MONTREUIL
Montreuil : Nuit d’émeute !
Publié le: 12 juin 2008
La nuit du mercredi au jeudi 6 juin, des manifestants qui protestaient contre les rafles qui ont lieu quotidiennement à Montrreuil et exigeait la libération d’un sans papier arrêté le jour même se sont affrontés à la police pendant plusieurs heures.
Ce mercredi, un rassemblement était organisé à 16 heures devant un foyer de travailleurs étrangers pour dénoncer des rafles quotidiennes de sans-papiers.
Peu avant ce rendez-vous une personne en situation irrégulière a éte interpellée.
Suite à cet acte qui a toutes les apparence d’une provocation, un rassemblement pour réclamer sa libération s’est alors improvisé devant le commissariat de cette ville de Seine-Saint-Denis. La manifestation de solidarité a débouché sur un face à face de plus en plus tendu entre la police et plus de 200 manifestants, dont huit seront placés en garde à vue. Après une sommation très courte une première charge de police à 19 heures sur une soixantaine de militants du collectif anti-rafles de Montreuil a été suivie d’autres charges jusqu’à 23 heures, le groupe de manifestants se renforçant au fur et à mesure. La police a fait usage de flash-ball et de gaz lacrymogènes à plusieurs reprises.
Des manifestants témoignent des événement qui ont suivi le rassemblement spontanné devant le commissariat : « Peu après, le commissaire sort avec une écharpe tricolore et un mégaphone. Dans le même temps, il ordonne de quitter les lieux et envoie sa horde de flics. Plusieurs dizaines de policiers sortent subitement du commissariat. Ils ne viennent pas pour nous dégager mais bel et bien pour nous tabasser et faire quelques arrestations pour l’exemple. Réprimer ceux qui à Montreuil, dans les foyers, dans les quartiers, jour après jour s’organisent contre les rafles, contre les expulsions. Ils nous coincent contre les voitures et se lâchent : au hasard, dans le tas, coups de matraque, tirs de flash-ball à bout portant, gaz lacrymogène au visage… Peu en sortiront indemnes. Huit personnes sont arrêtées dont trois sans-papiers. Ici il s’agit de nous faire baisser la tête par les coups, les humiliations, l’enfermement.
La colère est à son comble. La nouvelle se propage partout. Des centaines de personnes affluent de Montreuil et de ses environs. Un grand feu est allumé au milieu de la rue du commissariat. Les lampadaires sont éteints pour empêcher la police de filmer la scène depuis les toits. Des palissades du coeur de ville sont mises à terre. Des poubelles brûlent.
Toujours aussi armée, la police (la BAC) charge et repousse une partie des manifestants jusqu’à la Croix de Chavaux. Deux nouvelles personnes seront arrêtées pendant la nuit. (…) Ils arrêtent un jeune, le fils d’un copain militant associatif bien connu à Montreuil, qui filmait ce qui se passait ce soir. (…) Mais Montreuil est debout. La mobilisation ne faiblit pas. On continue d’arriver devant le commissariat. On crie pour la libération des camarades interpellés, contre les rafles, les expulsions, contre la police. (…) Après négociation avec Dominique Voynet, l’avocate de retour de l’hôpital a pu rentrer dans le commissariat pour rencontrer les gardes à vue. (…)
À deux heures du matin, devant l’ampleur de la mobilisation, la police cède et libère six personnes. Et deux autres, le matin, dont l’une avec une convocation. Sauf qu’il reste aujourd’hui trois personnes détenues, toutes sans-papiers. Là encore, quand les plus écrasés sortent de l’ombre, s’organisent contre le sort qui leur est réservé, la répression s’abat violemment sur eux. Nous avons besoin de tous pour libérer nos camarades arrêtés. »
Pendant plusieurs heures, la sénatrice-maire Dominique Voynet (Verts), accompagnée de plusieurs élus, écharpes tricolores sorties, s’est interposée et a réclamé la libération des personnes arrêtées. Le député Jean-Pierre Brard (PCF) était également présent.
À minuit et demi, une centaine de personnes attendaient la sortie, annoncée par Mme Voynet à l’issue d’une entrevue avec le directeur de la Sécurité publique de Seine-Saint-Denis, de six personnes placées en garde à vue pour “délit d’entrave” et “refus de se disperser après sommation”.
Pour deux autres manifestants, un sans-papiers soupçonné d’avoir frappé un policier, et un jeune homme qui aurait jeté un projectile, la garde à vue devait se prolonger, a indiqué Mme Voynet aux manifestants.
BILAN
Les six libérés ont tous accusés été d’avoir participer à une manifestation armée (brandir des casseroles en tapant dessus est devenu par magie une arme...). Un des sans-papiers est resté à l’hôpital, deux autres, maintenus en incarcération. Outre leur situation irrégulière, il est reproché aux trois sans-papiers les délits d’“entrave à la circulation” et de “participation à un attroupement après sommation de dispersion”. Deux ont également été renvoyés devant le tribunal pour des “violences volontaires” sur policier et “dégradations”, a précisé le parquet alors que selon leurs avocats les violences ne sont imputées qu’à un seul sans-papier.
Depuis jeudi, cinq personnes ont déposé plainte à l’IGS (police des police), selon Elise Vallois, avocate et elle-même auteur d’une plainte, qui précise que des ITT de trois à dix jours ont été constatées.
Le fait que les sans-papiers aient été, et eux seuls, renvoyés en comparution immédiate indignait vendredi leurs soutiens présents au tribunal correctionnel de Bobigny. Finalement le tribunal a décidé vendredi de reporter au 4 juillet le procès des trois sans-papiers arrêtés, et les a remis en liberté, les autres personnes avaient été remises en liberté dans la nuit.
L’avocate d’un sans-papiers a dénoncé “un écrémage”.
JUSQU’OÙ IRA LA PRESSION POLICIÈRE ?
La répression du rassemblement de Montreuil s’est déroulée dans un contexte d’accroissement de la pression policière sur les sans-papiers de cette municiplalité Mercredi 7 mai, la police arrêtait un habitant de Montreuil, Tayourou DRAME, à quelques mètres du foyer Rochebrune, où il réside depuis de nombreuses années. Après 24 heures de garde-à-vue, le commissariat le transférait au camp de rétention de Bobigny.
Jeudi 15 mai, un contrôle d’identité massif au faciès était organisé par une vingtaine de policiers aux sorties du métro Croix de chavaux, tandis que des flics en civils patrouillaient sur le quai. Au moins deux personnes ont alors été embarqué, l’une relâchée peu de temps après, l’autre dont on est sans nouvelles.
Vendredi 16 mai, c’est un autre habitant de Montreuil, résidant lui aussi au foyer Rochebrune, qui était pris en chasse par la police dans une rue avoisinante, est arrêté dans un club de tennis privé où il s’était réfugié. Des témoins présents sur place nous ont raconté qu’il fut alors copieusement insulté, et menacé de mort par l’un des policiers s’il cherchait à s’enfuir. Il a alors été embarqué au commissariat, et nous sommes depuis sans nouvelle de lui.
À Montreuil, comme ailleurs, on le sait, de nombreuses personnes sont toujours et depuis des années maintenues dans la peur quotidienne et les discriminations face aux administrations et aux patrons, car la préfecture du 93 et le gouvernement en général refusent de les prendre en compte et de leur donner des titres de séjours qui leur permettraient de vivre comme tout le monde.
[Source : Indymedia]
RÉACTION DE DOMINIQUE VOYNET, MAIRE DE MONTREUIL
Pour Mme Voynet, la police « interprète comme du harcèlement et une atteinte à l’ordre public ce que les manifestants considèrent comme une contestation pacifique ». La situation s’est radicalisée parce que « depuis plusieurs semaines, la police multiplie les arrestations de sans-papiers. (…) » « Ca fait des semaines que l’on procède dans Montreuil à des arrestations à la suite de contrôles d’identité, c’est une sorte de loterie », a déclaré Mme Voynet sur France Inter mettant en cause « une politique arbitraire, une sorte de loterie à l’inefficacité prouvée ».
« Pendant que les forces de police sont mobilisées pour aller pêcher au hasard dans la foule des sanspapiers, elles ne sont pas suffisamment présentes dans nos quartiers où on a aussi besoin d’elles », a-t-elle déploré.
Évoquant le cas de salariés sans-papiers « qui travaillent parfois depuis 15 ans en France », la maire de Montreui a dénoncé le fait que d’un côté on tienne « un discours assez ouvert qui donne à penser que le dialogue s’est instauré » alors que « de l’autre côté (il y a) une vraie difficulté à régulariser ces gens qui sont là et dont on sait très bien qu’ils ne repartiront pas ».
[Sources : France inter, L’Express]



