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À la Bourse du travail occupée depuis le 2 mai dernier par des centaines de sans-papiers en lutte, il n’y a toujours pas de chauffage ! Alors que les températures parisiennes sont régulièrement en dessous de zéro en ce début d’année, les gestionnaires du bâtiment laissent les occupants mourir de froid. Rappelons que son propriétaire, la mairie de Paris, est le premier responsable de cet état de fait. Sans oublier l’Union départementale CGT, principal bénéficiaire de ces lieux, également en première ligne dans la liste de ceux qui pourraient quelque chose pour faire cesser ce scandale.

Dans une lettre-ouverte publiée ci-dessous, la CSP 75 interpelle ces diverses autorités, et dénonce les mensonges cyniques de ceux qui leur auront prétendu qu’il n’y a pas de chauffage dans ce bâtiment. Les autorités sont désormais face à leurs responsabilités. Rappelons que la non-assistance à personne en danger est un délit. Il s’agit là de plus d’un crime politique. Espérons que le bon sens s’impose, et que la simple mesure de rétablissement du chauffage dans cet immense dortoir soit prise au plus tôt, avant que les responsables de cette situation scandaleuse ait à en répondre.

Les occupants de la Bourse du travail appellent à manifester, vendredi 9 janvier, devant l’Hôtel de Ville, où ils demandent à être reçus « pour résoudre ce problème devenu vraiment grave ». Départ de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, à 14 heures.

Départ de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, à 14 heures.

À M. Bertrand Delanoë, maire de Paris
À Monsieur Aidenbaum, maire du 3e arrondissement de Paris
À Monsieur Patrick Picard, secrétaire UD-CGT de Paris

Messieurs,

Par la présente nous vous signalons les faits suivants :

Deux messieurs, Vincent et Masri, le premier se qualifiant comme « responsable de sécurité » pour la mairie de Paris concernant la Bourse du travail, le deuxième comme « exécutif », se sont interposés d’autorité, depuis
quelques mois, entre nous, Coordination des sans-papiers 75, qui occupons
l’annexe de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, depuis le 2 mai 2008 dans le
cadre de nos revendications de régularisation des sans-papiers, d’un côté, et, de l’autre, l’UD-CGT et la Ville de Paris.

Lors de l’une de leurs visites, le 30 octobre, le problème du manque de
chauffage et d’eau chaude a été soulevé par nous. Ces deux messieurs nous ont menti. Le premier, épaulé par l’autre, a soutenu, une demi-heure durant, et malgré toutes les objections même d’ordre légal faites par nous (cinq délégués) et un de nos soutiens, que la grande salle (où la plupart des occupants dorment) et ses dépendances, tout récemment restaurées par la Ville de Paris, n’ont ni installation de chauffage ni d’eau chaude. Il a même ajouté que toute considération humanitaire concernant les occupants, et notamment les femmes et les enfants (question spécialement soulevée par un délégué), par rapport à ce problème de chauffage ne pouvait que lui être absolument étrangère. Ce que nous avons aussi contesté.

Cette visite tournant au dialogue de sourds, nous y avons coupé court
annonçant que, le lendemain, nous aurions adressé une lettre à M. Bertrand
Delanoë.
Ce que nous n’avons pas fait parce que, dès le lendemain matin, M. Vincent
nous a appelés pour nous dire qu’il était possible de régler ce problème de chauffage et pour nous fixer un rendez-vous à cet effet.

C’est ainsi qu’a commencé une série de rencontres dont le contenu, de la part de ces deux messieurs, n’a jamais été comment nous serions chauffés,
mais toujours quelles conditions nous devions remplir pour l’être.
Une fois, c’était retirer les bâches qui nous protègent contre la pluie dans la court ; puis, enlever de celle-ci la tente où dorment plusieurs occupants ; puis, quitter les escaliers où également dorment plusieurs occupants, en échange d’une salle intérieure, actuellement non chauffée ; puis, qu’ils avaient à conférer avec la CGT qui devait donner aussi son approbation ; et ainsi de suite…

Finalement, excédés par plus de deux mois de tels procédés et par le froid
devenu insupportable dans les locaux que nous occupons, alors que le reste de la Bourse du travail est régulièrement et bien chauffé, nous avons fait une
manifestation le 2 janvier en face de la mairie du troisième, et y avons été
reçu par M. Gauthier Caron Thibaud, chargé des affaires sociales.

Le soir même (ô surprise !), le chauffage était en marche et il a fonctionné toute la nuit. Mais, dès le matin suivant, il était à nouveau éteint.

Ce n’est pas à nous, ni ici le lieu, d’en dire les raisons « techniques ». Nous remarquerons seulement qu’ainsi la preuve est faite du mensonge délibéré (la grande salle et ses dépendances n’auraient pas d’installation de chauffage) par lequel on nous a leurrés pendant plus de deux mois.

Hier, 6 janvier, ces deux messieurs à l’origine d’une gêne grave pour tous les occupants et de plusieurs cas déjà de malades sérieux pour cause de froid, sont revenus nous reparler « du chauffage ». Voilà ce qu’ils ont dit devant une petite dizaine de délégués sans-papiers après avoir (comme déjà précédemment) exigé l’éloignement de trois soutiens convoqués exprès par nous, pour avoir des témoins.

Ils nous ont dit qu’il n’est pas possible de nous donner le chauffage parce
que nous dormons nombreux dans la grande salle, alors que celle-ci n’a pas
été faite pour que des personnes y dorment. Ainsi une deuxième preuve est
faite. Ce ne sont pas des raisons « techniques » ou autres qui empêchent le
chauffage de marcher. Celui-ci marchera et nous pourrons y avoir droit… dès
que nous aurons quitté les lieux !

Ces deux messieurs, ou bien ils ont exécuté des ordres, ou bien ils ont agi
de leur propre chef.

Quoi qu’il en soit, nous demandons aux trois destinataires de cette lettre
ouverte, M. Bertrand Delanoë, M. Aidenbaum et M. Patrick Picard, qui en ont le pouvoir, de faire cesser ce scandale.

Scandale surtout par ce temps glacial où la continuation du manque de
chauffage pourrait facilement signifier mise en danger de la vie d’autrui.
Nous leur demandons de renouer, ne serait-ce que par un acte d’humanité,
avec la tradition de soutien aux luttes des sans-papiers qui a toujours été
celle du parti socialiste et des syndicats.

Ceci d’autant plus en ce moment, où Monsieur le président de la République
lui-même a rappelé aux autorités publiques leur devoir de ne pas laisser
dormir des gens dans des lieux non chauffés.

Nous les informons que nous tiendrons le vendredi 9 janvier une nouvelle
manifestation, cette fois-ci devant l’Hôtel de Ville, où nous demandons à
être reçus pour résoudre ce problème devenu vraiment grave.

Départ de la Bourse du travail, 85 rue Charlot, à 14 heures.

Paris, le 7 janvier 2009

Copie à :
M. Thibault (CGT)
M. Chérèque (CFDT)
M. Voisin (CFTC)
M. Mailly (FO)
M. Khalfa (Union Syndicale SOLIDAIRES)
Mme Martine Aubry (Parti Socialiste)
Et autres organisations politique

Coordination 75 des sans-papiers