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Le 21 juin 2008, un homme de nationalité tunisienne, âgé de 41 ans, détenu au CRA de Vincennes (Centre de Rétention Administrative) est mort. Cet homme était malade ; il se savait malade et il avait réclamé ses médicaments et des soins aux policiers, à plusieurs reprises ; en vain. Son compagnon de cellule, lui aussi, avait alerté les policiers sur son état de santé. L’homme s’est endormi et il ne s’est jamais réveillé. Le lendemain, les personnes détenues, révoltées par la mort de cet homme, ont manifesté à l’intérieur du Centre pour protester contre le traitement qui leur était fait en disant : « on n’est pas d’accord, ils sont en train de nous maltraiter ! ». Elles ont aussi organisé une prière multi confessionnelle en hommage à la personne décédée. Mais les policiers les ont accusées de vouloir tout détruire. Eux, ont répondu qu’ils n’étaient pas des criminels. Ensuite, pour protester, des gens ont mis le feu à leur matelas dans les cellules de deux ailes différentes du CRA. Le centre de rétention a été entièrement détruit par l’incendie.

Déjà de nombreuses révoltes ont éclaté au CRA de Vincennes, depuis la fin 2007 face aux mauvais traitements subis par les personnes qui y sont enfermées. Elles ont courageusement organisé la résistance à l’intérieur du Centre par des manifestations dans la cour et les couloirs et par des grèves de la faim. Des tentatives d’incendies avaient déjà eu lieu. Par ces actes, les personnes détenues voulaient dire qui elles étaient, comment elles avaient atterri là après une rafle ou un contrôle au faciès, montrer qu’elles étaient debout, qu’elles existaient face aux policiers, face à l’Etat et face à la loi. Ces protestations ont été organisées en dépit du risque, bien réel, d’être tabassé, séparé des autres, expulsé, comme cela s’est produit en décembre 2007.

Aujourd’hui, dans notre pays, pour défaut de papier, les gens sont mis en rétention, en attente d’expulsion, parfois jusqu’à 32 jours. Trente-deux jours de rétention pour absence de papier et non pour délit grave ; pas de parloir ; emprisonnement des femmes enceintes et des enfants, des malades ; nourriture avariée et insuffisante ; sanitaires non entretenus ; absence de couvertures en hiver ; réveils inopinés et répétés en pleine nuit sous prétexte de recompter les prisonniers ; brutalités des gardiens ; absences de soins médicaux... Ce qui se met en place c’est un régime de prison spéciale pour les étrangers sans papiers. On prive les gens de toute liberté dans ces centres de rétention. Les CRA sont des prisons et des prisons d’exception.

Comme disent les gens des foyers à propos de la mort du monsieur tunisien, laissé sans soins : « Même avec une vache ou un chien tu ne fais pas cela ! Si l’animal est malade, tu l’emmènes chez le vétérinaire, tu ne le laisses pas mourir sans soin. Si un prisonnier est malade, le surveillant d’une prison appelle l’infirmière ou le médecin, lui apporte des médicaments ».

L’assise de tout cela c’est la loi CESEDA (Code d’Entrée et de Séjour des Etrangers et des Demandeurs d’Asile) qui ferme toute possibilité d’obtenir des papiers et des droits et déclare illégales les personnes étrangères sans-papiers. Cette loi a déjà eu plusieurs conséquences extrêmes :
il y a eu la brutalité de l’expulsion de Cachan en août 2006 ; le jeune garçon gravement blessé, en août 2007 à Amiens, parce qu’il avait sauté par la fenêtre pour suivre son père, sans papiers, qui cherchait à échapper à la police ; la jeune femme chinoise qui s’est tuée à Belleville, en sautant, elle aussi, par la fenêtre pour échapper à la police, en septembre 2007 ; en avril 2008, un homme malien est mort d’un arrêt cardiaque en sautant dans la Marne à Joinville-le-Pont pour échapper à un contrôle de police.

Regardez où nous en sommes, et mesurez ce qui va se passer si la directive européenne, qui permet d’emprisonner une personne sans papier pendant 18 mois avant de lui interdire le territoire pendant 5 ans, passe. « Trente-deux jours, c’est déjà terrible ; en 18 mois, tu as le temps de te marier et de faire un ou même deux enfants ! » Les gens qui passeront par ces centres de rétention, leur vie ne sera plus jamais la même après.

1-Dans les centres de rétention :

Etre en rétention, c’est une épreuve terrible. Mais pendant cette épreuve, on peut rester debout, ne pas laisser la loi CESEDA et les traitements de la police nier qui on est en France. On peut dire la vérité, y compris au centre de rétention. On peut dire que l’on vit dans le pays depuis des années, qu’on travaille, qu’on n’est pas des criminels. Dire que l’on est ouvrier, employé, maçon, peintre en bâtiment, etc. « Maçon, ce n’est pas délinquant ! » On peut organiser des réunions avec les autres détenus pour parler de la situation dans le centre de rétention, dans le pays ; parler de ceux qui ont été expulsés mais aussi de l’organisation possible dans les collectifs du Rassemblement. Et puis, surtout, lorsque l’on sort du CRA, que ce soit au pays, si on est expulsé, ou bien en France, si on a pu rester, il faut raconter ce qu’on a vu, ce qu’on a vécu. En France, on peut rejoindre les Collectifs d’ouvriers sans papiers du Rassemblement pour témoigner, reprendre des forces et du courage et s’organiser contre la politique du gouvernement Sarkozy et pour l’abrogation de la loi CESEDA et son remplacement par une loi qui donne des droits en France aux étrangers, sur des principes justes. Il faut aussi essayer de ne pas perdre de vue ceux que l’on a rencontrés au CRA, et qui ont eu, eux aussi, la chance d’être libérés, et les inviter aux réunions des Collectifs. Il faut enfin parler de la loi CESEDA, et de ses effets, à la famille, aux collègues, aux amis, en France comme au pays.

2-En France, qu’on ait ou pas les papiers, qu’on soit français ou étranger on peut être debout :

La situation politique en France, si mauvaise soit-elle, n’empêche pas de travailler ni de se réunir pour dire la vérité sur ce qui a lieu dans le pays et faire avancer l’idée de la paix et l’amitié entre les gens et pour l’abrogation de la loi CESEDA. Mais aujourd’hui, pour être debout, il faut choisir quelle politique on veut faire et avec qui. Soit on est du côté de l’Etat, de sa politique, de ses lois et de ses alliés - comme la CGT qui reconnaît la légitimité de la loi CESEDA puisqu’elle s’inscrit dans ce cadre pour négocier des dossiers au cas par cas, au lieu de se battre pour son abrogation. Soit on s’organise dans une politique du côté des gens, du côté du respect, de l’amitié, de la paix et pour que chacun compte dans le pays, et se voie reconnu le droit d’y vivre en paix.
Aller voir la CGT avec son dossier, déposer un dossier en Préfecture en croyant une fausse rumeur, c’est faire le choix de collaborer avec la loi CESEDA, d’accepter le cas par cas, de céder sur le principe d’une autre loi, qui soit une loi basée sur des principes justes et des droits positifs pour les ouvriers, les familles, les élèves, les malades étrangers et les réfugiés.
Si on choisit la CGT et le cas par cas, on choisit de renforcer la loi CESEDA et donc les persécutions terribles qu’elle entraîne pour tous : Hortefeux annonce 40. 000 expulsions pour 2008.
Il y a un autre choix possible, celui de la politique du Rassemblement. Nous vous invitons à rejoindre les collectifs d’ouvriers sans papiers des foyers existants, à créer de nouveaux lieux d’organisation dans les foyers et dans les quartiers, à assister aux Assemblées que nous allons organiser pendant l’été pour débattre avec vous de notre politique.

Pour nous contacter, il suffit de venir aux réunions ou de laisser un message sur le répondeur du Rassemblement en laissant distinctement son numéro de téléphone et son nom au : 01 43 64 76 40

[Source : Rassemblement des collectifs d’ouvriers sans papiers des foyers,
4 Juillet 2008. s/c Le Perroquet BP 84 75462 Paris cedex 10 – journal.politique@laposte.net]


[Source : Rassemblement des collectifs d’ouvriers sans papiers des foyers,
4 Juillet 2008. s/c Le Perroquet BP 84 75462 Paris cedex 10 – journal.politique@laposte.net]