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Depuis le début de l’année le parfum du jasmin tunisien embaume toute la Méditerranée, et bien au-delà. Du Caire à Damas, c’est des cadavres que sème la folie des tyrans qui ne se résignent pas à rendre aux peuples la maîtrise de leurs destins.

Les centaines de morts de la révolution égyptienne sont parvenus à pousser Moubarak jusqu’à Charm el Sheik. Kadhafi promet à son peuple encore beaucoup de guerre et de sang – d’autant plus que la communauté internationale est résolue à lui laisser une chance de se maintenir le plus longtemps possible, à n’importe quel prix, ainsi que les atermoiements d’Alain Juppé le montrent amplement.

À Bahrein comme au Yémen, le droit de la force sera parvenu à protéger les autocrates à ce jour – comme à Pékin.

Mais c’est en Syrie qu’il faut craindre le pire. Haffez el Assad, père de l’actuel l’actuel dictateur, avait indiqué la recette en massacrant une ville entière il y a moins de trente ans.

Bachir suit l’exemple de son père en tous points – en étouffant son pays comme en massacrant son peuple.

Khaled Sid Mohand, journaliste franco-algérien (dont l’erreur serait d’avoir conservé sa nationalité algérienne de naissance) a été arrêté par la police de Bachir.

Notre ami Bruno Boudiguet se souvient de son ami Khaled.

D’autres avec lui demandent sa libération.

Il faut qu’il soit libéré sans attendre.

Paris s’éveille

La Syrie en proie à des répressions sanglantes

23 avril 2011 22:05

La répression des manifestations aurait fait plus de 300 morts en cinq semaines.

Une douzaine de personnes ont perdu la vie samedi en Syrie. Les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des insurgés lors des funérailles de manifestants. Des accrochages ont eu lieu à Damas, à Deraa, à Douma et aux environs d’Izra’a (sud). Deux députés et un religieux ont démissionné pour protester contre la répression.

« Vive la Syrie ! À bas le boucher Bachar el Assad, le traître à son pays ! », ont scandé samedi des milliers de personnes à Izra’a aux obsèques de manifestants abattus la veille par les forces de sécurité.

« Nous avons essuyé une série de coups de feu alors que nous approchions d’Izra’a pour participer aux funérailles des martyrs », ont expliqué des contestataires. Les forces de sécurité ont également fait feu sur un cortège funèbre à Harasta, près de la capitale Damas, où a eu lieu un « sit-in » visant à obtenir la libération d’insurgés arrêtés ces dernières semaines. Des manifestants ont occupé d’autres locaux après les obsèques de quatre habitants d’Irbine, non loin de Damas.

La journée de vendredi a de loin été la plus sanglante après plus d’un mois de manifestations en Syrie. Au moins cent personnes y ont trouvé la mort sous les balles de la police, ont indiqué samedi des membres d’ONG.

Depuis le début des troubles le 18 mars, le bilan total des victimes s’établit à 300 morts, toujours selon des ONG.

L’atmosphère demeurait tendue samedi à Damas. Beaucoup d’habitants sont restés chez eux. « Cela fait boule de neige. La colère monte, la rue est en ébullition », a indiqué un des manifestants.

Plusieurs démissions

Deux députés, originaires de Deraa, la ville où a commencé la contestation, ont annoncé samedi sur la chaîne de télévision al Jazira qu’ils démissionnaient pour protester contre le bilan de la répression. « La méthode sécuritaire ne marche pas », a dit l’un d’eux, Khalil al Rifaei.

Les parlementaires syriens sont désignés de fait par les autorités. Jamais apparemment une démission n’avait été enregistrée parmi eux jusqu’au mouvement de contestation qui a lieu aujourd’hui en Syrie.

Une autre démission a fait grand bruit samedi, celle de Rizik Abdel-Rahim Abazid, le mufti de la province de Deraa nommé par le gouvernement, la plus haute autorité religieuse de la ville. Il a démissionné en signe de protestation. « Il faut absolument que les autorités répondent à toutes les demandes » du peuple, a-t-il dit.

Mesure « inutile »

La levée de l’état d’urgence en vigueur depuis 1963 en Syrie, promulguée jeudi par le président Assad, est la plus grande concession du régime depuis le début des manifestations.

Les militants regroupés dans les Comités de coordination locaux ont jugé « inutile » la mesure prise par le président syrien sans la libération de milliers de prisonniers politiques, dont la plupart n’ont pas été jugés, et le démantèlement de l’appareil de sécurité.

Les militants ont fait savoir que l’abolition du monopole exercé par le parti Baas sur le pouvoir et la création d’un système démocratique étaient essentiels pour que cesse la répression.

Pour Malcolm Smart, directeur d’Amnesty International pour le Proche-Orient et l’Afrique du nord, « les autorités doivent cesser de s’en prendre à des manifestants pacifiques et permettre aux Syriens de se réunir librement comme le prévoit le droit international ».

[Source : TSR, agences]

Une lettre de Bruno Boudiguet pour son ami Khaled Sid Mohand, prisonnier de Bachir el-Assad

J’ai appris hier soir que mon très cher ami Khaled Sid Mohand, journaliste à France Culture, est incarcéré dans les geôles de Bachar El-Assad. (…)

Je suis triste de ne l’avoir appris qu’hier soir, alors qu’il est emprisonné depuis le 9 avril. Je ne lis pas beaucoup les journaux ces derniers temps. pourtant un journaliste français ou occidental emprisonné en Syrie, ça se saurait, me dis-je. Je regarde i-télé tous les jours. J’oubliais qu’il n’a pas la nationalité française. Je l’ai appris un jour en discutant du 21 avril avec lui. Il a quarante ans, a vécu en France de l’âge de six ans jusqu’à il y a deux ans, où il s’est installé en Syrie. Ma culture politique, celle qui m’a amené à lire Verschave, à m’engager contre la Françafrique, je la lui dois en grande partie. La dernière fois que j’ai tchatté avec lui sur Facebook, je n’ai pas osé parler de la situation en Syrie à cause du flicage de l’internet. Il prévoyait de partir pour suivre les événements en Algérie ou en Lybie. Mais j’avais un mauvais pressentiment. Du moins j’espérais que malgré la tentation, il ne s’engagerait pas dans des reportages là-bas, au moment où Bachir El-Assad prévenait qu’il n’allait pas se laisser faire comme Ben Ali, qu’il tirerait directement sur les manifestants. Faire son travail de journaliste dans un pays étranger où l’on vit, où on est fiché, c’est toujours risqué. Surtout quand on est l’un des seuls sur place, sur un sujet qui ne se traite que dans une relative indifférence. D’ailleurs, c’est chez lui que les policiers sont venus le chercher. A-t-il été torturé ? On sait qu’il est vivant, car deux personnes ayant été libérées dernièrement l’ont aperçu. À part ça, aucune nouvelle, aucun motif d’arrestation, pas d’avocat. Disparu. Un comble pour celui qui avait sorti l’un de ses plus beaux reportages sur les femmes de disparus en Algérie, « les folles d’Alger ».

Malgré tout, il y a eu un message sur le site du Monde, c’est en Une sur le site de France Culture, avec un « Rebonds » dans Libé (cf texte de l’appel ci-dessous). Pardonnez-moi, j’ai envie de hurler, de voir Khaled Aubenas sur toutes les télés.

À bientôt,

Bruno

Libération 22/04/2011

Journaliste enlevé en Syrie : les amis de Khaled Sid Mohand demandent sa libération

Par UN COLLECTIF

Depuis le samedi 9 avril, Khaled Sid Mohand, journaliste indépendant installé à Damas, a disparu. Il est détenu depuis quinze jours dans une prison syrienne. Sans raison, sans explication, impossible d’en savoir plus sur les motifs de cette arrestation. Il partage le sort de beaucoup d’autres manifestants, journalistes, blogueurs ou intellectuels dissidents en Syrie. Installé à Damas depuis deux ans, il se devait de relater les bouleversements actuels en Syrie en collaborant notamment pour le Monde et France Culture. À l’annonce de son arrestation, la consternation et l’inquiétude ont pris place dans les esprits de ses amis journalistes, reporters, producteurs de radio, ainsi que dans ceux des étudiants du master de journalisme francophone de l’université libanaise où Khaled enseignait. Animant les sessions d’investigation et de radio, Khaled Sid Mohand est apparu aux yeux des étudiants libanais « comme étant un journaliste d’une grande rigueur, armé de principes éthiques qu’il [nous] transmettait. Observateur d’un monde qu’il essayait d’entrevoir sans idées reçues, notamment sur son pays d’accueil, la Syrie, qu’il considérait comme un pays « beau à vivre » et qu’il fallait aborder avec recul et sans préjugés ».

Khaled Sid Mohand est un journaliste formé par les chemins de traverse. Né en Algérie, installé en France à partir de l’âge de six ans et profondément attaché à l’Algérie, Khaled a étudié la philosophie à l’université Paris-VIII où il a été marqué aussi bien par le soufisme de Zouzi-Chebbi que par les leçons d’Alain Badiou. Son souci farouche de ne dépendre de personne l’a conduit aussi bien à pêcher au large de l’Alaska où il acquiert un excellent anglais qu’à se présenter en candidat libre à France Culture il y a plus de dix ans. Il a apporté beaucoup à cette station, qui lui en est redevable. Attentif aux singularités, qu’il s’agisse des Palestiniens ou des chrétiens en Syrie ou en Irak, des Chinois en Algérie ou des filles des banlieues françaises, il a produit de nombreux documentaires qui déplaçaient les points de vue.

Il a d’abord fréquenté la Syrie pour y parfaire son arabe. En même temps qu’il y lisait l’orientaliste Louis Massignon, le grand défenseur des indépendances arabes, il y a produit un magnifique documentaire sur la fonction de refuge de la Syrie : le corridor sous les miradors à la frontière de l’Irak, des milliers de Palestiniens entre attente et espoir... « Je me souviens, écrit Pierre Chevalier, du chant des norias à Hama et des jeunes enfants qui se hissaient au sommet des roues antiques et se jetaient dans l’eau fraîche du Styx. » Comme Radio France, Reporters sans frontières, Le Monde et l’université Paris-VIII, nous demandons sa libération.

Signataires : Alain Badiou (professeur émérite ENS Ulm), Pierre Chevalier (Arte France), Jean Lebrun (France Inter), Comité de soutien à Khaled Sid Mohand (fatimasissani@hotmail.com), Reporters sans frontières, Marc Voinchet (France Culture), Stéphane Douailler (Philosophie, Paris-VIII), Mohammed Zouzi-Chebbi (docteur en philosophie, Paris-VIII), Marie Cuillerai (Philosophie, Paris-VIII), Julien Le Bot (journaliste), Hélène Hazera (France Culture), Guillaume Baldy (France Culture), Raphaël Krafft (journaliste), Alexandre Héraud (France Culture), Emmanuel Laurentin (France Culture).