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À Tripoli, depuis le mois de juin, tous les représentants de la presse internationale, une cinquantaine, étaient enfermés à l’hôtel Rixos, devenu fameux les derniers jours de la bataille de Tripoli, lorsqu’ils se sont retrouvés « pris en otages », par le dernier carré des troupes khadafistes.

Les journalistes sont amusants : aucun – hormis Bernardo Valli, du Corriere de la Sera – n’aura mentionné qu’il y avait parmi eux deux personnalités françaises plutôt fameuses – chacune à sa façon –, deux compères : Thierry Meyssan, du Réseau Voltaire, et l’humoriste leader du Parti anti-sioniste, Dieudonné M’bala M’bala.

L’animateur du Réseau Voltaire est surtout connu pour son Effroyable imposture, ouvrage vendu à plus d’un million d’exemplaires – en France –, dans lequel il dénonçait l’invraisemblance de la thèse officielle sur les attentats du 11 septembre 2001. Dix ans plus tard, il aura fait du chemin… se présentant désormais comme le pourfendeur de l’Otan – et travaillant à la défense des dictatures contestées par leurs peuples de Khadafi et d’Assad – comme de celle du non moins brutal Ahmadinejad, en Iran.

Depuis 2007, et l’élection de Sarkozy, Meyssan avait déclaré ne pas être en sécurité en France, et avait choisi le chemin de l’exil, à Damas, déjà, sous la « protection » de Bachir el Assad... Mais on se souvient qu’il signait alors ses articles aussi de… Alma Ata, l’ex-capitale du Khazastan – le pays, parmi les ex-Républiques soviétiques, où la dictature du Parti communiste se sera maintenue telle quelle, sous la main de fer de Noursoultan Nazarbayev.

Et, depuis fin juin donc, Thierry Meyssan avait élu demeure à Tripoli, où il faisait figure de « conseiller en communication » pour Khadafi. Il proclamait à qui voulait l’entendre qu’il s’interdit de poser le pied non seulement en France, mais dans tous les pays de l’Otan – prétendant « savoir » que sa tête y serait mise à prix…

Ce qui est vraiment amusant, c’est que, séquestrés dans cet hôtel, n’ayant droit qu’à de rares excursions très encadrées, tous auront considéré inutile d’informer leurs lecteurs du fait qu’ils voyaient tous les jours parader dans l’hôtel Rixos aux côtés des autorités Khadafistes, l’inénarrable Meyssan.

Ainsi, ces derniers jours, seul le Réseau Voltaire – et ses satellites, comme le Comité Valmy – auront diffusé les informations dramatiques, reproduites ci-dessous, suivant lesquelles Thierry Meyssan était pris au piège dans la chute de Tripoli. Jusqu’au 23 août, celui-ci déclarait les khadafistes victorieux. « Le dernier message de Thierry Meyssan, daté de 4h30 ce mardi 23 août, parle de grande “victoire” des loyalistes. Selon lui, les assaillants ont été écrasés, “des missiles sol-air ont été apportés en ville”, tandis que “l’OTAN a du stopper les bombardements” », pouvait-on lire sur son site.

Aura-t-il fini par s’auto-intoxiquer lui-même au point de négliger de partir à temps ?

Relevons que dans un de ses derniers articles de Tripoli, Meyssan dénonçait avec tant de virulence la couverture médiatique de la guerre libyenne qu’il proclamait que « les journalistes qui pratiquent la propagande de guerre doivent être jugés par la Justice internationale ».

Il dénonçait là, pèle-mêle, CNN, France24, BBC et Al-Jazeera, coupables selon lui de « crimes contre la paix », « plus graves encore que les crimes de guerre et crimes contre l’humanité ».

Comment faudrait-il juger alors le travail idéologique qu’il assume depuis de nombreuses années en défense des régimes iranien, syrien ou libyen, qui répriment leurs peuples avec la violence que l’on sait, au bénéfice desquels le Réseau Voltaire fournit, à longueur d’année, les plus indignes plaidoyers ? [Voir à ce sujet notre texte Voltaire au bout de la nuit, analyse détaillée du discours pro-Assad diffusé par Meyssan.]

Ironie de l’histoire : pris au piège de Tripoli – et peut-être même légitimement inquiet pour sa sécurité –, après avoir lancé moult appels au secours, c’est grâce à l’assistance de… la cellule de crise du Quai d’Orsay que Meyssan aura quitté la Libye à l’heure où son ami le dictateur n’est plus en état de le « protéger »...

Où l’on voit comment la diplomatie française évite de mettre « tous ses œufs dans le même panier »… et n’oublie pas de rescaper ses agents spéciaux.

Paris s’éveille

Dimanche, à 18 heures, le dénouement :

Les journalistes du Réseau Voltaire ont quitté Tripoli

Dimanche 28 août 2011, 18h10 GMT - D’après le centre de crise du ministère français des Affaires étrangères, les journalistes français du Réseau Voltaire ont embarqué sur un bateau et ont maintenant quitté la Libye. Le Réseau Voltaire remercie la cellule de crise pour son efficacité, ainsi que toutes les personnes qui ont aidé à l’évacuation de ses journalistes. Le Réseau Voltaire est très touché par les messages de soutien reçus ces derniers jours.

Quelques heures plus tôt, pourtant :

Le Réseau Voltaire toujours en attente de nouvelles de ses journalistes à Tripoli

Dimanche 28 août 2011, 12h20 GMT - Le Réseau Voltaire est toujours sans nouvelles de ses quatre journalistes bloqués à Tripoli. Le dernier contact avec Thierry Meyssan, Mahdi Darius Nazemroaya, Mathieu Ozanon et Julien Teil a eu lieu le samedi 27 août 2011 à 9 heures GMT. Depuis, il n’a pas été possible d’établir de communication.

Vendredi 26 août 2011, les journalistes avaient été emmenés dans une salle d’attente où ils avaient passé la journée dans l’espoir de pouvoir embarquer sur un bateau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Ils étaient ensuite retournés dans un hôtel de Tripoli. Samedi 27 août au matin, ils espéraient à nouveau pouvoir quitter la Libye par bateau.

En l’absence de communication avec ses journalistes, le Réseau Voltaire est dans l’incapacité de dire où ils se trouvent actuellement.

En France, le centre de crise du ministère des Affaires étrangères, contacté par téléphone, indique suivre avec attention la situation des trois ressortissants français Thierry Meyssan, Mathieu Ozanon et Julien Teil. Le Réseau Voltaire est également préoccupé par la situation de Mahdi Darius Nazemroaya qui est ressortissant canadien.

Quelques jours plus tôt, jeudi, le suspens était à son comble :

Le Réseau Voltaire dénonce la tentative d’arrestation de Thierry Meyssan par les rebelles

Réseau Voltaire, jeudi 25 août 2011, 14h25 GMT - Les journalistes bloqués à l’intérieur de l’hôtel Rixos de Tripoli depuis dimanche ont pu être évacués par la Croix Rouge Internationale, mercredi 24 août 2011 à 17 heures. Les quatre collaborateurs du Réseau Voltaire, les journalistes Thierry Meyssan, Mahdi Darius Nazemroaya, Mathieu Ozanon et Julien Teil, étaient bien parmi eux.

Cependant, lors de sa sortie, des rebelles ont tenté d’arrêter Thierry Meyssan, connu pour ses articles dénonçant les crimes de l’OTAN. La Croix Rouge Internationale a empêché cette arrestation.

Les journalistes ont été conduits dans un autre hôtel, mais ils ne sont plus protégés par la Croix Rouge Internationale.

Les journalistes n’ont pas pu, pour le moment, rejoindre le bateau de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) qui aurait accosté à Tripoli.

Le Réseau Voltaire est extrêmement préoccupé de l’attitude des rebelles à l’égard de ses journalistes. Il lance un appel à la communauté internationale pour que ses journalistes soient protégés et puissent quitter la Libye sains et saufs.

Thierry Meyssan est ressortissant français résidant au Liban. Il est immatriculé au consulat de France à Beyrouth. Journaliste depuis plus de vingt-cinq ans, il écrit dans des publications arabes, latino-américaines et russes, comme Odnako en Russie ou La Jornada au Mexique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de politique internationale et collabore avec des télévisions comme Russia Today, Telesur ou PressTV. Il est le président du Réseau Voltaire, un réseau de presse internationale, rassemblant une dizaine de publications à travers le monde.

Mahdi Darius Nazemroaya est ressortissant canadien. Il vit à Ottawa et est actuellement correspondant à Tripoli. Journaliste indépendant, il a publié et donné des entretiens dans divers médias, dont Russia Today, Press TV, Al Jazeera, Pacifica KPFA, Global Research, China Life Magazine. Il publie aussi de nombreux articles sur le Réseau Voltaire.

Tous deux ressortissants français, Mathieu Ozanon et Julien Teil écrivent aussi pour le Réseau Voltaire.

Mais, dès lundi, le drame était déjà engagé :

Tripoli : le Réseau Voltaire s’inquiète des menaces de mort qui pèsent sur Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan

Réseau Voltaire, lundi 22 août 2011, 13h20 GMT - Le Réseau Voltaire s’inquiète des menaces qui pèsent sur deux de ses collaborateurs à Tripoli. Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé du Centre for Research on Globalization, et Thierry Meyssan, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace, sont retranchés dans l’hôtel Rixos autour duquel d’importants combats ont lieu. L’ordre aurait été donné de les abattre.

Thierry Meyssan est à Tripoli depuis le 23 juin dernier. Il y a d’abord dirigé une équipe d’enquêteurs du Réseau Voltaire. Il mène depuis deux mois un travail d’information journalistique sur le conflit. Ses positions se distinguent de celles de ses confrères : il décrit la rébellion comme étant minoritaire et permettant de justifier aux yeux de l’opinion publique internationale une classique opération militaire.

Quelles que soient les positions défendues par Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan, leur assassinat serait inacceptable. Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan ne sont pas des combattants, mais des journalistes. Les personnes qui soutiennent cette guerre en pensant qu’elle est menée pour la démocratie et la liberté ne peuvent accepter qu’on assassine des journalistes.

À l’heure actuelle, cinq États leur ont offert leur protection diplomatique. Mais les combats autour de l’hôtel les empêchent de sortir et plusieurs de ces ambassades ont été encerclées afin de rendre tout accès impossible.

Sachant les menaces qui pèsent sur eux, Mahdi Darius Nazemroaya et Thierry Meyssan ne s’exposent pas à des « balles perdues ».

Le Réseau Voltaire appelle les citoyens des pays impliqués dans la guerre à faire pression sur leurs gouvernements afin d’assurer la sécurité de ces journalistes. Il demande à chacun de jouer son rôle de citoyen et de faire circuler cette information.

Et, il y a une semaine :

Entretien avec Thierry Meyssan dimanche 21 août 2011

En pleine attaque de l’OTAN sur Tripoli, Silvia Cattori a pu s’entretenir avec Thierry Meyssan, dimanche 21 août 2011 à 23 heures. Le président du Réseau Voltaire a aussi pu s’exprimer par vidéo à 2 heures du matin. Les communications sont depuis lors extrêmement difficiles. Alors, que l’OTAN, le CNT et les médias qui les soutiennent parlaient déjà de la chute de Tipoli, la situation semble avoir radicalement changé. Le dernier message de Thierry Meyssan, daté de 4h30 ce mardi 23 août, parle de grande « victoire » des loyalistes. Selon lui, les assaillants ont été écrasés, « des missiles sol-air ont été apportés en ville », tandis que « l’OTAN a du stopper les bombardements ». « Saïf al-Islam que l’on assurait arrêté a surgit du Rixos et a été acclamé par la foule à Bab Al Azizia. » La réalité paraît une nouvelle fois très éloignée de sa représentation médiatique.
Réseau Voltaire | 23 août 2011

(…)

Libye, Syrie

Les journalistes qui pratiquent la propagande de guerre devront rendre des comptes
par Thierry Meyssan

La propagande de guerre est entrée dans une phase nouvelle avec l’action coordonnées de chaînes de télévision satellitaires. CNN, France24, BBC et Al-Jazeera sont devenues des instruments d’intoxication pour diaboliser des gouvernements et justifier des agressions armées. Ces pratiques sont illégales en droit international et l’impunité de leurs auteurs doit cesser.
Réseau Voltaire | Tripoli (Libye) | 14 août 2011

Le traitement actuel de l’information sur la Libye et la Syrie marque un tournant dans l’histoire de la propagande de guerre en ce qu’il utilise des moyens nouveaux qui ont pris l’opinion publique internationale par surprise.

Quatre puissances, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et le Qatar, ont joints leurs moyens techniques pour intoxiquer la « communauté internationale ». Il s’agit principalement des chaînes de télévision CNN (qui bien privée agit en coordination avec l’unité de Guerre psychologique du Pentagone), France24, BBC et Al-Jazeera.

Ces médias sont utilisés pour attribuer mensongèrement aux gouvernements libyen et syrien des crimes qu’ils n’ont pas commis, et pour couvrir les crimes commis par les services secrets des puissances précitées et par l’OTAN.

(…)

Le verbe, et plus encore l’image, peuvent être utilisées pour préparer les pires crimes. En l’occurrence, les intoxications de CNN, France24, BBC et Al-Jazeera constituent des « crimes contre la paix ». Ils doivent être considérés comme plus graves encore que les crimes de guerre et crimes contre l’humanité actuellement commis par l’OTAN en Libye et par les services secrets occidentaux en Syrie en ce qu’ils les précédent et les rendent possibles.

Les journalistes qui pratiquent la propagande de guerre doivent être jugés par la Justice internationale.

Thierry Meyssan

[Source : Réseau Voltaire]

23 août 2011

Notre ami Jean Claude Ramos, l’un des responsables du Comité Valmy et membre du réseau Voltaire nous a retransmis ce courriel de Thierry Meyssan qui évoque les fausses images d’Al-Jazeera...

"La contre-offensive populaire de ce matin est en partie victorieuse. Tripoli n’est toujours pas tombée, malgré l’assaut de l’OTAN. Les combats se poursuivent. Certaines zones sont revenues sous contrôle de la Jamahiriya. Le principal point tenu par l’OTAN est le quartier connu pour ses mosquées intégristes.

Les images de la Place verte diffusées hier soir par Al-Jazeera sont fausses. Depuis une semaine, de gigantesques tubulures jaunes sont posées sur la place en vue d’échafauder un portant pour un portrait géant du Guide offert par un Libyen qui a perdu sa famille au combat et à vendu sa ferme pour financer l’opération. Ces tubulures n’apparaissent pas sur les images d’Al Jazeera.

Thierry

[Source : Comité Valmy]