VINCENNES

« Nous ne sommes pas des bêtes sauvages, ni des chiens ! »


Publié le: 31 décembre 2007

Il y a à peu près un mois, un sans-papiers s’est évadé du centre de rétention de Vincennes. Depuis cet évènement, les policiers sont particulièrement énervés et virulents envers les « retenus ».

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Par exemple, ils entrent dans les chambres pour faire des fouilles à n’importe quelle heure de la nuit, ils font entre 8 à 10 rondes par 24 heures, au lieu de trois habituellement. Suite à cette évasion, les policiers ont eu pour ordre de dénombrer, tous les soirs, les sanspapiers pour vérifier qu’aucun ne s’est enfui. Avant hier, les retenus n’ont pas accepté de se faire comptabiliser comme du bétail et ont refusé de remonter dans leurs chambres. Les policiers ont appelé les CRS en renfort qui ont passé une partie de la nuit à Vincennes.

Hier soir, routine. Les policiers exécutent leur tour de surveillance et accusent un homme en train de fumer d’avoir fait entrer un briquet en rétention. Ils le menottent pour l’emmener en isolement. Les autres sans-papiers jugent cet acte injustifié et interpellent à leur tour les policiers pour leur demander de le relâcher. Ils font valoir leurs droits et leur refus de l’arbitraire. Mouvement de masse, violences policières, au final, il y a trois blessés légers parmi les retenus. Ils ont vu un médecin, apparemment pas de jambe cassée. Les CRS sont revenus en renfort et sont restés jusqu’à 4 heures du matin.

Ces incidents se situent dans un contexte plus général puisque c’est suite au transfert d’un sans papier de Roissy vers Vincennes que les informations sur les événements de Mesnil-Amelot ont circulé et qu’une grève de la faim a commencé il y a trois jours : sur approximativement 260 personnes retenues réparties dans les deux centres de Vincennes, la moitié serait en grève de la faim aujourd’hui.

Depuis trois nuits, les retenus se mobilisent pour dénoncer les conditions de rétention déplorables : un simple filet d’eau chaude dans les douches, du chauffage parcellaire, mise en isolement sans motif, humiliations et violences policières gratuites, destinations d’expulsion parfois arbitraires (un Algérien devait aujourd’hui être expulsé vers le Maroc, il ne serait pas sorti du centre de rétention suite aux mobilisations de ses collègues sans-papiers), et encore non respect de la dignité et des droits de l’homme...

Les retenus dénoncent aussi les pratiques du personnel médical : des jours pour obtenir un simple doliprane, des maladies contagieuses qui se transmettent à profusion. Un sans-papier explique que « les docteurs préfèrent soigner leurs relations avec la préfecture plutôt que de déclarer que les situations médicales de certains retenus sont incompatibles avec la rétention ».

Au téléphone, on entend des termes tels que « désobéissance civique » et le brouhaha général présage d’une évolution mouvementée. Les sans papiers semblent remontés, prêts à ne pas céder, d’autant plus qu’ils ont réussi à éviter une expulsion aujourd’hui, ils sont soutenus à l’extérieur, forts de leurs dénonciations, par contre, et à mon avis à juste titre, ils « redoutent le pire pour ce soir ».

[Témoignage au CRA de Vincennes recueilli par le 9e, le 30 décembre 2007]