POLÉMIQUE...

Les occupants de la Bourse du travail et l’Ud-CGT de Paris débattent par communiqués de presse...


Publié le: 3 octobre 2008

Les occupants de la Bourse du Travail auront été invités à la Fête de l’Huma par... l’ambassade Bolivie. Nul n’est prophète en son pays... Les centaines de sans-papiers qui, avec la CSP 75, occupent l’annexe Eugène Varlin, rue Charlot, depuis cinq mois, auront vu l’ensemble des organisations de gauche et d’extrême-gauche s’éloigner d’eux. La Bolivie, dont le Président déclarait il y à quelques mois sa solidarité avec tous les sans-papiers, aura par contre considéré naturel d’accueillir le principal groupe de sans-papiers en lutte aujourd’hui.

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“C’était là, de la part de ce pays d’Amérique Latine, un geste de solidarité avec nos justes revendications de régularisation, en tant que ressortissants des pays du tiers-monde travaillant en France depuis des années, et un signe concret d’opposition à cette « directive européenne de la honte » denoncée il y a quelques mois par Evo Morales, président de la Bolivie”, explique la CSP 75 dans son communiqué du 18 septembre.

Ce n’était pas du goût de tout le monde. La CGT n’aura pas manqué de l’exprimer. Ainsi des gros bras du service d’ordre de ce syndicat se sont scandalisés de cette présence de la CSP 75 à la Fête de l’Huma. Dès le premier jour de la Fête, ils envahissait le stand. “Dans l’après-midi de vendredi 12, une douzaine d’« armoires à glace » du service d’ordre de la CGT (assurant le « service de sécurité » de la fête, ont-ils déclaré à la responsable du stand) ont tout à coup encerclé les quatre représentants de la coordination 75 qui étaient présents. Ils ont déchiré les tracts et jeté par terre les cartes postales de l’occupation, essayé de renverser la table de presse malgré l’opposition de nos camarades, ils les ont empêchés par la contrainte physique, accompagnée de menaces verbales, de filmer la scène. Ils ont dit à nos camarades qu’ils allaient occuper le stand en réplique à notre occupation de la Bourse du travail”, raconte la CSP 75. À cette occasion, on pouvait entendre des cégétistes dire que “les sans-papiers de la coordination 75 « n’obtiendraient rien » en matière de régularisations”.

“Ce n’est qu’après toute une série d’appels téléphoniques avec le responsable de l’Ud-CGT de Paris présent sur les lieux, que la douzaine de « cégétistes » ont quitté le stand”, finalement.

Mais le climat de cette intervention, comme la tonalité des conversations avec les responsables départementaux de la CGT, avaient tant inquiété la CSP 75, qu’elle lançait un appel à une manifestion le lendemain, susceptible de se déplacer à Fête de l’Huma au cas où la situation ne s’arrange pas [voir sur le site du Quotidien des sans-papiers]. Le lendemain, la CSP 75 recevait enfin l’assurance que « tout était désormais rentré dans l’ordre ».

Dans les jours suivants, les occupants de la rue Charlot auront l’occasion de s’alarmer de nouveau, tout d’abord le 16 septembre, lorsque cinq de ses membres étaient convoqués à la préfecture de Paris, théoriquement pour leur régularisation. Il s’agissait a priori de dossiers « ne présentant aucun problème  ». “Incompréhensiblement, au guichet, toutes les convocations ont été reportées de plus d’un mois (au 20 et 21 octobre) par de nouvelles convocations. On leur demandait de se représenter “avec des documents déjà versés aux dossiers, pour des dossiers déjà reconnus complets par la préfecture”, précise le communiqué. “Fallait-il voir là une conséquence de cet avertissement que nous avaient donné le vendredi précédent les membres du service d’ordre la CGT, à savoir que les sans-papiers de la coordination 75 « n’obtiendraient rien » en matière de régularisations ?” demandait la CSP 75.

Le 17 septembre, sur les lieux de l’occupation du restaurant La Tour d’argent, des représentants de la CSP 75 rencontraient le responsable de l’Ud- CGT de Paris. « Vous vous êtes trompés de cible, on fera tout pour bloquer vos dossiers, j’ai eu ce matin au téléphone le directeur [de la préfecture de police de Paris], tant que vous serez à la Bourse du travail vous n’aurez pas de régularisations  », auront-ils alors entendu dans la bouche de ce responsable.

LA CSP 75 choisissait alors de mettre l’ensemble de ces incidents sur la place publique par un communiqué de presse largement diffusé. Les jours suivants, ils avaient le plaisir d’être démentis, en enregistrant la régularisation, sans aucune difficulté cette fois, de quatre membres de la CSP 75. Les premières régularisations après quatre mois et demi de mobilisation permanente à la Bourse du travail.

Le 24 septembre, un nouveau communiqué de presse tombait, de l’Ud- CGT 75 cette fois, démentant qu’il y ait un “accord” entre elle et la Préfecture. “Ces accusations mensongères soulèvent notre indignation et nous les condamnons !” La CGT invitait au passage la CSP 75 a ne pas “persévérer dans une occupation sans issue”. “C’est aujourd’hui dans une impasse que se trouvent les 1300 sans-papiers de la CSP 75”, concluait ce communiqué.

La CSP 75 répondra à son tour à ce communiqué, s’alarmant de ce que les rumeurs d’expulsion de la Bourse se faisaient insistantes. Elle s’inquiétait en particulier du fait que celles-ci colportent des “informations” d’un goût plus que douteux, suivant lesquelles les “rats” se multiplieraient à la Bourse du travail, que celle-ci serait en fait occupée par des sans-logis, ou, mieux, des “individus suspects”, et qu’on s’y livrerait à du “trafic de drogue”. Ces rumeurs semblent être parvenue jusqu’aux oreilles de la Mairie de Paris, propriétaire du bâtiment, qui demandera à rencontrer des représentants de la CSP 75, s’inquiétant de la présence de rats...

QSP