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Répandues à l’étranger, les études
mesurant l’impact économique de
l’immigration sur la croissance et les
comptes publics sont quasi-inexistantes
en France. Elles montrent pourtant
que, dans plusieurs pays, les
étrangers contribuent plus qu’ils ne
consomment, notamment en prestations
sociales.

Sélectionner les étrangers en fonction
de leur utilité sur le marché du travail
 : Nicolas Sarkozy a fait de ce principe
le moteur assumé de la politique
migratoire française. Il lui a trouvé
son slogan : l’immigration choisie ;
son objectif : l’augmentation des
entrées au titre du travail au détriment
du regroupement familial ; et
son premier outil : la carte « compétences
et talents ». Brice Hortefeux,
le ministre de l’immigration, lui a
emboîté le pas en listant les métiers
rencontrant des difficultés de recrutement
 : s’ils disposent de compétences
correspondant aux besoins de l’économie,
les étrangers peuvent espérer
obtenir plus facilement une autorisation
de travail et un titre de séjour.
Les quotas, voulus par le chef de
l’État, s’inscrivent dans cette logique
« utilitariste ».

Mais, il est un terrain que le gouvernement
français, à la différence de ses
voisins, n’exploite pas : le coût – ou le
bénéfice – de l’immigration. Quel est
son impact sur la croissance économique
du pays d’accueil ? Pèse-t-elle ou
au contraire améliore-t-elle l’état des
finances publiques ? En Grande-
Bretagne, en Espagne et aux États-
Unis notamment, les pouvoirs publics
se sont penchés sur ces questions et
ont conclu à un effet globalement
positif de l’immigration.

En France, ni le chef de l’État ni le
ministre de l’immigration ne publient
de données chiffrées, alors même que
celles-ci pourraient permettre de
valoriser la présence des étrangers sur
le territoire. Et contrer l’idée reçue
selon laquelle les immigrés viendraient
profiter des aides sociales du
pays d’accueil.

  EN GRANDE-BRETAGNE : PRÈS DE 20% DU PIB

Le ministère de l’Intérieur britannique se passionne pour
le sujet. Plusieurs travaux ont été réalisés ces dernières
années : ils mesurent les taxes acquittées par les migrants
par rapport aux prestations sociales perçues. En 2001, le
Home Office a publié une étude, « Migration in the UK :
an economic and social analysis » [Immigration en Grande-
Bretagne : une analyse économique et sociale], complétée
en 2002 par une enquête approfondie, « The Migrant
Population in the UK : fiscal effects » [La population immigrée
de la Grande-Bretagne : les effets économiques],
selon laquelle en 1999 et 2000 la première génération de
migrants a contribué à hauteur de 31,2 milliards de livres
en impôts et charges sociales pour une consommation de
28,8 milliards d’aides, soit un bénéfice net de 2,4 milliards.

Ce gain s’explique principalement par le fait que
la population immigrée comporte moins de retraités et
plus d’actifs que la population née en Grande-Bretagne.
Le type d’emplois occupés par les étrangers, plus qualifiés
que la moyenne, compense par ailleurs leur taux de chômage
plus élevé. Réalisée à un moment où les finances
publiques étaient excédentaires, cette étude montre que
les étrangers ont payés 10% de plus que ce qu’ils avaient
reçu, contre 5% pour les « natifs ».

En avril 2005, l’Institute for Public Policy Research a
réactualisé ces travaux et conclu que l’immigration avait
un impact positif croissant sur les finances publiques.
Selon ses calculs, les migrants ont vu leur revenu s’accroître
de 22% en termes réels entre 1999-2000 et 2003-
2004, contre 6% pour les personnes nées sur place.
Conséquence : ils ont de moins en moins pesé sur les
dépenses. Sur la durée, la tendance ne devrait pas s’inverser
 : même si les travailleurs étrangers doivent, à
terme, devenir des retraités, ils n’ont rien coûté à l’État
en matière d’éducation et de formation.

En octobre 2007, une étude réalisée pour le ministère de
l’intérieur poursuit la réflexion. Elle affirme que « l’immigration
produit des effets clairement positifs à la fois sur le
marché du travail et sur l’économie dans son ensemble ».
Selon les estimations du Trésor, la population active a
augmenté de 0,5% grâce à la main d’oeuvre étrangère
entre le troisième trimestre 2001 et la mi-2006. La croissance,
d’en moyenne 2,7% par an, a ainsi été stimulée,
l’immigration y contribuant à hauteur de 6 milliards de
livres, soit 15 à 20% du PIB. Le rapport rappelle par ailleurs
que les migrants, qui représentent 12,5% de la
population active contre 7,4% dix ans plus tôt, n’ont pas
pris, ces dernières années, les emplois des Britanniques,
leurs compétences étant plutôt « complémentaires ».

  UN APPORT « ÉNORME » EN ESPAGNE UNE « BÉNÉDICTION » EN ITALIE

Les autorités espagnoles vantent elles aussi ouvertement
les bienfaits de l’immigration. Il y a un an et demi, le
ministre du travail, Jesus Caldera, affirmait que l’apport
des immigrés au système de Sécurité sociale était
« énorme » et qu’il représentait « approximativement tout
le surplus » de 7,7 milliards d’euros prévu alors dans le
budget 2007. Il précisait que la population immigrée
comprenait trente cotisants pour un retraité, pour une proportion
de 2,6 pour un dans la population locale.

En novembre 2006, un rapport du bureau économique du
chef du gouvernement a corroboré ces déclarations : l’immigration,
en forte progression (4 millions de personnes sur 44
millions), a des effets « largement positifs » sur la croissance
économique, estimés à 30%, voire 50%, du PIB. Les immigrés
contribuent, par ailleurs, à la création de nouveaux
emplois (50% depuis 2001) et rapportent environ 23 milliards
d’euros par an aux finances publiques, soit 6,6% du
budget de l’État.

Principale raison : la plupart d’entre eux « viennent de pays en
développement et leur niveau d’éducation est plus élevé que la
moyenne de la population sur place », selon l’étude qui émet
l’hypothèse d’une réduction des effets bénéfiques au fur et à
mesure de leur vieillissement.

Le gouvernement italien, qui a procédé comme Madrid à des
régularisations massives de sans-papiers ces dernières années,
fait lui aussi la promotion de l’immigration. En octobre 2007,
le ministre des finances, Tommaso Padoa-Schioppa, a
déclaré que les immigrés étaient « non seulement avides de travailler
mais également hautement appréciés pour la qualité de
leurs rapports humains ». Selon lui, cette main d’oeuvre est
une « véritable bénédiction (…) pour les entreprises, pour les travaux
les moins qualifiés, pour l’assistance aux personnes âgées et
aux handicapés ».

  AUX ÉTATS-UNIS

où les travailleurs migrants représentent environ 15% de la
main d’oeuvre, les études macro-économiques sont plus
contrastées, mais un rapport de juin 2007 émanant de la
Maison blanche salue sans ambiguïté les effets positifs de
l’immigration. Le Council of economic advisers, qui rassemble
des conseillers économiques guidant l’action du président,
y déclare que les étrangers ne se substituent pas aux
locaux sur le marché du travail et qu’ils augmentent même
les revenus de ces derniers, notamment parce qu’ils contribuent
plus qu’ils ne perçoivent des services publics.

  EN FRANCE, PAS DE PROJET

Quelques rares économistes, comme Didier Blanchet, se sont
intéressés au sujet dans une approche comparative, mais les
études dédiées au cas français manquent. À l’Organisation
de coopération et de développement économiques (OCDE),
Jean-Christophe Dumont connaît lui aussi les enjeux :
« Lorsqu’un étranger arrive en France à l’âge actif, il n’a rien
coûté à l’État en matière d’éducation et de formation. Même s’il
est plus vulnérable au chômage, il reste proportionnellement plus
longtemps dans la vie active. Il peut donc percevoir un peu plus
d’allocations chômage, mais sans doute un peu moins de prestations
vieillesse, et ce d’autant plus qu’une partie des immigrés
retournent dans leur pays d’origine avant la retraite. » « La situation
française, poursuit-il, est peut-être moins favorable que celle
de l’Espagne et du Royaume-Uni : dans ces deux pays, les indicateurs
économiques sont au vert. La croissance y est forte, le
marché du travail recrute à tour de bras. Le taux d’emploi des
migrants y est particulièrement élevé. Avec une spécificité
anglaise : l’immigration y est plus qualifiée. Comme aux États-
Unis, les migrants viennent plus souvent en France pour rejoindre
leur famille que parce qu’ils y ont décroché un emploi. Dans
ce contexte, il importe de tenir compte de
coûts sociaux et d’éducation plus élevés.

Cela dit, il y a une composante "marché
du travail" dans la migration familiale.
Rejoindre sa famille n’empêche pas de
travailler, loin de là. Par exemple en
2006, 88.000 entrées d’étrangers sur le
marché du travail ont été enregistrées,
dont seulement environ 10.000 au titre
de l’immigration de travail. » « En prenant
en compte tous ces éléments, non
pas à un instant « t » mais sur un cycle de
vie, conclut-il, l’effet en terme de fiscalité
ne peut être que positif, même s’il
reste probablement modeste. »
Au ministère de l’immigration, on
indique ne pas avoir l’intention de
documenter cette question. Plutôt
que de valoriser l’immigration aux
yeux de l’opinion publique, le projet
est « de se concentrer sur les besoins des
entreprises et de tenter d’y répondre localement
 ».

[Source : mediapart.fr]