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La Croix-Rouge luxembourgeoise organisait hier un « café humanitaire » autour des problématiques posées par l’action auprès des migrants et des réfugiés.

Familles irakiennes, Kosovars et Nigérians : ces derniers mois les ont vus arriver au Luxembourg ou en partir. La Croix-Rouge invitait hier à un échange de vues sur les thématiques de retours forcés, des programmes de réinstallation et du cas particulier des personnes atteintes du sida.

Il y a tout juste une semaine, cinq Nigérians étaient rapatriés de force vers leur pays après un mois d’attente au centre de rétention de Schrassig. Et un mois de mobilisation d’associations pour qu’ils restent. Mais la Croix-Rouge n’est pas intervenue. « Nous sommes neutres et impartiaux », rappelle le directeur général de la Croix-Rouge luxembourgeoise, Jacques Hansen. Un principe commun à ses quatre missions : le premier accueil des demandeurs de protection internationale, la prise en charge de certains d’entre eux dans ses foyers, celle des mineurs isolés et enfin l’observation en cas de reconduction dans le pays d’origine.
Le « café humanitaire » hier revenait sur ces missions d’accompagnement et d’observation à travers le témoignage de Nadine Conrardy, responsable du service Migrants et réfugiés de la Croix-Rouge luxembourgeoise.

 Sursis pour le sixième Nigérian

« Je dis souvent que notre mission commence dès que les migrants arrivent, et se poursuit par le travail en foyer », dit-elle. « Au centre de rétention, il s’agit surtout de voir les personnes avant leur expulsion, d’arranger des petites choses comme organiser le transport de leurs bagages, contacter leur famille à destination, vérifier s’ils ont bien été assistés d’un avocat pendant la procédure. » L’observation se déroule lors du rapatriement. « Nous observons si l’escorte respecte bien les règles. » Une phase toujours « particulièrement touchante car c’est pour eux l’espoir de vivre en Europe qui s’écroule ».

Une exigence de neutralité qui a pour corollaire la rédaction de rapports aux autorités si un dysfonctionnement est relevé. « Nous n’hésitons pas à rapporter une injustice, comme le sixième Nigérian qui devait partir avec les autres alors qu’il aurait dû obtenir un sursis pour des raisons de santé », complète Jacques Hansen, « il est finalement resté. Nous intervenons très rarement, car la plupart des expulsions ne sont malheureusement pas attaquables, mais nous sommes alors peut-être d’autant plus écoutés » par le gouvernement.

Au niveau international, il est cependant arrivé que le Comité international de la Croix-Rouge organise des « fuites » de ses rapports. « Le CICR visite des prisons et livre un rapport circonstancié aux autorités. Si celles-ci ne réagissent pas, il fait en sorte que cela se sache. C’est ce qui s’est produit en 1993 après la visite de camps en ex-Yougoslavie. » La neutralité n’est donc pas un blanc-seing.

 Réinstallation en bonne voie

Le ministre de l’Immigration, Nicolas Schmit, a présenté hier les programmes européens de réinstallation et de relocation à travers l’exemple des familles irakiennes. Vingt-huit Irakiens sont en effet arrivés de Syrie, où ils vivaient dans des camps, à l’automne dernier. Deux de ces sept familles sont prises en charge par la Croix-Rouge, qui rapporte qu’elles « vont bien et s’habituent peu à peu » ; les autres, qui avaient déjà de la famille au Grand-Duché, sont suivies par Caritas.

« Ce programme ne concerne pas seulement des familles chrétiennes, insiste Nicolas Schmit, il y a aussi des musulmans qui étaient en danger de mort en Irak. Nous les aidons à refaire leur vie. » Le Luxembourg participe ainsi à un programme soutenu par l’UE et le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés qui octroie une protection permanente à ces réfugiés en danger. « Ces familles ont suivi une préparation intense avant leur arrivée au Luxembourg », souligne le ministre de l’Immigration. « Il faut les informer sur notre pays, « casser » des rêves exagérés. Beaucoup de réfugiés rêvent d’un seul pays : les États-Unis. »

Ce n’est pas la première fois que le Luxembourg se prête à l’exercice. « En 1973/1974, nous avions accueilli une centaine de Chiliens », se souvient Jacques Hansen, directeur général de la Croix-Rouge luxembourgeoise. « La plupart de leurs descendants ne sont pas retournés dans leur pays après la chute de la dictature. » Une nouvelle opération se prépare : il s’agira d’accueillir deux femmes et leurs bébés en attente à Malte. Comme l’admet le ministre : « C’est peut-être une goutte d’eau sur une pierre, mais c’est mieux que rien du tout ! »

C. L.

[Source : lequotidien.editpress.lu]