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Après avoir instrumentalisés la xénophobie à des fins électorales pendant la dernière campagne des législatives, nombre de membres de la nouvelle majorité italienne de droite ont continué leur propagande haineuse en stigmatisant notamment les nomades. Ainsi, le parlementaire de la Ligue du Nord Matteo Salvini a-t-il déclaré, il y a quelques mois, que les « rats (…) sont plus faciles à chasser que les Rroms ».

 

  Indignation internationale

Dans ce contexte, l’annonce par le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni qu’il allait envoyer les forces de l’ordre dans les camps pour relever les empreintes digitales des adultes et des enfants rroms a provoqué un tollé en Italie et en Europe.

En Italie, la Fondations Migrantes, organisme pastoral de la Conférence épiscopale italienne, a vivement dénoncé le relevé d’empreintes sur les enfants des camps nomades ordonné par le gouvernement, en soulignant la « xénophobie » et la « discrimination raciale » inhérente à ces mesures. Selon la fondation « le risque est que quelques catégories comme les immigrés et les Rroms deviennent les boucs émissaires des maux de notre société qui ont des racines bien plus profondes ».

Jeudi 10 juillet, les eurodéputés ont réclamé dans une résolution la fin de la prise des empreintes digitales de la population rrom en Italie, y voyant « un acte de discrimination directe » fondé sur la race et l’origine ethnique.

La Commission européenne, inquiète des « risques » de la décision italienne de ficher les habitants des camps, attend de Rome un « rapport complet » d’ici la fin du mois de juillet pour juger de la légalité de ces mesures. Bucarest, pour sa part a fait part de son « inquiétude » à Rome dans cette affaire.

Trois experts des Nations Unies sur le racisme, les droits des minorités et des migrants ont également exprimé mardi leur « grave préoccupation face aux récentes actions, déclarations et propositions visant la communauté et les migrants Rroms en Italie »

  La Croix-Rouge se compromet

Face à ce tollé, le gouvernement Berlusconi n’a pas renoncé à son projet de fichage des Rroms mais il en a confié l’exécution à la Croix rouge italienne !

Ainsi, la Croix-Rouge italienne a-t-elle entamé le recensement controversé des habitants des camps de nomades à Rome en se rendant d’abord dans un campement situé dans la périphérie nord-ouest de la capitale. Les opérateurs de la Croix-Rouge, sont intervenus avec le soutien de « médiateurs culturels ».

« Nous n’obligeons personne (à être recensé). L’adhésion à cet essai est volontaire », a prétendu le président de la Croix-Rouge romaine, Fernando Capuano, présent dans le premier camp contrôlé où vivent une cinquantaine de Rroms Bosniaques. Il a tenu à souligner que la Croix-Rouge était notamment chargée recueillir des données relatives à l’état civil et la santé (vaccins, maladies éventuelles). Ces données seront rassemblées dans une base informatique qui pourra être consultée sur autorisation de la magistrature, indique l’Ansa.

Les allégation de la Croix-Rouge concernant le caractère facultatif du recensement qu’elle conduit sont sujettes à caution, voire mensongère. En effet, la Croix-Rouge et les médiateurs culturels étaient « accompagnés » par des carabiniers, en civil, qui suivaient les opérations. Ceux ci, qui se sont montré discret lors du premier contrôle et seraient, chargés de s’occuper de ceux qui ne voudront pas fournir les informations demandées. Quant à ceux qui ont des antécédents judiciaires, ils pourront être expulsés en tant que « personnes dangereuses ».

  Raciste, moi ? jamais !

En dépit de ses actes, le gouvernement Italien dénie avec fermeté les accusations de racisme. Le ministre des affaires européennes, Andrea Ronchi, a ainsi dit qu’il considérait la résolution du Parlement constituait comme « l’un des pires aspects de la politique de l’Union européenne ». Le ministre de l’intérieur et haut responsable de la Ligue du Nord, mouvement populiste et xénophobe, a indiqué, lui, que « le recensement des Roms permet de protéger leurs enfants contre des abus, comme la mendicité, et de favoriser leur scolarité ». Lundi 14 juillet, il a même prophétisé que le modèle de recensement italien finira par être reconnu et adopté par les autres pays européens, afin d’affronter au mieux la question des nomades.

M. Maroni a annoncé qu’il enverrait un premier rapport sur le recensement à la Commission européenne d’ici à fin juillet et que, pour la mi-octobre, toutes les opérations seront complétées. Débutera alors, toujours selon le ministre, le deuxième volet du recensement, soit « la scolarisation des enfants » et « la fermeture des campements sauvages ».

  Émotion dans les communautés rroms

Dans le premier camp inspecté de Corviale, le groupe de volontaires de la Croix-Rouge italienne a fait irruption au milieu d’une quinzaine de camionnettes et camping-cars stationnée depuis une semaine. Les familles installées provisoirement à cet endroit, s’attendaient à voir débarquer la police. « Il y avait des flics mais ils étaient en civil », a assuré une jeune femme. Les membres de la Croix-Rouge se sont présentés en proposant aux familles de se faire volontairement enregistrer : nom, prénom, nationalité, situation scolaire et sanitaire. « Ils ne nous ont pas pris nos empreintes digitales », ont précisés les résidents contrôlés.

Ailleurs, à Naples ou à Milan, ce sont les forces de l’ordre qui, dans les dernières semaines, ont mené les opérations d’identification voulues par le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi.

Parmi les communautés rroms, l’initiative, et surtout la campagne de stigmatisation, ont laissé des traces et beaucoup de soupçons, rapporte un correspondant de Libération qui a rencontré les Rroms du camp de Corvialé. « Le fichage, c’est pas ça le problème », précise Naser Osmanovic, l’autorité morale de la petite communauté de Rroms bosniaques. Il tente de calmer sa communauté et d’organiser le dialogue. « On ne sait pas pourquoi les Italiens viennent nous contrôler, on ne sait pas si c’est dangereux », déclare un jeune. « Nos enfants sont nés en Italie et jusqu’à présent personne ne s’est occupé de nous », précise un autre.

Rusic est tenté de faire des Rroms roumain le bouc émissaire de la situation que vie sa communauté rrom bosniaque. « Depuis qu’ils sont arrivés en Italie, la situation s’est compliquée pour nous. » « Cela fait sept ans que notre situation est devenue plus difficile. » Mais Naser corrige : « La police a détruit notre campement de via Muratello, où certaines familles étaient installées depuis près de trente ans. Depuis, on doit changer d’emplacement régulièrement. On ne demande qu’une petite aire aménagée pour se stabiliser, envoyer les enfants à l’école. A quoi serviront les fiches de la Croix-Rouge ? A informer les autorités ? A nous faire avoir des papiers en règle ? » s’interroge-t-il, dubitatif.

Rusic dénonce, quant à lui l’agressivité renforcée de la police et l’hostilité croissante d’une partie de la population. En mai dernier, à Naples, un campement a été incendié et nombre de nomades ont préféré quitter la ville. Mardi, un autre regroupement de Rroms a été attaqué, à Rome cette fois, dans le quartier de la Magliana, à quelques kilomètres de Corviale. « Trois voitures se sont arrêtées et trois cocktails molotov ont été jetés », raconte un témoin. Personne n’a été blessé mais le feu s’est rapidement propagé autour des baraques. Le maire (Alliance nationale) de Rome, Gianni Alemanno, s’est immédiatement rendu sur les lieux pour assurer la petite communauté de sa solidarité, déclarant que « les responsables [seraient] punis ».

  Partir ?

Dans ce climat délétère, certain pensent quitter l’Italie, Naser Osmanovic a pris sa décision : « Dès que j’ai assez d’argent pour mettre de l’essence dans mon camion, je pars vers le nord et quitte l’Italie. J’irai sans doute en France. »

Malheureusement en France aussi le gouvernement a ouvert la chasse aux Rroms !


[Source : Croix rouge italienne, ONU, Parlement Européen, AFP, La Croix, Le Monde, Libération, France 24]