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La nuit du mercredi au jeudi 6 juin, des manifestants qui protestaient contre
les rafles qui ont lieu quotidiennement à Montrreuil et exigeait la libération
d’un sans papier arrêté le jour même se sont affrontés à la police pendant
plusieurs heures.

Ce mercredi, un rassemblement était organisé à 16 heures devant un foyer de
travailleurs étrangers pour dénoncer des rafles quotidiennes de sans-papiers.

Peu avant ce rendez-vous une personne en situation irrégulière a éte interpellée.

Suite à cet acte qui a toutes les apparence d’une provocation, un rassemblement
pour réclamer sa libération s’est alors improvisé devant le commissariat
de cette ville de Seine-Saint-Denis. La manifestation de solidarité a débouché
sur un face à face de plus en plus tendu entre la police et plus de 200 manifestants,
dont huit seront placés en garde à vue. Après une sommation très
courte une première charge de police à 19 heures sur une soixantaine de militants
du collectif anti-rafles de Montreuil a été suivie d’autres charges jusqu’à
23 heures, le groupe de manifestants se renforçant au fur et à mesure. La police
a fait usage de flash-ball et de gaz lacrymogènes à plusieurs reprises.

Des manifestants témoignent des événement qui ont suivi le rassemblement
spontanné devant le commissariat : « Peu après, le commissaire sort avec une
écharpe tricolore et un mégaphone. Dans le même temps, il ordonne de quitter les
lieux et envoie sa horde de flics. Plusieurs dizaines de policiers sortent subitement du
commissariat. Ils ne viennent pas pour nous dégager mais bel et bien pour nous tabasser
et faire quelques arrestations pour l’exemple. Réprimer ceux qui à Montreuil, dans
les foyers, dans les quartiers, jour après jour s’organisent contre les rafles, contre les
expulsions. Ils nous coincent contre les voitures et se lâchent : au hasard, dans le tas,
coups de matraque, tirs de flash-ball à bout portant, gaz lacrymogène au visage… Peu
en sortiront indemnes. Huit personnes sont arrêtées dont trois sans-papiers. Ici il
s’agit de nous faire baisser la tête par les coups, les humiliations, l’enfermement.

La colère est à son comble. La nouvelle se propage partout. Des centaines de personnes
affluent de Montreuil et de ses environs. Un grand feu est allumé au milieu de la
rue du commissariat. Les lampadaires sont éteints pour empêcher la police de filmer
la scène depuis les toits. Des palissades du coeur de ville sont mises à terre. Des poubelles
brûlent.

Toujours aussi armée, la police (la BAC) charge et repousse une partie des manifestants
jusqu’à la Croix de Chavaux. Deux nouvelles personnes seront arrêtées pendant
la nuit. (…) Ils arrêtent un jeune, le fils d’un copain militant associatif bien
connu à Montreuil, qui filmait ce qui se passait ce soir. (…) Mais Montreuil est
debout. La mobilisation ne faiblit pas. On continue d’arriver devant le commissariat.
On crie pour la libération des camarades interpellés, contre les rafles, les expulsions,
contre la police. (…) Après négociation avec Dominique Voynet, l’avocate de retour
de l’hôpital a pu rentrer dans le commissariat pour rencontrer les gardes à vue. (…)

À deux heures du matin, devant l’ampleur de la mobilisation, la police cède et libère
six personnes. Et deux autres, le matin, dont l’une avec une convocation. Sauf qu’il
reste aujourd’hui trois personnes détenues, toutes sans-papiers. Là encore, quand les
plus écrasés sortent de l’ombre, s’organisent contre le sort qui leur est réservé, la
répression s’abat violemment sur eux. Nous avons besoin de tous pour libérer nos
camarades arrêtés. »

Pendant plusieurs heures, la sénatrice-maire Dominique Voynet (Verts),
accompagnée de plusieurs élus, écharpes tricolores sorties, s’est interposée et a
réclamé la libération des personnes arrêtées. Le député Jean-Pierre Brard (PCF)
était également présent.

À minuit et demi, une centaine de personnes attendaient la sortie, annoncée
par Mme Voynet à l’issue d’une entrevue avec le directeur de la Sécurité publique
de Seine-Saint-Denis, de six personnes placées en garde à vue pour “délit d’entrave” et “refus de se disperser
après sommation”.

Pour deux autres manifestants, un
sans-papiers soupçonné d’avoir frappé
un policier, et un jeune homme qui
aurait jeté un projectile, la garde à vue
devait se prolonger, a indiqué Mme
Voynet aux manifestants.

 BILAN

Les six libérés ont tous accusés été
d’avoir participer à une manifestation
armée (brandir des casseroles en
tapant dessus est devenu par magie
une arme...). Un des sans-papiers est
resté à l’hôpital, deux autres, maintenus
en incarcération. Outre leur situation
irrégulière, il est reproché aux
trois sans-papiers les délits d’“entrave
à la circulation” et de “participation à
un attroupement après sommation de
dispersion”. Deux ont également été
renvoyés devant le tribunal pour des
“violences volontaires” sur policier et
“dégradations”, a précisé le parquet
alors que selon leurs avocats les violences
ne sont imputées qu’à un seul
sans-papier.

Depuis jeudi, cinq personnes ont
déposé plainte à l’IGS (police des
police), selon Elise Vallois, avocate et
elle-même auteur d’une plainte, qui
précise que des ITT de trois à dix jours
ont été constatées.

Le fait que les sans-papiers aient été,
et eux seuls, renvoyés en comparution
immédiate indignait vendredi leurs
soutiens présents au tribunal correctionnel
de Bobigny. Finalement le tribunal
a décidé vendredi de reporter
au 4 juillet le procès des trois sans-papiers
arrêtés, et les a remis en
liberté, les autres personnes avaient
été remises en liberté dans la nuit.

L’avocate d’un sans-papiers a dénoncé
“un écrémage”.

JUSQU’OÙ IRA LA PRESSION POLICIÈRE ?

La répression du rassemblement de
Montreuil s’est déroulée dans un
contexte d’accroissement de la pression
policière sur les sans-papiers de
cette municiplalité
Mercredi 7 mai, la police arrêtait un
habitant de Montreuil, Tayourou
DRAME, à quelques mètres du foyer
Rochebrune, où il réside depuis de
nombreuses années. Après 24 heures
de garde-à-vue, le commissariat le transférait au camp de rétention de Bobigny.

Jeudi 15 mai, un contrôle d’identité massif au
faciès était organisé par une vingtaine de policiers
aux sorties du métro Croix de chavaux,
tandis que des flics en civils patrouillaient sur
le quai. Au moins deux personnes ont alors été
embarqué, l’une relâchée peu de temps après,
l’autre dont on est sans nouvelles.

Vendredi 16 mai, c’est un autre habitant de
Montreuil, résidant lui aussi au foyer
Rochebrune, qui était pris en chasse par la
police dans une rue avoisinante, est arrêté
dans un club de tennis privé où il s’était réfugié.
Des témoins présents sur place nous ont
raconté qu’il fut alors copieusement insulté, et
menacé de mort par l’un des policiers s’il cherchait
à s’enfuir. Il a alors été embarqué au
commissariat, et nous sommes depuis sans
nouvelle de lui.

À Montreuil, comme ailleurs, on le sait, de
nombreuses personnes sont toujours et depuis
des années maintenues dans la peur quotidienne
et les discriminations face aux administrations
et aux patrons, car la préfecture du
93 et le gouvernement en général refusent de
les prendre en compte et de leur donner des
titres de séjours qui leur permettraient de vivre
comme tout le monde.

[Source : Indymedia]

 RÉACTION DE DOMINIQUE VOYNET, MAIRE DE MONTREUIL

Pour Mme Voynet, la police « interprète comme
du harcèlement et une atteinte à l’ordre public ce
que les manifestants considèrent comme une
contestation pacifique »
. La situation s’est radicalisée
parce que « depuis plusieurs semaines, la
police multiplie les arrestations de sans-papiers.
(…) »
« Ca fait des semaines que l’on procède
dans Montreuil à des arrestations à la suite de
contrôles d’identité, c’est une sorte de loterie »
, a
déclaré Mme Voynet sur France Inter mettant
en cause « une politique arbitraire, une sorte de
loterie à l’inefficacité prouvée ».

« Pendant que les forces de police sont mobilisées
pour aller pêcher au hasard dans la foule des sanspapiers,
elles ne sont pas suffisamment présentes
dans nos quartiers où on a aussi besoin d’elles »
,
a-t-elle déploré.

Évoquant le cas de salariés sans-papiers « qui
travaillent parfois depuis 15 ans en France »
, la
maire de Montreui a dénoncé le fait que d’un
côté on tienne « un discours assez ouvert qui
donne à penser que le dialogue s’est instauré »

alors que « de l’autre côté (il y a) une vraie difficulté
à régulariser ces gens qui sont là et dont on
sait très bien qu’ils ne repartiront pas ».

[Sources : France inter, L’Express]


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