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Puerta del Sol, l’acampada, non stop depuis le 17. Avec une garderie, des panneaux solaires pour alimenter les ordinateurs, des commissions communication et autres amusements, mais surtout une respiration puissante, non stop, la foule qui se presse, à toute heure, les discours, les applaudissements, les cris… Une énergie extraordinaire semble pouvoir sortir de là, suffisante pour renverser l’Espagne… Et pour renverser le monde ?

Incroyable moment. Nous le vivons. Moment unique dans l’histoire universelle, osons le dire ici. Et ce n’est 2012, la fin du monde annoncée, c’est 2011, un nouveau monde qui apparait.

On ne reviendra pas en arrière de ça. Désormais, il nous faut un nouveau contrat social. “C’est râpé vos trucs et manigances”, comme disait Ferré, ce camarade vitamine. “Vos démocraties…”

Il faut repenser tout ça, et vite. Mais nous avons tout notre temps aussi. Tout le temps de bien faire.

Car pour la première fois dans l’histoire du monde se produit une révolution sans préméditation. Avec seulement la tranquille assurance qu’il faut en finir avec l’escroquerie universelle.

Il n’y a pas de plans, pas de sales philosophes qui nous aient préconçus des voies toutes tracées.

Nous savons tout, mais notre pensée politique est encore dans l’enfance.

À Madrid, par exemple, on a dit qu’il y en a assez du système bi-partisan. C’est pas sot. Car partout, nos démocraties à la noix nous obligent toujours à voter pour un moindre mal, et quand ce moindre mal s’avère vraiment trop décevant, c’est à l’autre de faire tout le mal qu’il peut…

Ça suffit. En Islande, on tente de reprendre le système de Proudhon de la Banque du Peuple, convaincu qu’il faut détruire le système financier d’abord.

Partout, il faudra bien qu’on entende qu’il faut surtout, et avant tout, dé-mi-li-ta-ri-ser, car non seulement toute démocratie est impossible tant qu’une partie du peuple est armée et peut s’imposer par la force aux autres, mais tout ça coûte bien trop cher. Nos systèmes sont en faillite d’investir toujours des fortunes que nous n’avons pas pour des conneries sans nom qui feront pisser de rire dès qu’on aura récupéré assez de dignité pour les regarder en face.

Ah, bien sûr, nous savons que nous voulons tout, mais nous ne savons rien de ce que nous voulons...

C’est que l’État est finement agencé depuis des milliers d’années pour nous vendre ses savonnettes… L’armée et les flics… Mais aussi tous les travaux publics si souvent inutiles qui servent seulement à faire tourner sa planche à billets – et à nous ruiner un peu plus. Et tant d’autres choses encore…

On sait ce qu’on veut, mais le plus souvent on croit que c’est plus de protection de l’État qu’il nous faut… On pouvait être content, en Islande, d’entendre Toti, le révolutionnaire le plus déterminé de ce pays où il y en a d’autres, nous dire sans hésiter que le premier problème, après le système financier qu’il est décidé à détruire, que le premier piège c’est l’État-Providence... Décidément, il est pas con, ce Toti…

Mais pour revenir de l’illusion social-démocrate, il nous nous faudra mille ans. À moins que soudainement tout s’éclaire, et qu’on sache spontanément dessiner les chemins de l’intelligence. Pour un monde solidaire et libre.