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Dans Le Monde daté du 11 décembre,
on pouvait lire l’information selon
laquelle [...] « le gouvernement étudie
actuellement la possibilité d’accueillir des
réfugiés irakiens, notamment chrétiens,
a-t-on appris mardi de sources concordantes
 ».

Si Forum Réfugiés a
« accueilli avec intérêt » ce projet gouvernemental,
RESF par contre aura cru
utile de rappeler que si la France était
considérée “fille aînée de l’Église” sous
l’Ancien régime, plus de deux siècles
après la Révolution et un siècle après la
séparation de l’Église et de l’État, la
défense de la Chrétienté n’est pas supposée
être la première priorité de l’État.

Celle-ci, à l’heure du déchaînement
xénophobe du même État contre les
sans-papiers semble bien trahir le véritable
parti pris des Présidents de la Ve
République, toujours pressés d’aller
s’agenouiller au Vatican.
Réseau Education Sans Frontières
(RESF) apprend avec stupeur la
réflexion engagée par un comité
interministériel sur l’accueil éventuel
de réfugiés irakiens chrétiens.

Si la France s’enorgueillirait d’accorder
l’asile à des réfugiés irakiens
quelle que soit leur appartenance religieuse,
ethnique, communautaire,
leurs convictions philosophiques,
politiques, etc., RESF s’élève contre
une politique une nouvelle fois discriminatoire
qui aboutit à faire le tri
entre des réfugiés en fonction de leur
religion, et s’inquiète d’une dérive
consistant à ne considérer comme
acceptables sur son territoire que des
personnes dont la religion serait
conforme à la vision gouvernementale
de ce que devrait être la société
française.

RESF rappelle qu’une telle sélection
est non seulement contraire aux
conventions internationales sur les
droits de l’homme, mais plus encore à
l’article 21 de la Charte européenne
des droits fondamentaux, qui vient
d’être ratifiée par les vingt-sept États
membres de l’Union européenne, et
qui interdit toute discrimination fondée sur la religion. Cette approche
restrictive est également contraire à
l’article 3 de la Convention de
Genève relative au statut des réfugiés
qui stipule que « les États
contractants appliqueront les dispositions
de cette Convention aux réfugiés
sans discrimination quant à la race, la
religion ou le pays d’origine ».

Plus fondamentalement, une telle
sélection sur des critères religieux
prend le contrepied de la laïcité et
transgresse tous les principes d’égalité,
de fraternité, de liberté de
conscience qui sont les fondements
mêmes de l’éducation qu’en tant
qu’enseignants ou que parents nous
nous attachons à donner aux jeunes
générations.

De plus, RESF s’étonne que, dans
un état laïque, où la séparation de
l’Église et de l’État remonte à plus
d’un siècle, un gouvernement réfléchisse
à accorder le droit d’asile sur
des critères exclusivement religieux.

RESF rappelle que si plus de 20 000
irakiens ont demandé à bénéficier
du droit d’asile en Europe, la France
n’a accordé celui-ci qu’à 99 d’entre
eux, laissant sans droit et sans protection
sur son territoire des centaines
d’autres (ainsi que des immigrés
afghans et iraniens), y compris des
enfants mineurs. Ces réfugiés vivent
actuellement dans la rue sans ressources
et dans le dénuement le plus
complet, et l’État, malgré l’appel de
nombreuses associations et de syndicats
de magistrats, n’a pris aucune
mesure afin de les soustraire à leur
condition et les protéger. Comme à
Calais, où la fermeture de Sangatte
voulue pour des fins bassement électoralistes
par Nicolas Sarkozy
lorsqu’il était ministre de l’Intérieur,
a précipité des centaines de réfugiés
sans abri dans les bois, comme à
Cherbourg, où des immigrés pourchassés,
pris dans une nasse inhumaine,
vivent dans des conditions
ignobles, le drame qui se joue dans
les squares parisiens est déshonorant
pour un pays qui revendiquait être,
il y a peu de temps encore, la patrie
des droits de l’Homme.

RESF s’indigne de l’attitude nauséabonde
d’un gouvernement qui, plutôt
que de réfléchir à une politique
globale d’accueil des victimes de conflits
ou de persécutions, préfère
faire son marché dans un « stock » de
réfugiés pour ne choisir que ceux correspondant
à ses critères et monter des
opérations de spectacle afin de masquer
ses manquements graves en ce
domaine.

En outre, RESF s’inquiète du concept
gouvernemental pour le moins étroit
du droit d’asile qui voudrait que celuici
ne s’applique qu’à des personnes
« ayant des liens forts avec la France ».

Une nouvelle fois, le gouvernement
français et son ministre de l’identité
nationale, aidé par le ministre des
Affaires étrangères – qui a oublié son
engagement passé à l’égard de toutes
les victimes de conflits – font montre
d’un cynisme, d’une xénophobie et
d’un racisme crasses en instituant une
sélection parmi les immigrés et en s’arrogeant
le droit de définir les « bons »
et les « mauvais ».

[Source : RESF]