Nous suivre :



Dossiers :
 
Articles :

Stéphane Lhomme, ex-porte parole de Sortir du nucléaire, persécuté par la police politique il y a quelques années (la DST, en 2006) pour le remarquable travail d’information et de dénonciation qu’il faisait pour le compte de cette association, récidive aujourd’hui en dénonçant le scandale d’État que tout le monde veut taire. Le correspondant qui nous a fait parvenir le texte ci-dessous, l’introduisait d’un paragraphe, si pertinent que nous n’hésitons pas à reproduire ici son mail en entier :

Antoine de Léocour et Vincent Delory, les deux otages français enlevés au Niger, ont été sacrifiés.

Ce drame montre le résultat désastreux de l’option militaire dans les enlèvements. Le calcul qui a probablement eu lieu dans la tête des dirigeants français fut la mise en échec des ravisseurs.... sans considérer la vie des otages. On a sacrifié les otages en attaquant le convoi. Le problème est « réglé » !

Je n’ose imaginer qu’on ait su très vite que ces jeunes étaient « sans importance politico-économique » pour pouvoir prendre un tel risque...

De toute façon, Juppé devrait présenter sa démission du ministère de la défense pour un tel échec et un tel mépris de la vie des Français.

C’est un scandale que les médias français sont rares à aborder. Entente sacrée dans la bêtise... et nul doute, selon la tradition politique française imbécile, que je serai taxé d’irresponsable pour cette mise en cause de cette option gouvernementale.

Et que foutaient ces militaires français en territoire nigériens ? La France n’est pas en guerre contre le Niger ! C’est aux nigériens d’assurer la sécurité des civils au Niger. L’armée française doit quitter l’Afrique.

Si les Français estiment que les nigériens n’assurent pas leur sécurité, ils n’ont qu’à quitter le Niger. Ils ne sont pas chez eux. Que dirait-on en France si les Américains, les Russes, les Chinois, les Ivoiriens ou les Rwandais entretenaient des bataillons sur le territoire français pour la sécurité de leurs ressortissants ?

Nous sommes gouvernés depuis cinquante ans par des crétineries et ces crétineries ont engendré l’inconséquence pontifiante de tout miser sur l’électricité nucléaire, dont nous sommes maintenant complètement dépendants.

Nos gouvernants n’ont qu’une alternative pour s’en sortir : la continuation du crime et de la « lâcheté d’honneur » à tour de bras en Afrique ou un revirement complet de la politique énergétique française et la paiement à son juste prix de l’énergie nucléaire... sans voler les Africains... et alors les enlèvements de ce genre cesseront.

11/01/2011 à 08h35 - mis à jour le 11/01/2011 à 08h54 | 2019 vues | 7 réactions

Deux jeunes français ont été enlevés au Niger le 7 janvier, vraisemblablement par AQMI (Al Qaeda au Maghreb islamique). Poursuivis par les militaires français, jamais très loins lorsqu’il se passe quelque chose en Afrique, les kidnappeurs n’ont pas hésité à exécuter leurs otages.

C’est évidement un acte lâche et répugnant. Pour autant, malgré une quasi unanimité de la classe politique pour décréter l’« union nationale » et pour justifier l’intervention militaire, il est bien légitime de se poser quelques questions.

Notons d’abord que, après l’enlèvement de plusieurs de ses salariés au Niger fin 2010, la multinationale nucléaire Areva était logiquement inquiète pour ses activités d’extraction d’uranium : comment continuer à exploiter (c’est bien le mot) le Niger si ses cadres français sont enlevés ? L’affaire est d’autant plus importante que les centrales nucléaires françaises fonctionnent exclusivement avec de l’uranium importé, et en particulier du Niger (cf La Décroissance n°74).

Dans le même temps, M Sarkozy est lui-même en grande difficulté politique : déjà en déroute idéologique sur le plan économique (le subterfuge du « travailler plus pour gagner plus » s’est effondré), il sait qu’il ne sera pas réélu à la Présidence de la République s’il connaît la même déconvenue sur son autre terrain de prédilection : la lutte contre les « ennemis », réels (comme Al Qaeda) ou supposés (Gitans, pauvres, groupe de Tarnac, etc.)

Or, depuis des mois, la force et l’efficacité supposées du sarkozysme s’évanouissaient au fur et à mesure qu’augmentait le nombre des français retenus en otages. Il a donc été décidé en haut lieu d’agir militairement immédiatement dès le prochain enlèvement. C’est ainsi que, le 7 janvier, Antoine de Léocour et Vincent Delory ont vraisemblablement servi de cobayes à la nouvelle stratégie du pouvoir français.

Nous l’avons dit, les premiers coupables sont les assassins d’AQMI, c’est évident. Pour autant, les appels à l’ « unité nationale » derrière M. Sarkozy et sa politique « anti-terroriste » sont insupportables. Oui, il faut dire que cette intervention militaire avait les plus fortes probabilités d’aboutir à l’exécution des deux otages français, ce qui a hélas été le cas.

Le 9 janvier, sur TF1, le ministre de la défense, M. Juppé, a déclaré : « Ne rien faire, c’était prendre un double risque. D’abord le risque de voir nos otages emmenés par les ravisseurs dans l’une de leurs bases refuges au Sahel, et l’on sait ensuite comment ils sont traités. Ensuite un deuxième risque, plus global : ne rien faire c’est donner le signal que la France ne se bat plus contre le terrorisme. »

D’abord, on peut raisonnablement penser que Vincent Delory et Antoine de Léocour auraient préféré être détenus quelque part au Sahel, même en étant « mal traités », plutôt qu’être exécutés. Et ce d’autant plus que, n’étant ni des expatriés ni des membres d’une multinationale néocoloniale comme Areva, il existait peut-être pour eux la possibilité d’une libération par Al Qaeda (*).

Par ailleurs, la fin de la déclaration de M Juppé est explicite : l’opération militaire obéissait bien à des motifs politiques. Les deux otages ont eu le malheur d’être enlevés après les deux journalistes de France 2, après Michel Germaneau, et après les 5 salariés d’Areva : c’est le moment où le pouvoir français avait décidé d’agir militairement. S’ils avaient été enlevés avant les salariés d’Areva, Vincent Delory et Antoine de Léocour seraient sûrement encore en vie.

Pour finir, il convient de rappeler combien les terroristes sont les plus sûr alliés de ceux qui se vantent de les combattre. En chute libre jusqu’au 10 septembre 2001, Georges W Bush était au plus haut dès le l2, et a été réélu par la suite. Il doit tant à Ben Laden…

Et en France, après avoir échoué à faire croire à la population qu’elle était menacée par quelques libertaires vivant dans une ferme (le « groupe de Tarnac ») puis par les Gitans, Roms et autres « gens du voyage », M. Sarkozy a trouvé les parfaits faire-valoir.

Oui, l’action d’Al Qaeda est insupportable. Mais non, la récupération politicienne pour protéger l’industrie nucléaire française et l’avenir politique de M Sarkozy n’est pas acceptable. Qu’il nous soit accordé le droit (pour combien de temps encore ?) de dénoncer l’une et de critiquer l’autre.

Stéphane Lhomme

(*) Pas par générosité, bien entendu : les terroristes en sont bien incapables. Mais les deux otages auraient pu être instrumentalisés (ils auraient sûrement préféré ça à être exécutés) sous l’angle « Nous libérons ces français non colonialistes qui ne doivent pas payer pour la politique du pouvoir français et de sa multinationale Areva ». Une telle propagande n’aurait rien enlevé au caractère insupportable des actes d’Al Qaeda, mais cette libération aurait été bonne à prendre. Il ne s’agit certes là que d’une hypothèse mais les otages et leurs familles auraient sûrement aimé pouvoir tenter de jouer cette carte que l’action militaire décidée en haut lieu a anéantie…

[Source : LePost]