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Les syndicats policiers dénoncent des quotas à respecter. Une directive policière serait affichée dans un commissariat de Vallecas, au sud-ouest de Madrid. Celle-ci recommande aux agents d’« interpeller des sans-papiers, quels qu’ils soient, en dehors du district s besoin est ». Il s’agit avant tout de faire du chiffre. Dans les pages du quotidien El Mundo, de nombreux témoignages de policiers préférant garder l’anonymat dénoncent les pressions.

James Aweya se souviendra douloureusement de son séjour à Madrid, où cet ingénieur en électronique était invité par un centre de recherche. La semaine dernière, ce Canadien de 47 ans d’origine ghanéenne se trouvait à l’aéroport de Barajas, sur le point de rentrer dans son pays. Soudain, des policiers le jettent au sol, lui passent les menottes et le rudoient violemment. Une bonne heure plus tard, James Aweya est relâché, sans recevoir aucune excuse. Les policiers se sont trompés de cible, ils cherchaient à interpeller un clandestin.

L’épisode, dont la presse s’est fait l’écho, illustre un scandale qui salit l’image « pro-immigrés » du gouvernement socialiste de José Luis Zapatero : la chasse aux clandestins pour remplir des quotas d’arrestations. Quitte à tomber dans le délit de faciès et, en fin de compte, à pratiquer l’amalgame entre étrangers illégaux et délinquants.

L’affaire éclate lorsque les médias divulguent une directive policière affichée dans un commissariat de Vallecas, au sud-ouest de Madrid. Celle-ci recommande aux agents d’« interpeller des sans-papiers, quels qu’ils soient, en dehors du district si besoin est ». Car il s’agit avant tout de faire du chiffre. Le quota dans ce commissariat est fixé à 35 détentions par semaine. Embarrassé, le ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, affirme dans un premier temps que « la police a des objectifs quantitatifs pour combattre les délits », une façon d’admettre l’existence d’une politique de quotas. Puis, il se ravise : « Aucun responsable policier n’a donné une telle consigne », laissant entendre que des gradés locaux sont à l’origine d’un dérapage isolé.

Mais ce n’est pas l’avis des trois principaux syndicats policiers. Ainsi, Alfredo Perdiguero, de l’Union fédérale de police, UFP, soutient que « chaque semaine le préfet de police donne l’ordre aux commissariats d’arrêter un certain nombre d’étrangers ». D’après lui, la pratique remonterait à octobre 2008 lorsque le préfet en question, Carlos Rubio, a été transféré de Valence, où il appliquait déjà cette mesure. Selon une autre source policière, les agents auraient pour consigne d’interpeller en priorité les sans-papiers marocains, car les démarches pour leur rapatriement seraient moins coûteuses que pour les Latino-Américains.

A la lumière des accusations qui se multiplient dans la presse, relayées par l’opposition de droite, il semble que cette traque aux clandestins s’étende à l’échelle nationale. Et les trois syndicats policiers d’assurer que les hauts responsables sont au courant de cette pratique, « en tout cas le directeur de la Police, Francisco Vazquez ».

Dans les pages du quotidien El Mundo, de nombreux témoignages de policiers préférant garder l’anonymat dénoncent des pressions. « On exerce sur nous une forme de chantage. Si on n’est pas disposé à arrêter des sans-papiers dans les parcs, les bouches de métro ou les locutorios (des cabines de téléphone pour étrangers), on nous menace de nous mettre à l’index ou de nous renvoyer », accuse l’un deux. Dans son commissariat, le quota est fixé à 25 détentions par mois. Mais, comme les délits ne sont pas fréquents dans sa zone, les agents sont priés d’aller « chasser des clandestins où bon leur semble ». Parfois, l’excès de zèle pousse des policiers à sévir dans les files d’attente de l’INEM (agence pour l’emploi espagnole) ou à l’entrée de certaines entreprises. « On nous oblige à arrêter non pas des délinquants étrangers, se plaint un autre agent, mais des employés d’origine étrangère qui vont pointer, la gamelle à la main. On doit les interpeller pour le simple fait qu’ils n’ont pas de papiers. »

Venant du gouvernement socialiste, cela étonne. Depuis son arrivée au pouvoir en 2004, le premier ministre José Luis Zapatero n’a eu de cesse de vanter l’apport positif des nombreux immigrés (8,8% de la population) dans l’économie espagnole. En 2005, alors que la croissance tutoie la barre des 4%, les socialistes légalisent en trois mois 580 000 sans-papiers, ce qui vaut alors à José Luis Zapatero des reproches rageurs du président Nicolas Sarkozy.

Mais la conjoncture a changé de façon radicale. Avec 14% de chômage – dont de nombreux immigrés –, Madrid applique désormais la fermeté : renforcement des contrôles aux frontières, séjour plus long dans les centres de détention, et rapatriements massifs (plus de 100 000 depuis 2007). Quant au ministre de l’Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba, il se présente comme « Monsieur efficacité » contre l’immigration illégale. El Pais, pourtant proche des socialistes, dénonce dans un éditorial les descentes policières en hausse contre les clandestins : « Le fait de ne pas avoir ses papiers en règle, c’est une faute administrative, pas un délit. Cela revient à associer l’immigré au délinquant. Le gouvernement doit mettre un terme à cette dérive sécuritaire. »

[source : TERRA]