Les oubliés de Saint-Paul

Le QSP a rencontré à plusieurs occasions des délégations du groupe des « Oubliés de Saint- Paul » avant de leur rendre visite sur les lieux de leur ccupation à Nanterre (92). C’est ainsi que le 5 octobre 2008, nous avons été reçus par une quinzaine d’occupants de l’église. Nous avons réalisé un entretien enregistré où chacun c’est exprimé sur ses conditions de lutte et de vie quotidienne.


Publié le: 22 octobre 2008

Le porte parole Kébé Adama est revenu sur l’historique de cette occupation qui dure depuis le 28 avril dernier… bientôt six mois !

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« L’action a débuté le 28 avril, sur les coups de dix huit heures. A ce moment là il n’y avait pas assez de monde. Le porte-parole (CSP 92) est intervenu sur une télévision pour faire appel à tout les sans-papiers de France à venir les rejoindre. A ce moment, nous on était pas là. Quand on est venu, le discours du responsable était : « il faut que tous les sanspapiers soient régularisé. Il faut occuper, être ici vingt quatre heures sur vingt quatre. » A ce moment, certains d’entre nous ont pris l’engagement de se débarrasser de tout ce qui est logement leur travail pour venir y rester. C’est à partir de cette date là qu’on a décidé d’aller jusqu’au bout. »

Un mois après, la CSP 92 a pris la décision de lever l’occupation, sans apparemment mettre au courrant les sans-papiers arrivés en cours de route. Ces derniers, se trouvant sans aucune nouvelle de la préfecture quant au dépôt de leur dossier, décident de rester sur les lieux et constituent une nouvelle liste de 58 personnes. Des quatre cents cinquante huit sanspapiers qui ont déposé un dossier et cotisé au collectif, une soixantaine seulement auraient été convoquées par la préfecture.

 LEURS MOYENS DE LUTTE ACTUELS :

Aujourd’hui, les cinquante huit personnes présentent à l’église Saint- Paul regroupent des travailleurs de tous les secteurs : de la manutention, de la restauration, de la sécurité etc. Ils sont venus de plusieurs départements et se retrouvent coincés dans cette situation d’occupation. Partis de leur foyer et des endroits où ils étaient logés, ils ne peuvent y retourner. Leur place a souvent été prise par d’autres, et ils n’ont plus de salaires fixes pour participer au frais de logement. Ils sont venus à Saint-Paul pour obtenir des papiers, vivre dans des conditions « normales », travailler sans craindre de ne pas être payé en fin de mois, et sont déterminés à lutter jusqu’au bout.

Depuis un moment manintenant, les Oubliés se sont vu refuser par la Préfecture toute autorisation de rassemblements ou de manifestations. Ils nous expliquent qu’ils ont dénoncé ce fait auprès de la mairie de Nanterre et auprès de la population à travers la diffusion de tracts sur le marché.

« Au niveau des rassemblements et des manifestations actuellement c’est bloqué, parce que la préfecture elle, nous a interdit, elle ne tolère plus ces rassemblements. J’ai le courrier qu’ils ont envoyé à ce moment là c’était au CSP 92, ils disaient que les manifestations qu’on faisait ne sont pas tolérées parce que c’est un trouble à l’ordre public… »

Leur isolement, entre autre médiatique, ne leur a pas permis de revendiquer haut et fort ce droit constitutionnel qu’est celui de manifester. Rappelons que les Oubliés ne sont soutenus par aucun syndicat, étant des travailleurs isolés venus d’un peu partout.

« Pour les syndicats il faut être salarié avec un patron… ils ne vous considèrent pas. Le syndicat, il devrait dire que chaque personne qui travaille dans ce pays devrait être soutenue. Pour les travailleurs, le syndicaliste devrait défendre tout le monde. Ils aident uniquement ceux qui sont plusieurs dans une entreprise. Il faut aider tous le monde !! »

Finalement, c’est au nom de leur comité de soutien que les Oubliés de Saint-Paul ont eu l’autorisation de se rassembler le 8 octobre. Jusqu’à présent le curé de l’église Saint-Paul les accompagne dans leur démarche auprès de la préfecture.

« On a eu une seule rencontre avec la préfecture, le lundi passé. Par l’intermédiaire du secours catholique, c’est eux qui ont programmé la rencontre. Mais, pour eux, un sanspapiers c’est un sans-papiers. Nous n’avons pas à être favorisé par rapport aux autres. Nous, on demande juste qu’on examine nos dossiers. Et aussi de savoir pourquoi la personne n’est pas régularisée. »

Face à la question d’une ouverture ou non de la liste de dépôt des dossiers, ils ont décidé pour l’instant de s’en tenir aux cinquante huit présent, et ce pour un soucis d’organisation dirontils. Les occupants soulignent les aberrations de l’administration qui refuse d’étudier les « dossiers aux adresses douteuses »… La préfecture ne prend en compte que les dossiers dont les personnes vivent dans le département depuis « un certain temps » et qui en font la preuve. Pour la préfecture l’église ne peut être considérée comme une adresse valable tout comme les associations… Par contre, les sans-papiers peuvent recevoir des obligations de quitter le territoire ( OQTF) à ces mêmes adresses. Ce problème d’adresse est souvent soulevé par les personnes qui font des occupations, ils ont besoin de certificats d’hébergements pour que leur dossier soient recevable. Mais là n’est pas la seule condition qu’exige la préfecture…

Depuis le rassemblement du 8 octobre dernier, les Oubliés ont eu l’autorisation de déposer leur dossier mais, ne seront recevables que ceux prouvant de leur installation sur le territoire français depuis plus de cinq ans, dont l’entrée était légale, et avec un passeport en cours de validité. Par ailleurs il leur faudra un contrat de travail ou une preuve d’embauche assortie du chèque ANAEM du patron. Pour ceux qui ont quitté leur travail, cette dernière condition devient difficile a remplir sans une autorisation provisoire de séjour qui leur permette d’aller demander un travail.

 LES PERSPECTIVES D’UNE LUTTE UNITAIRE ?

Bien que les rassemblements leurs aient été impossibles, les Oubliés participent aux rassemblements d’autres sans-papiers en lutte. Ils sont présents aux manifestations unitaires, aux réunions unitaires et à tous les évènements où ils peuvent espérer un temps de parole. Nous les avions rencontrés dernièrement au forum des quartiers populaires ainsi qu’à la journée d’occupation de l’entreprise ISS. Ils tiennent à entretenir ces relations avec d’autres groupes en lutte comme le collectif Alif et la CSP 75 de la Bourse du travail. Ils ont manifesté auprès des occupants de l’entreprise BMS de Nanterre et avec le collectif 94.

« Pour que les sans-papiers gagnent ils faut forcément qu’ils s’unissent et qu’on dépasse certaines querelles sinon on ne pourra pas obtenir quoique se soit. Il faudra s’unir parce que l’objectif du gouvernement c’est quoi  ? C’est d’isoler les uns contre les autres ! Il veut diviser pour faire du cas par cas ! »

QSP