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« Il faut en finir avec les budgets militaires dans leur ensemble, et travailler à la résolution des conflits par d’autres moyens. Déployer l’intelligence plutôt que la force… (Ainsi, en Afghanistan, mettre en œuvre, d’urgence, le projet Poppy for medicine qui permettrait à ce pays de produire de la morphine d’hôpital. L’opium aujourd’hui acheté au paysans afghans par les Talibans pour se financer en alimentant le marché mondial de l’héroïne, trouverait un autre débouché, lui légal. Leur serait retiré “le nerf de la guerre”...) », pouvait-on écrire vainement sur ce site il y a plus d’un an.

Début août, le gouvernement présentera la loi de programmation militaire pour les cinq (ou six) prochaines années, et loin de procéder à la moindre réduction, en dépit des effroyables problèmes budgétaires rencontrés, l’arbitrage du président de la République est tombé : le budget militaire de baissera pas d’un poil. « Sanctuarisé »…

Comble des combles, les réductions de personnel seront néanmoins substantielles, près de 25 000 postes étant appelés à disparaître, mais ce sera pour mieux pourvoir les dépenses en équipement – toujours plus coûteux bien sûr.

Dépenses militaires de la France, en millions d’euros, de 1988 à 2012 : 32788, 34351 – 1989, fin de la guerre froide –, 35355, 36730 – 1991, année à partir de laquelle le budget stagne au même niveau, dix ans –, 36416, 36771, 37574, 36349, 36188, 36756, 36012, 36510, 36702, 37187 – 2001, reprise de la hausse –, 38681, 40684, 42690, 42545, 43457, 44273, 45063, 48146 – sommet historique, en 2009 –, 46648, 45111, 45858, dernier chiffre, pour 2012, selon le tableau du SIPRI, l’institut de Stockolm qui se dédie à recenser ces informations.

Cette année 2013, au plus fort de la crise économique – et en pleine crise budgétaire de l’Etat, alors qu’on vient de ratiboiser aussi bien le budget de la culture que celui de l’écologie –, c’est le 2 août que le Conseil des ministres examinera la loi de programmation militaire pour les cinq (ou six) années à venir, qui doit être présentée au Parlement à la rentrée.

Le 2 août, juste à la veille de partir en vacances, le gouvernement ne risque pas trop d’avoir à répondre à des questions, ou, qui sait, des critiques… Astucieusement, il aura fallu attendre un avis du Conseil d’état – qui n’aurait rien trouvé à redire –, tombé le 25 juillet.

Et, c’est officiel, le budget sera maintenu, ainsi que cela avait été annoncé d’ailleurs à l’été 2009, lorsqu’était votée, avec retard, la loi de programmation pour les années 2008-2013, le gouvernement de droite n’hésitant pas alors à annoncer par avance… le budget de la future loi pour 2014-2019 qui aura finalement été retenu par le président de la République, contre l’avis du premier ministre comme du ministère du budget.

C’est en fait la même loi de programmation militaire dupliquée.

Il y en aurait pour près de 180 milliards, pour les six années à venir – soit un budget moyen de plus de 31 milliards par an.

Le site du ministère de la défense est plus honnête, en incluant les 2,93 milliards pour la « mission Anciens combattants, mémoire et lien armée-Nation », les modestes 291 millions de « contribution du ministère à la Mission interministérielle Recherche et enseignement supérieur (MIRES) », et surtout les 8 milliards de pensions. Atteignant un total de près de 42 milliards, sensiblement inférieur toutefois au chiffre retenu par le SIPRI de 46 milliards.

Dans un document présentant les « chiffres clés » de la loi des finances 2013, parmi les 31 missions de l’Etat qui se répartissent le budget, la défense compte pour 30,15 milliards, loin des 38,12 que donne le même tableau reproduit sur la fiche wikipedia consacrée au budget de l’Etat français. (Fiches plus complète, ne serait-ce que parce qu’elle fait apparaître la principale ligne budgétaire : le remboursement des dettes de l’Etat se décomposant en 56 milliards d’« engagements financiers » et 96 milliards de « remboursements et dégrèvements »… Un chiffre qui aurait aussi brutalement explosé qu’il est devenu difficile à trouver…)

Là où il semble qu’il faille sensiblement réévaluer le budget militaire, c’est en intégrant la recherche, où la défense avoue participer ici pour 291 millions seulement, alors que, selon les « chiffres clés », son budget global serait de plus de 25 milliards (en accord avec wikipedia sur ce point). La participation de la défense à la MIRES lui permet manifestement de piloter ce budget fastueux, ainsi que l’on vérifie qu’il n’y a que la recherche militaire, ou associée à l’armée, qui ne manque pas d’argent.

Budget de la recherche qui se range parmi les tous premiers, derrière le remboursement de la dette, l’éducation et la défense. Si, par nature, il devrait se rattacher à l’éducation, en fait, s’il en a été séparé, c’est pour mieux marquer la satellisation de la recherche par la défense.

Si on y agrégeait le budget de la recherche, le budget réel de la défense serait ainsi beaucoup plus haut encore que les 46 milliards pris en compte par le SIPRI.

Il faut savoir que s’ajoute aussi à ce budget ce que coûtent les guerres, autrement nommées « opérations extérieures » – qui sont à la charge du ministère des affaires étrangères, et de la coopération militaire, qui relève du ministère de la coopération.

En conclusion, il est plus que probable que la charge réelle de l’armée soit au premier rang des dépenses de l’Etat. Loin devant l’éducation – et juste derrière le service de la dette, mais il est à relever que si on avait procédé plus rationnellement après la chute du mur de Berlin, et si on avait aboli les budgets militaires, non seulement l’état général du pays serait incomparablement plus prospère, mais la dette en question n’existerait simplement pas. Ainsi, il n’est pas exagéré d’attribuer le poids de cette dette… au budget de la défense.

François Hollande avait annoncé l’année dernière qu’il entendait « sanctuariser » la part du budget militaire consacrée à la dissuasion nucléaire. Nombreux étaient les responsables politiques et militaires à demander alors qu’au moins ce poste là soit réduit à la plus simple expression – à la fois en vue de la dénuclérisation du monde, mais plus simplement pour permettre à l’armée d’assumer l’ensemble de ses autres fonctions.

Un an plus tard, la même formule revient, mais cette fois c’est l’ensemble du budget militaire qui aura été « sanctuarisé ».

En dépit du bon sens.

Paris s’éveille