Nous suivre :



Dossiers :
 
Articles :

La société de contrôle est avancée. Alors qu’en France la Loppsi promet d’embaucher des « citoyens volontaires » au service de la police et de la gendarmerie, au Pays-Bas, un programme semblable s’est mis en place, à très grande échelle, puisqu’il mobilise rien de moins de 400 000 personnes pour à peine 17 millions d’habitants, ça en fait...

Mais faut-il s’en étonner ? Dès lors que la police offre aux maniaques de « sécurité » la possibilité de se défouler, il est à craindre qu’il en apparaisse – et quand on leur donne des ipod ou des casquettes de flics en prime…

La Loppsi fait mieux : elle les rémunère. Par contre, on ne donne pas de statistiques sur le taux de réponse de la « citoyenneté »… Espérons que c’est parce que le dispositif fait un flop, mais il est à craindre qu’au contraire celui-ci puisse bénéficier d’un bel encouragement avec l’intensification de la crise.

On nous excusera de reproduire, ci-dessous, la propagande du ministère de l’intérieur – et on aura compris j’espère qu’il ne s’agit là que de rendre la honte plus honteuse en la livrant à la publicité…

Paris s’éveille

Découvrez en vidéo [où l’on peut voir que les héros sont moins mignons…] le nouveau dispositif de la réserve civile de la Police nationale !


Découvrez le nouveau dispositif de la réserve... par blogpolicenationale

[Source : le blog de recrutement de la police nationale]

Instituée par la loi pour la sécurité intérieure du 18 mars 2003, la réserve civile de la police nationale était, jusqu’au 15 mars 2011, constituée uniquement de policiers des corps actifs à la retraite qui, tenus à une obligation de disponibilité de cinq ans, pouvaient par ailleurs accomplir, sur la base du volontariat des missions de police.

L’entrée en vigueur de la loi 2011-267, d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure du 14 mars 2011, a modifié les règles d’accès à la réserve civile. Désormais celle-ci est accessible à l’ensemble des citoyens âgés de 18 à 65 ans.

La réserve civile permet aux policiers et à l’ensemble de la population d’accomplir des missions de soutien et d’assistance dans le domaine de la sécurité.

Vous voulez aider et agir pour la sécurité ?

Devenez citoyen réserviste de la police nationale

Vous êtes âgés de 18 à 65 ans ; vous voulez aider et agir pour la sécurité ; renforcer le lien police/population, vous pourrez accomplir, selon vos disponibilités, des missions rémunérées de soutien ou de spécialiste, pour une période de 90 jours maximum par an sur le territoire national.

Les modalités

  • Etre de nationalité française ;
  • Etre âgé de dix-huit à soixante-cinq ans ;
  • Etre en règle au regard des obligations du service national : Journée Défense et Citoyenneté (JDC ex-JAPD) accomplie pour celles et ceux nés après le 31 décembre 1979 ;
  • Ne pas avoir été condamné soit à la perte des droits civique ou à l’interdiction d’exercer un emploi public, soit à une peine criminelle ou correctionnelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ;
  • Posséder l’aptitude physique requise pour exercer une activité dans la réserve.

Les missions

Vous pouvez participer à des missions de soutien à l’activité opérationnelle, de spécialiste ou d’agent de police judiciaire adjoint, dans la limite des conditions fixées par l’article 21 du CPP, en principe, au plus proche de votre domicile.

Les démarches

Remplir un dossier de candidature accompagné des pièces justificatives demandées et le retourner par voie postale auprès du secrétariat général pour l’administration de la police (SGAP) situé dans le ressort géographique de votre domicile. Si vous résidez en Ile-de-France le dossier de candidature est à transmettre par voie postale à la direction des ressources et de compétences de la police nationale (DRCPN)

Le contrat d’engagement

Après avoir satisfait à un entretien de recrutement et à la visite médicale d’aptitude, le service chargé de la gestion des réservistes vous proposera de signer un contrat d’engagement en qualité de réserviste de la police nationale. Ce contrat est d’une durée d’un an renouvelable tacitement dans la limite de cinq ans. Il précise la direction ou le service d’affectation, le niveau de fonctions exercées, la rémunération, l’organisation du temps de travail, la durée de l’obligation de disponibilité du réserviste et les modalités d’interruption ou de fin de contrat.

Les candidats retenus pour des missions de spécialistes peuvent faire l’objet d’un entretien complémentaire destiné à évaluer leurs compétences techniques au regard de la mission exercée.

La rémunération

Chaque vacation ouvre droit à une indemnité journalière de réserve calculée en fonction des compétences requises pour exercer les missions confiées : auxiliaire, réserviste première ou deuxième classe, expert 1, 2 ou 3.

L’équipement

Si vous exercez des missions sur la voie publique vous êtes doté d’une tenue, d’un gilet pare-balles, en fonction de la mission, et de l’insigne de la réserve civile. Vous n’êtes pas armés. les autres missions sont exercés en tenue civile.

La formation

En fonction des missions qui vous sont confiées, vous bénéficiez d’une formation initiale de dix jours dispensée dans une école nationale de police.
Cette formation vous permettra d’acquérir les bases juridiques et techniques nécessaires à l’exercice de vos missions. Elle s’articule autour de quatre modules :

• Les principes d’organisation et de fonctionnement de la police

• Les missions dévolues aux réservistes

• Les règles de sécurité en intervention

• Une information relative aux armes

Si vous êtes recruté en qualité d’expert, vous effectuerez une seule journée de formation.

Si vous exercez des missions nécessitant la qualité d’agent de police judiciaire adjoint, vous participerez au préalable à une formation complémentaire de dix jours qui vous permettra d’acquérir des connaissances en matière de droit pénal et de procédure pénale.

La protection sociale et fonctionnelle et la couverture des risques

Vous avez droit en cas de dommages subis pendant la période d’emploi ou de formation dans la réserve civile, et le cas échéant vos ayants droit, à la réparation du préjudice subi.

Si vous êtes victime d’une blessure en service ou d’un accident de trajet pendant votre période d’emploi ou de formation dans la réserve civile, vous êtes pris en charge par l’administration employeur.

[Source : ministère de l’intérieur]

400.000 policiers-citoyens pour sécuriser les Néerlandais

Faute de moyens et afin de réduire le taux d’affaires non-résolues, les autorités néerlandaises font appels à des citoyens bénévoles. Ceux-ci participent à des réseaux de surveillance ou s’enrôlent dans la « police volontaire ». Une politique assortie de risques non-négligeables.

Ce matin-là, coincée entre des factures, une enveloppe bleue du fisc néerlandais et les habituels journaux publicitaires, je pique une enveloppe blanche, de format A5, destinée « aux habitants de cet immeuble ». Je m’attends à une campagne de récolte de dons ou une invitation à une démonstration de lingerie coquine…

Mais non : c’est une lettre, accompagnée d’un formulaire d’inscription. Elle porte le logo de la municipalité où je réside et celui d’un « réseau citoyen » : BurgerNet. Sous ce dernier, une mention étrange : Veiligheidsregio ZuidLimburg (Région de Sécurité, Sud-Limbourg)…

Un réseau de volontaires pour ouvrir l’œil

Intrigué, je lis le contenu : il s’agit d’une invitation, oui, mais à participer à un réseau de volontaires. Des citoyens qui aident la police à repérer tout individu suspect, personne disparue, auteur d’attaque ou d’incendie dans le quartier…

Si la collaboration avec la police résonne toujours mal aux oreilles francophones, évoquant des périodes sombres de l’histoire, il en va tout autrement dans le monde anglo-saxon et germanique, où la participation des citoyens au travail policier est perçu comme une contribution à la vie de la communauté.

Après avoir parcouru rapidement le courrier, signé par le maire et un de ses adjoints, je me connecte au site Internet pour en savoir plus.

400.000 paires d’yeux vous surveillent

BurgerNet est né de l’idée d’un ex-policier de Rotterdam en 2008. En 2009, il a été expérimenté dans neufs communes des Pays-Bas. L’évaluation du projet-pilote était positive et les autorités ont donc décidé de l’implanter partout dans le pays. Aujourd’hui, il est actif dans 150 municipalités et compterait 400.000 membres.

En réalité, il est difficile de savoir combien sont actifs ou sont inscrits dans deux localités au moins (la résidence et le lieu de travail, par exemple).

Le mode de fonctionnement de BurgerNet est très simple : vous vous enregistrez au système via le site Internet. Si quelque chose se passe dans votre quartier, vous recevez un SMS ou un appel vocal sur votre téléphone mobile. Il peut s’agir d’un cambriolage, d’une personne disparue, d’un délit de fuite, etc.

Votre rôle est d’ouvrir l’œil afin de repérer la personne ou le véhicule signalé. Si c’est le cas, vous appelez gratuitement le numéro 0800-0011 où vous serez mis en contact avec un policier du centre de communications.

De cette manière, vous aidez la recherche et vous contribuez à une environnement plus sûr, m’explique mon bourgmestre (maire) dans sa missive.

La sécurité coûte que coûte

Pour Ivo Optelten, ministre de la sécurité et de la justice, « BurgerNet a dépassé les espérances ». Son taux de résolution d’affaires est de 9 % pour l’ensemble du pays, mais dans la province septentrionale de Groningue, ce taux atteint 22 %. Il faut préciser que là-bas 24.500 citoyens participent à l’action !

Mais ce type de système, comme tout dispositif d’origine humaine, peut connaître des failles. BurgerNet n’est pas à l’abri d’une erreur comme en témoigne l’accident survenu en mars 2011 : des citoyens d’Utrecht ont eu la surprise de recevoir un email leur demandant de participer à une enquête. Courriel dans lequel figurait des centaines d’adresses de participants au réseau, alors que celui-ci garantit l’anonymat de ses sources !

Ce dispositif a aussi un coût : pour la commune d’Utrecht, ville de 360.000 habitants, le coût d’introduction serait de 200.000 euros pour les six premiers mois et de 125.000 euros par an, pour les années suivantes…

Tout ceci explique-t-il pourquoi BurgerNet ne rencontre pas un succès fulgurant dans toutes les communes qui font appel à son réseau ? A Zuidoost (Sud-Est, une division administrative d’Amsterdam), seuls 825 habitants sur 65.000 se sont inscrits au programme. Le porte-parole de la ville, Éric Weber, met cette faible participation sur le compte de la « diversité du quartier », principalement habité par des Anglophones, notamment une forte communauté ghanéenne.

Deux iPads à gagner pour les jeunes vigies

BurgerNet tente à présent de recruter des jeunes, se concentrant surtout sur les 16-24 ans :

La raison en est simple, les jeunes sont souvent dans la rue et par conséquent d’excellents yeux et oreilles pour la police lorsque le besoin s’en fait sentir, explique le site Omroep Gelderland. BurgerNet organisera bientôt des activités dans des écoles et des associations de jeunes. Il y aura deux iPads à gagner…

On peut tout de même s’interroger sur l’enrôlement de jeunes de cet âge dans un réseau dont l’objectif est la coopération policière. Et surtout, qui garantit qu’ils ne prendront pas de risques inutiles lorsqu’ils apercevront un voleur ou un véhicule suspect ?

Les participants au réseau ne reçoivent aucune formation, ni technique, ni éthique. Si les avantages du réseau sont réels – les enfants perdus ou des personnes dépressives rapidement retrouvées, par exemple – les risques sont sans doute tout aussi réels. Surtout avec des jeunes peu, voire pas préparés…

Des citoyens-policiers bénévoles

Autre volet de la coopération citoyen-police qui étonne hors des Pays-Bas, les policiers volontaires. Aux Pays-Bas, c’est déjà de l’histoire ancienne, puisqu’ils existent depuis 1948 et sont constitués en Organisation Nationale de la Police Volontaire depuis 1973, la LOPV (Landelijke Organisatie van Politie Vrijwilligers).

En septembre 2011, ils étaient environ 2.300, répartis dans les différents corps de police. Mais le ministre de la sécurité et de la justice, Ivo Optelten, souhaite atteindre le nombre de 5.000 avant 2015. Ce qui correspondrait à la situation des années 1980, où la police volontaire comptait plus de 6.000 membres…

Souvent, ces volontaires ont une profession principale – ils sont imprimeurs, secrétaires, vendeuses, mécaniciens, etc. – et consacrent quelques heures par semaine à leur « second job ». Ils remplissent des missions telles que de petites enquêtes, ils règlent le trafic ou conduisent même de petites enquêtes pour leurs collègues professionnels.

Des volontaires armés jusqu’aux dents ?

Pour le moment, ils ne portent pas d’arme à feu. Mais cela n’a pas toujours été le cas : jusqu’en 1993, les volontaires portaient un pistolet… En 2009, un « groupe d’experts » issu des rangs de la police volontaire considérait qu’au terme d’une formation similaire à celle des agents professionnels, les volontaires devraient retrouver leur cher pistolet. Mais les syndicats policiers s’y sont opposés.

Si le ministre de la sécurité et de la justice, se montre très enthousiaste et appelle de nouveaux volontaires à s’engager dans la police, d’autres, des professionnels, se montrent plus sceptiques. Ainsi, Bernard Welten, l’ancien commissaire en chef de la police d’Amsterdam, déclarait lors d’un entretien pour le magazine Vrij Amsterdam daté du 29 octobre 2011 :

j’ai un avis nuancé sur l’engagement d’une police bénévole. Le ministre veut envoyer les volontaire dans la rue. […] Les policiers – hommes ou femmes – sont des professionnels. Personnellement, je ne me laisserais pas soigner par un dentiste volontaire. J’engagerais volontiers des volontaires pour des tâches administratives, pour que mes agents puissent accomplir leur travail à l’extérieur.

Welten est loin d’être un amateur sentimental : partisan de la fouille corporelle préventive, c’est aussi un ardent défenseur des « caméras intelligentes ».

Il s’est souvent opposé à son « patron », l’ex-maire d’Amsterdam, le travailliste Job Cohen, notamment sur la collaboration avec les mosquées. Mais ce professionnel qui a commencé sa carrière en 1978, détenteur de diplômes en droit, en management et titulaire d’un doctorat en sciences politiques, connait les exigences d’un métier qui expose les policiers à des dangers mortels. Et qui les place aussi au cœur de la vie publique, qui leur donne accès à des données confidentielles sur vous et moi, et aussi, un certain pouvoir que seuls une formation et un encadrement rigoureux peuvent cadrer dans l’esprit d’une société démocratique !

Des volontaires pour rogner sur les budgets ?

D’autres opposants, comme le député écologiste Tofik Dibi (GroenLinks), soupçonnent Opstelten de vouloir enrôler davantage de volontaires pour se dégager de sa promesse : engager 3.000 nouveaux policiers professionnels…

Quant à la refonte des corps de police municipaux en une seule et unique police nationale, annoncée à grands cris lors de la campagne électorale, elle est reportée aux calendes grecques, faute de moyens.

Certaines missions de police touchent à des domaines si délicats de la vie publique et privée qu’elles devraient être confiées uniquement à des professionnels rigoureusement soumis au contrôle démocratique. Et non pas abandonnés aux citoyens, si motivés et si bien intentionnés soient-ils… Qui portera les responsabilités d’une « bavure » ? Et plus fondamentalement, n’est-ce pas une des tâches fondamentales d’un Etat que d’assurer l’équilibre entre ordre public et vie privée, entre sécurité collective et libertés individuelles ?

[Source : OWNI]