L’information au jour le jour sur le quotidien des sans-papiers.

Nous suivre :



Media :
 
Articles :

Le 29 Mai 2008, nous, les femmes du 9e Collectif des sans-papiers,
avons tenté de nous inviter à l’Agence Nationale des aides à services
de la personne, avant d’être stoppées par la présence des renseignements
généraux.

Cette action symbolique, ciblée dans un lieu idoine, initiée et
conduite principalement par des femmes, entre en résonance avec un
certain nombre d’initiatives engagées par ledit collectif dans le traitement
de la problématique des travailleurs sans-papiers depuis deux
ans et demi (rassemblements devant des restaurants, chantiers de
construction etc.) ; ainsi qu’avec les mouvements de grève actuels initiés
par de nombreuses organisations syndicales et associatives. Elle
vise à attirer l’attention du plus grand nombre sur les conditions de
travail dramatiques des travailleuses sans-papiers isolées, invisibles,
contraintes de rester dans l’ombre.

Le collectif souhaitait de surcroît engager une réflexion sur la problématique
du travail au noir. En effet, nombre de travailleuses et travailleurs
sans-papiers ne disposent pas de contrat de travail, ou d’éléments
tangibles pouvant justifier d’un lien avec leur employeur. Ces dernières
« conditions » étant nécessaires pour la prise en compte des dossiers
dans le mouvement de grève actuel, des milliers de personnes
s’en trouvent « exclues », et il nous apparaissait urgent d’attirer l’attention
sur cette problématique.

Afin d’optimiser la portée de cette action, de nombreux médias, et
principalement le journal le Monde, ont été informés de la tenue de
celle-ci, et ont reçu à l’avance le communiqué de presse.

Dans son édition du week-end, le journal le Monde a consacré une
pleine page à la problématique des femmes isolées, ainsi qu’à l’action
dont il est fait mention.

Nous ne pourrions évidemment que nous réjouir de la présence d’un
tel article dans un journal comme celui-ci, n’était le fait qu’il n’a été
jugé utile de citer le nom du 9e Collectif, ce qui n’est pas le cas
d’autres associations.

Un journal, quel qu’il soit, est bien sûr totalement
libre de citer les acteurs qui l’intéresse.
Le problème, et il est de taille, réside en ce que le
titre de l’article « Les femmes sans-papiers sortent
de l’ombre » ainsi qu’un certain nombre d’exemples
et arguments présents dans l’article sont directement
« empruntés » au communiqué transmis
par le collectif quelques heures plus tôt, et que la
magnifique photo en couleurs qui illustre cette
article nous montre, nous les femmes du 9e
Collectif, sur le lieu de l’action.

Nous ne prendrons ici la peine d’analyser les motivations
qui font qu’un journal comme Le Monde
ait eu recourt aux pratiques évoquées, ait choisi de
nous ignorer délibérément.

Nous ne nous permettrons pas ici de parler de
malhonnêteté intellectuelle et de manquements
aux principes élémentaires de la bienséance, sinon
du journalisme.

Nous souhaiterions bien plutôt, par le présent
droit de réponse, manifester notre profonde surprise
devant cet état de fait.

Nous insisterons sur le fait qu’une mobilisation de
femmes travailleuses sans papiers, opprimées,
exploitées, n’est pas sans risques, exposées comme
nous pouvons l’être aux risques d’arrestation, de
placement en centre de rétention, d’expulsion ; et
que par conséquent il nous apparaît comme la
moindre des choses que d’être reconnues dans les
actions que nous essayons de mener.

Enfin, nous attirons l’attention sur le fait qu’un
combat politique – car il s’agit bien d’un combat
politique tant notre situation de travailleuses sans
papiers est étroitement liée aux politiques et idéologies
en vigueur – travaille la question de la
représentation. Nous, femmes travailleuses sans-papiers,
membres du 9e collectif essayons, tout
en accueillant le soutien de tous, d’être responsables
de la conduite de notre vie et des luttes qui
l’engagent. Nous essayons de nous « prendre en
main ».

Que ce fait déplaise à certains ne nous empêchera
pas de poursuivre et d’être porteuses des combats
présents et à venir.

9e Collectif des Sans-Papiers