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À Londres, aujourd’hui, le gouvernement de sa très gracieuse Majesté s’apprête à violer une des plus anciennes conventions humaines : l’inviolabilité des ambassades. Et pourquoi ? Parce que l’Équateur a mis sous sa protection, en lui accordant l’asile politique, Julian Assange, le fondateur de Wikileaks.

Or, depuis 1961, cette très ancienne coutume est formalisée par la Convention de Vienne, dont on trouvera les extraits ci-après.

À l’heure où l’on écrit, la police entoure l’ambassade équatorienne de Londres…

Les États Parties à la présente Convention,

Rappelant que, depuis une époque reculée, les peuples de tous les pays reconnaissent le statut des agents diplomatiques,

Conscients des buts et des principes de la Charte des Nations Unies concernant l’égalité souveraine des États, le maintien de la paix et de la sécurité internationales et de développement de relations amicales entre les nations,

Persuadés qu’une convention internationale sur les relations, privilèges et immunités diplomatiques contribuerait à favoriser les relations d’amitié entre les pays, quelle que soit la diversité de leurs régimes constitutionnels et sociaux,

Convaincus que le but desdits privilèges et immunités est non pas d’avantager des individus mais d’assurer l’accomplissement efficace des fonctions des missions diplomatiques en tant que représentant des États,

Affirmant que les règles du droit international coutumier doivent continuer à régir les questions qui n’ont pas été expressément réglées dans les dispositions de la présente Convention,

Sont convenus de ce qui suit :

Art. 22

1. Les locaux de la mission sont inviolables. Il n’est pas permis aux agents de l’État accréditaire d’y pénétrer, sauf avec le consentement du chef de la mission.

2. L’État accréditaire a l’obligation spéciale de prendre toutes mesures appropriées afin d’empêcher que les locaux de la mission ne soient envahis ou endommagés, la paix de la mission troublée ou sa dignité amoindrie.

3. Les locaux de la mission, leur ameublement et les autres objets qui s’y trouvent, ainsi que les moyens de transport de la mission, ne peuvent faire l’objet d’aucune perquisition, réquisition, saisie ou mesure d’exécution.

Wikileaks : malgré la décision de l’Équateur, Assange sera extradé, assure le Royaume-Uni

Le fondateur de WikiLeaks s’est réfugié à l’ambassade britannique de l’Equateur, qui lui a accordé l’asile. Mais le Royaume-Uni menace de faire sauter le statut diplomatique de l’ambassade pour pouvoir tout de même extrader Assange.

Julian Assange sera-t-il extradé ? Réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, le patron du site WikiLeaks demande l’asile politique à Quito pour échapper à un retour vers la Suède. À la grande joie de ses fans, sa requête a été entendue. Mais le Royaume-Uni n’en a cure : pour le Foreign office, asile politique ou non, Assange sera bien extradé.

L’ambassade, qui accueille ainsi Julian Assange depuis deux mois, était ainsi ce jeudi la cible de toutes les attentions. Plusieurs dizaines de manifestants et de journalistes, encadrés par des policiers, sont massés à l’heure de midi devant l’ambassade.

La présence policière a été renforcée – mais restait relativement discrète avec une vingtaine de policiers. La rue n’a pas été bouclée. Au fil de la matinée, le nombre de manifestants et de cameramen a nettement grossi. Trois manifestants ont déjà été arrêtés par la police.

Certains partisans de Julian Assange ont passé la nuit devant l’ambassade, alertés par la conférence de presse du ministre des Affaires étrangères équatorien à Quito mercredi soir faisant état d’une « menace » britannique d’envahir les lieux.

Tammy Samede, une militante du réseau « Occupy London », a campé sur place toute la nuit et espère « 450 manifestants dans la journée ». Elle interpelle un policier : « Vos enfants et vos petits-enfants devraient lui être reconnaissants ». « Je comprends », répond, placide, ce dernier. Ella, manifestante de 18 ans, souligne que « ce qu’a fait Assange est important et qu’on doit montrer sa solidarité ». Mark, 19 ans, se dit « prêt à se battre », car « la vie d’un homme est en jeu ». Les manifestants campent sur le trottoir opposé à l’ambassade, en écoutant de la musique. Des posters pro-Assange sont accrochés à des barrières métalliques, la plupart depuis plusieurs semaines. Angela Calle, 47, ans, une équatorienne installée à Londres depuis 22 ans, est venue avec sa fille Liliana, 24 ans, brandissant un drapeau équatorien. « Nous soutenons notre président et Julian », a indiqué Angela. « Les menaces britanniques (d’investir l’ambassade) sont une violation des droits de l’Homme », ajoute-t-elle.

Derrière cette décision de L’Equateur se cache un bras de fer diplomatique. Le gouvernement du Royaume-Uni fait pression sur Quito pour qu’Assange puisse être extradé vers la Suède, afin que la justice locale puisse suivre son cours. Le Foreign Office britannique a rendu publique jeudi une note rédigée après la rencontre de son chargé d’affaires à Quito avec des responsables équatoriens. La note confirme que Londres a averti Quito qu’une loi de 1987 l’autorise à lever si nécessaire le statut diplomatique de l’ambassade « pour agir et arrêter Julian Assange dans l’enceinte diplomatique ». Et, lorsque l’Equateur décide d’accorder l’asile politique, le Foreign office ne tarde pas à réagir, expliquant que la décision de l’Equateur « ne change rien », Assange sera extradé.

La Suède de son côté rejette « fermement toute accusation » selon laquelle sa justice ne garantit pas les droits de la défense, assure de son côté le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt. « Notre système juridique et constitutionnel solide garantit les droits de tout un chacun. Nous rejetons fermement toute accusation qui implique le contraire », explique-t-il sur son compte Twitter.

[Source : lexpress.fr]