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Les occupants de la Bourse du Travail
auront été invités à la Fête de l’Huma
par... l’ambassade Bolivie. Nul n’est
prophète en son pays... Les centaines
de sans-papiers qui, avec la CSP 75,
occupent l’annexe Eugène Varlin, rue
Charlot, depuis cinq mois, auront vu
l’ensemble des organisations de gauche
et d’extrême-gauche s’éloigner
d’eux. La Bolivie, dont le Président
déclarait il y à quelques mois sa solidarité
avec tous les sans-papiers, aura
par contre considéré naturel d’accueillir
le principal groupe de sans-papiers
en lutte aujourd’hui.

“C’était là, de la part de ce pays
d’Amérique Latine, un geste de solidarité
avec nos justes revendications de régularisation,
en tant que ressortissants des pays
du tiers-monde travaillant en France
depuis des années, et un signe concret
d’opposition à cette « directive européenne
de la honte » denoncée il y a quelques
mois par Evo Morales, président de
la Bolivie”
, explique la CSP 75 dans
son communiqué du 18 septembre.

Ce n’était pas du goût de tout le
monde. La CGT n’aura pas manqué
de l’exprimer. Ainsi des gros bras du
service d’ordre de ce syndicat se sont scandalisés de cette présence de la
CSP 75 à la Fête de l’Huma. Dès le
premier jour de la Fête, ils envahissait
le stand. “Dans l’après-midi de vendredi
12, une douzaine d’« armoires à glace »
du service d’ordre de la CGT (assurant
le « service de sécurité » de la fête, ont-ils
déclaré à la responsable du stand) ont
tout à coup encerclé les quatre représentants
de la coordination 75 qui étaient
présents. Ils ont déchiré les tracts et jeté
par terre les cartes postales de l’occupation,
essayé de renverser la table de
presse malgré l’opposition de nos camarades,
ils les ont empêchés par la
contrainte physique, accompagnée de
menaces verbales, de filmer la scène. Ils
ont dit à nos camarades qu’ils allaient
occuper le stand en réplique à notre
occupation de la Bourse du travail”
,
raconte la CSP 75. À cette occasion,
on pouvait entendre des cégétistes
dire que “les sans-papiers de la coordination
75 « n’obtiendraient rien » en
matière de régularisations”
.

“Ce n’est qu’après toute une série d’appels
téléphoniques avec le responsable de
l’Ud-CGT de Paris présent sur les lieux,
que la douzaine de « cégétistes » ont
quitté le stand”
, finalement.

Mais le climat de cette intervention,
comme la tonalité des conversations
avec les responsables départementaux
de la CGT, avaient tant inquiété la
CSP 75, qu’elle lançait un appel à une
manifestion le lendemain, susceptible
de se déplacer à Fête de l’Huma au cas
où la situation ne s’arrange pas [voir
sur le site du Quotidien des sans-papiers]
.
Le lendemain, la CSP 75 recevait
enfin l’assurance que « tout était désormais
rentré dans l’ordre ».

Dans les jours suivants, les occupants
de la rue Charlot auront l’occasion de
s’alarmer de nouveau, tout d’abord le
16 septembre, lorsque cinq de ses
membres étaient convoqués à la préfecture
de Paris, théoriquement pour
leur régularisation. Il s’agissait a priori
de dossiers « ne présentant aucun problème
 ».
“Incompréhensiblement, au
guichet, toutes les convocations ont été
reportées de plus d’un mois (au 20 et 21
octobre) par de nouvelles convocations.
On leur demandait de se représenter
“avec des documents déjà versés aux dossiers,
pour des dossiers déjà reconnus
complets par la préfecture”
, précise le
communiqué. “Fallait-il voir là une
conséquence de cet avertissement que
nous avaient donné le vendredi précédent
les membres du service d’ordre la CGT,
à savoir que les sans-papiers de la coordination
75 « n’obtiendraient rien » en
matière de régularisations ?”
demandait
la CSP 75.

Le 17 septembre, sur les lieux de l’occupation
du restaurant La Tour d’argent,
des représentants de la CSP 75
rencontraient le responsable de l’Ud-
CGT de Paris. « Vous vous êtes trompés
de cible, on fera tout pour bloquer vos
dossiers, j’ai eu ce matin au téléphone le
directeur [de la préfecture de police de
Paris], tant que vous serez à la Bourse du
travail vous n’aurez pas de régularisations
 »,
auront-ils alors entendu dans
la bouche de ce responsable.

LA CSP 75 choisissait alors de mettre
l’ensemble de ces incidents sur la
place publique par un communiqué de
presse largement diffusé. Les jours suivants,
ils avaient le plaisir d’être
démentis, en enregistrant la régularisation,
sans aucune difficulté cette
fois, de quatre membres de la CSP 75.
Les premières régularisations après
quatre mois et demi de mobilisation
permanente à la Bourse du travail.

Le 24 septembre, un nouveau communiqué de presse tombait, de l’Ud-
CGT 75 cette fois, démentant qu’il y
ait un “accord” entre elle et la
Préfecture. “Ces accusations mensongères
soulèvent notre indignation et nous
les condamnons !”
La CGT invitait au
passage la CSP 75 a ne pas “persévérer
dans une occupation sans issue”
. “C’est
aujourd’hui dans une impasse que se
trouvent les 1300 sans-papiers de la CSP
75”
, concluait ce communiqué.

La CSP 75 répondra à son tour à ce
communiqué, s’alarmant de ce que les
rumeurs d’expulsion de la Bourse se
faisaient insistantes. Elle s’inquiétait
en particulier du fait que celles-ci colportent
des “informations” d’un goût
plus que douteux, suivant lesquelles
les “rats” se multiplieraient à la
Bourse du travail, que celle-ci serait
en fait occupée par des sans-logis, ou,
mieux, des “individus suspects”, et
qu’on s’y livrerait à du “trafic de drogue”.
Ces rumeurs semblent être parvenue
jusqu’aux oreilles de la Mairie
de Paris, propriétaire du bâtiment, qui
demandera à rencontrer des représentants
de la CSP 75, s’inquiétant de la
présence de rats...

QSP