenus continuent avec détermination, soutenus également par la solidarité des anti-racistes qui amènent constamment de l’eau et du jus dans le centre et maintiennent des contacts continus.

À Rome aussi, vingt détenus continuent la grève. Les gestionnaires du centre apportent de la nourriture et eux la renvoient. Certains, qui avaient commencé la grève quelques jours avant les autres ne mangent plus depuis maintenant dix jours et sont très faibles. Contrairement aux détenus de Milan, à Rome ils semblent être pesés et contrôlés régulièrement, mais la nouvelle coopérative qui a pris la place de la Croix-Rouge (la Coopérative Auxilium vient de gagner l’appel pour la gestion du centre au détriment de la Croix Rouge) pour l’exploitation du centre ne permet pas que les personnes solidaires apportent des jus et des boissons de l’extérieur. Chaque détenu reçoit un seul litre d’eau par jour, divisée en deux bouteilles d’un demi litre, l’une le matin et l’autre dans la soirée. Et seulement avec ça ils poursuivent leur lutte.

À Turin, en attendant, et la grève est toujours relayée.

Bologne est un cas à part. Après deux jours, il n’y avait plus d’autres nouvelles de l’intérieur, les détenus ont répondu aux appels de solidarité. La grève a été interrompu après la première journée, sauf pour un retenu qui poursuit sa grève de la faim en solitaire, pour des raisons personnelles. La raison de cette difficulté est simple : il semble que dans ce CIE la nourriture des prisonniers soit droguée avec des tranquillisants, ce qui fait que chaque fois qu’ils se rencontrent, quels que soient l’heure et le jour ils sont complètement endormis et abrutis.

Voici quelques déclarations recueillies par les services de trans du CIE de Corelli.

« Nous sommes vingt personnes qui font la grève de la faim. Dans chaque chambre, nous sommes quatre personnes. Les murs sont pleins de moisissures, les draps sont changés une fois par semaine mais les couvertures ne sont jamais changées. Tous les quinze jours on nous donne un gel douche. Dans la soirée, nous devons nettoyer notre chambre avec le balai et le seau. Les fenêtres n’ont pas de rideaux comme ça le matin tôt, la lumière entre dans la chambre. Nous sommes obligés de mettre la couverture sur la fenêtre pour dormir. Les toilettes sont dégoûtantes. C’est très sale. Les évacuations sont toutes bouchées, nous sommes obligés de faire nos besoins debout. À huit heures et demie du matin, nous prenons un verre de lait et un croissant. Nous ne pouvons pas boire de choses chaudes si ce n’est avec la machine payante. La nourriture est très insuffisante, ils nous amènent souvent de la dinde. Nous qui avons des implants en silicone nous ne pouvons pas manger de la dinde. Pour cette raison, beaucoup d’entre nous ont eu des inflammations aux implants mammaires ou de hanches. Lorsque nous allons à la Croix-Rouge pour nos problèmes de santé, nous donner des tranquillisants pour nos problèmes de santé ils nous donnent des tranquillisants pour supprimer la douleur, mais ces gouttes nous font dormir. Quand nous avons trop de douleur, ils nous donnent de l’aspirine (ou paracétamol). »

« Moi je m’appelle ... je suis ici depuis une semaine. J’ai immédiatement commencé une grève de la faim parce que nous ne pouvons pas rester ici six mois. Je suis également séropositive, je devais faire des tests sanguins pour savoir quels médicaments je devais prendre mais ils m’ont amenée ici, et m’ont fait sauté la visite. J’ai eu trois jours de forte fièvre. J’étais tellement mal qu’ils m’ont emmené à l’hôpital pour une occlusion intestinale. Après ils m’ont ramenée à Corelli toujours sans médicaments pour le VIH. Je suis en Italie depuis neuf ans, je suis tombé malade en Italie et je ne peux pas rester ici. Nous avons besoin de nous maintenir (gagner notre vie) et de maintenir notre famille dans le pays. Nous voulons notre liberté parce que nous n’avons rien fait et qu’on nous force à rester ici sans pouvoir rien faire. Il y a un psychologue qui vient une fois par semaine, mais à la fin, on nous donne toujours trente gouttes de
Valium ou pour dormir et allez... À la fin nous devenons toutes dépendantes... »

« J’ai eu un très grave accident en dehors d’ici. J’étais toujours traitée en physiothérapie, mais il m’ont prise et emmené à la CIE. Je m’étais fracturé l’omoplate gauche, le fémur et le genou. Ici, souvent la blessure à ma jambe s’enflamme. Je vais à l’infirmerie, on me donne une crème hydratante c’est tout. Beaucoup d’entre nous ont été prises à Pise, et qui vient nous voir a droit à sept minutes de visite pour cinq heures de voyage.... Il y a plein de cafards et d’asticots dans les toilettes et la douche. La police nous maltraite, nous traite comme des chiens, nous insulte en disant que nous sommes tous des gays, fait des blagues sexistes contre nous. Quand nous disons des choses qui ne leur vont pas bien, ils nous donnent des gifles au visage, pour la moindre chose ils nous agressent et nous traitent comme si nous n’étions pas des êtres humains, avec un mépris total. Nous savons qu’une trans s’est suicidée ici à Noël... Il y a
une fille qui est ici depuis quatre mois qui a vu ce qui s’est passé lorsque la jeune fille s’est suicidé et maintenant elle est folle, parce qu’une personne normale ne peut survivre ici à l’intérieur, et beaucoup la mort comme unique porte de sortie... Il y a des gens avec des problèmes psychiatriques, et nous devons tous vivre ensemble dans une situation de conflit, avec toutes les diverses pathologies tous ensemble et ici nous sommes forcés de côtoyer diverses maladies, même en prison ça n’est pas comme ça. »

Et un témoin, du secteur des femmes :

« Mon nom est ... je vous raconte mon histoire. Je suis arrivée en Italie en tant que touriste car j’aimais beaucoup ce pays. La dernière fois que la police m’a arrêtée, ils m’ont demandé le permis de séjour. J’avais seulement le visa touriste mais ils m’ont emmenée à la préfecture (police) où je suis restée trois jours et puis à Corelli. Ils m’ont prise le 26 Janvier et j’avais en poche le billet d’avion pour retourner au Brésil pour le 16 février... Eh bien je suis encore ici. Maintenant je dois quitter ce pays comme une criminelle, escortée par la police. Je n’imaginais pas qu’en Italie pouvait exister un endroit pareil. Je me sens inutile, je suis très mal. Ils nous traitent comme des animaux, et ce n’est qu’un début... nous avons à faire six mois dans cet enfer pour ensuite sortir d’ici avec une expulsion pour dix ans.

Nous demandons à tous ceux qui nous entendent que même si on nous appelle clandestins nous sommes aussi des gens qui avons un cœur. Nous sommes venus en quête d’une vie meilleure. Nous faisons la grève pour faire comprendre aux gens que nous sommes des êtres humains et nous avons le droit de vivre ici comme tout le monde et qu’ils ne peuvent pas nous ôter la liberté. Il devrait y avoir d’autres moyens pour obtenir ce bout de papier sans passer par cet enfer. C’est vraiment d’une loi injuste, je ne sais pas qui l’a inventée et nous ne voulons pas la respecter. Pour nous, la seule option que nous avons c’est de lutter. »

Témoignages du samedi 6 mars

Sinon, à noter également que de nombreuses initiatives de lutte et de solidarité sont menées :

- le vendredi 5 mars un rassemblement a eu lieu devant le CIE de la via Corelli à Milan,

- le samedi 6 mars à Modena un rassemblement et une diff se sont déroulés dans les rues de la ville. Ont été diffusées des informations sur les luttes en cours et sur la situation de Joy et Helen , qui ont osé dénoncer les tentatives de viol subies cet été dans le CIE de la via Corelli, et sur les autres rebelles de la via Corelli, réenfermé/es dans divers CIE après avoir effectué plusieurs mois de prison pour les révoltes d’aout.

- le lundi 8 mars à Turin, un rassemblement aura lieu en solidarité avec les prisonniers des CIE en lutte et avec Luca, Fabio, Andrea, Maya, Marco , Paolo et Massimo, les camarades arrêtés et emprisonnés depuis le 23 février pour leur engagement dans la lutte pour la liberté de circulation et d’installation et contre les CIE. Le mardi 9 mars ils passeront au tribunal pour d’éventuelles remises en liberté.

- le samedi 13 mars un rassemblement aura lieu devant le CIE de Ponte Galleria à Rome.

Pour rappel, voici un lien sur la lettre écrite par les retenus de la via Corelli pour annoncer le début de leur grève de la faim et sur la situation des camarades arrêtés le 23 février* :

En fançais :
http://nantes.indymedia.org/article/19945

En italien :
http://www.autistici.org/macerie/?p=25053

Liberté pour toutes et tous avec ou sans papiers !

*Pour rappel adresses des camarades italiens emprisonnés, deux transferts ayant eu lieu cette semaine, une des adresses vient de changer par rapport à celles diffusées vendredi :
Fabio Milan
Casa circondariale
strada vicinale del Rollone, 19
13100 Vercelli

Andrea Ventrella
Casa circondariale
via Roncata 75
12100 Cuneo

Luca Ghezzi, Via Pianezza 300, 10151 Torino